Hans Theys is een twintigste-eeuws filosoof en kunsthistoricus. Hij schreef en ontwierp tientallen boeken over het werk van hedendaagse kunstenaars en publiceerde honderden essays, interviews en recensies in boeken, catalogi en tijdschriften. Al deze publicaties zijn gebaseerd op samenwerkingen of gesprekken met de kunstenaars in kwestie.

Dit platform werd samengesteld door Evi Bert (Centrum Kunstarchieven Vlaanderen). Het kwam tot stand in samenwerking met de Koninklijke Academie voor Schone Kunsten in Antwerpen (Onderzoeksgroep ArchiVolt), M HKA, Antwerpen en Koen Van der Auwera. Met dank aan Idris Sevenans (HOR) en Marc Ruyters (Hart Magazine).

ESSAYS, INTERVIEWS & REVIEWS

Alevtina Kakhidze - 2017 - Un jardin adulte [FR, interview],
, 2 p.





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Hans Theys


Un jardin adulte
Conversation avec Alevtina Kakhidze



Cette année, l’invitée spéciale du salon du dessin d’art contemporain Art On Paper, Alevtina Kakhidze (°1973), est une artiste aux multiples facettes dont les dessins, les écrits, les installations, les performances et les vidéos offrent des regards éminemment poétiques sur sa position en tant que personne et qu’artiste au sein d’un monde qui se présente comme la merveilleuse arène d’une incessante recherche d’équilibre entre les choses et les êtres. L’installation de Bruxelles se composera principalement d’une performance ainsi que de dessins muraux et de dessins sur papier. L’un d’entre eux dépeint sa mère, assise sur un petit tabouret dans son jardin. À l’arrière-plan, on aperçoit d’étranges pots de fleurs rouges qui semblent faire partie du jardin, jusqu’à ce que l’on s’aperçoive qu’il s’agit en réalité de représentations stylisées de tirs d’artillerie. Le dessin est accompagné d’un pot de confiture rempli de millepertuis perforés séchés (hypericum), une plante à fleurs jaunes qui n’aime pas qu’on lui dicte sa vie (il n’est pas facile de l’introduire dans un jardin) et est utilisée comme antidépresseur. Alevtina Kakhidze l’a cueillie dans son propre jardin. 

« L’installation s’intitule “I Still Draw Love, Plants and Things” (Je dessine toujours l’amour, les plantes et les choses) », explique Alevtina Kakhidze. « Le mot “toujours” indique que mon regard sur la vie a été perturbé par la guerre (les actions militaires de groupes pro-russes et antigouvernementaux) et par la crise politique qu’a connue l’Ukraine il y a trois ans. De manière générale, de nombreuses choses insignifiantes qui m’irritaient ont disparues après la transition qu’a subie mon pays. À mes yeux, un jardin est un système qui reflète le comportement des hommes. Je m’intéresse aux plantes sauvages, agressives. Elles me rappellent des comportements intolérants tels que l’homophobie : l’incapacité à accepter des regards différents sur la vie. En même temps, je les apprécie, car elles n’ont pas besoin qu’on s’occupe d’elles, contrairement aux plantes de culture. En ce qui concerne les jardins, je distingue cinq rôles. Premièrement, on est un observateur. Deuxièmement, un serviteur. Troisièmement, le propriétaire : on en est responsable. On est ensuite un chercheur, puis, enfin, le bénéficiaire de ses cadeaux. Après la libération d’une ville ukrainienne, j’ai demandé aux habitants ce qu’il était advenu de leur jardin pendant l’occupation, qui avait duré 84 jours pendant l’été. Certains m’ont répondu que leur jardin avait été envahi par les mauvaises herbes. Je les comprends, car il était alors dangereux de rester dans son jardin, mais cet abandon forcé révèle la nature dépendante et inaccomplie de leur jardin. Je voudrais créer un jardin adulte, qui puisse prendre soin de lui-même. Dans le cadre de cette exposition, je m’intéresserai au jardin de ma mère, au mien et au Jardin botanique de Bruxelles, dont la structure m’intéresse. Durant la guerre, ma mère ne pouvait pas s’empêcher de se rendre dans son jardin, même lorsque c’était très dangereux. »
 

Montagne de Miel, 17 août 2017