Hans Theys est un philosophe du XXe siècle, agissant comme critique d’art et commissaire d'exposition pour apprendre plus sur la pratique artistique. Il a écrit des dizaines de livres sur l'art contemporain et a publié des centaines d’essais, d’interviews et de critiques dans des livres, des catalogues et des magazines. Toutes ses publications sont basées sur des collaborations et des conversations avec les artistes en question.

Cette plateforme a été créée par Evi Bert (Centrum Kunstarchieven Vlaanderen) en collaboration avec l'Académie royale des Beaux-Arts à Anvers (Groupe de Recherche ArchiVolt), M HKA, Anvers et Koen Van der Auwera. Nous remercions vivement Idris Sevenans (HOR) et Marc Ruyters (Hart Magazine).

ESSAYS, INTERVIEWS & REVIEWS

Tamara Van San - 2018 - Nouvelles pierres [FR, essay],
Texte , 2 p.




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Hans Theys


Nouvelles pierres
Quelques mots à propos de Tamara Van San



Tamara Van San (°1982) fait des sculptures qui nous parlent sans être figuratives ou géométriques. Cela est exceptionnel. Elle arrive aussi à sculpter (faire vivre des formes) avec de la couleur. Les trois dernières années Van San s’est vouée principalement à la création de sculptures en céramique constituées de petites écailles en argile, formées à la main. Grâce à la légèreté de ces écailles, elle arrive à créer des ‘colonnes’ ou des ‘tours’ tout en restant fidèle à la matière et la technique. Cette façon de sculpter est combinée avec un émail multicolore tout aussi personnel qui renforce les formes et augmente le jeu de la lumière et l’illusion de mouvement. Ainsi, les Nouvelles Pierres de Van San ont beaucoup en commun avec les ‘Gongshi’ chinois, que Van San a découverts lors d’un séjour en Chine en 2010. Le rêve est qu’elles incitent autant d’images et d’histoires aux spectateurs.

Van San : « Sculpter, c’est penser en posant des actes, et en posant des actes, nous montrons qui nous sommes, au-delà de nos peurs… La fidélité au matériaux chère à Brancusi est centrale dans mon travail. Par exemple, je crée des tours en céramique parce que la tour est une des formes de base de la sculpture. Tout l’enjeu est de gagner de la hauteur avec un matériau qui ne s’y prête pas, normalement, et dont il faut respecter la nature pour réussir. Dans ce cas-ci, il faut comprendre que ce qui différencie la céramique d’autres formes de sculpture, est l’impossibilité de renforcer la sculpture par une armature en métal. En même temps, la sculpture doit être creuse pour pouvoir être cuite sans se casser (sauf si on veut que ça se casse, bien entendu). Alors, pour pouvoir arriver à la hauteur des tours en question, sans utiliser une technique de vase creuse (qui a tendance à rendre toutes les céramiques semblables), j’ai développé une technique personnelle en aplatissant l’argile entre les doigts. Puis toute la tour est construite en attachant toutes ses feuilles l’une à l’autre, pour obtenir une structure légère et transparente, mais assez ferme pour gagner en hauteur. J’appelle mes sculptures « méta-sculptures » parce que j’essaie de rendre visible ma démarche en poussant mes bouts de doigts à travers certaines feuilles. Cela semble les rendre encore plus légères, transparentes, délicates et personnelles, mais cela montre aussi comment elles ont été faites. »


Montagne de Miel, 16 janvier 2018