{"id":16418,"title":"Xavier Noiret-Thomé - 2003 - Salades composées [FR, interview]","dimensions":"6 p.","date_begin":null,"material":"","art_status_id":13,"legal_status_id":47,"category_id":168,"platform_id":1,"deleted":false,"asset_count":2,"stream_count":0,"collection":"Hans Theys Archive / Archief Hans Theys","cached_tag_list":"","publishing_process_id":1,"annotation":"","date_end":null,"reference":"","stream_count_app":22,"permalink":"xavier-noiret-thome","description_ca":"","short_description_ca":"","description_it":"","short_description_it":"","cached_primary_asset_url":null,"cached_actor_names":"Hans Theys","hide_from_json":true,"prev_platform_id":null,"description_uk":null,"short_description_uk":null,"description_tr":null,"short_description_tr":null,"mhka_works":false,"category":{"en":"Interview","nl":"","fr":""},"poster_image":null,"poster_credits":null,"translations":[{"locale":"en","short_description":"","description":"\u003cp style=\"color: rgb(51, 51, 51); font-family: sans-serif,Arial,Verdana,\u0026amp;quot;trebuchet ms\u0026amp;quot;; font-size: 13px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\"\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n__________\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nHans Theys\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cstrong\u003eSalades compos\u0026eacute;es\u003cbr /\u003e\r\nEntretien avec Xavier Noiret-Thom\u0026eacute;\u003c/strong\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nXavier Noiret-Thom\u0026eacute; : (Il montre un tableau.) Ceci est un portrait de Pollock, de Picasso ou de Spiderman. Ce n\u0026rsquo;est pas encore tr\u0026egrave;s clair. J\u0026rsquo;ai envie que ce soit Pollock, parce que je le trouve tr\u0026egrave;s am\u0026eacute;ricain, ce tableau. (Il prend un autre tableau.) \u0026Ccedil;a, c\u0026rsquo;est un portrait de Jean Dubuffet. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait Matisse, mais apr\u0026egrave;s, Dubuffet est venu par je ne sais quelle entourloupe\u0026hellip; (Il prend encore un autre tableau.) Le portrait de C\u0026eacute;zanne n\u0026rsquo;est pas encore tout \u0026agrave; fait \u0026ccedil;a. En haut, on voit bien la montagne Sainte-Victoire, mais il manque quelque chose\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Comme la plume mauve dans le portrait de Gauguin ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. La plume, c\u0026rsquo;est le couronnement du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; indien, du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; tribal de cette peinture.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Qu\u0026rsquo;est-ce que tu comptes montrer en septembre ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : J\u0026rsquo;ai envie de mettre quelques tableaux\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- De ta p\u0026eacute;riode vache ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, c\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Des tableaux un peu surprenants, un peu d\u0026eacute;gueulasses m\u0026ecirc;me. Pour moi, il faut que ce soit vivant, il faut que ce soit bavard. Les gens peuvent se gratter la t\u0026ecirc;te, mais ils doivent aussi y prendre un peu de plaisir. Chez Ensor, tu ris, tu pleures et tu te grattes la t\u0026ecirc;te. C\u0026rsquo;est la grande com\u0026eacute;die humaine. Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans un certain art, c\u0026rsquo;est une approche qui a l\u0026rsquo;air comique, mais qui ne l\u0026rsquo;est pas du tout. Ou l\u0026rsquo;inverse. Dans l\u0026rsquo;art belge, il y a toujours un drame qui se d\u0026eacute;roule. C\u0026rsquo;est clair qu\u0026rsquo;on finira tous dans le trou \u0026agrave; la fin. C\u0026rsquo;est comme les cr\u0026acirc;nes dans les vanit\u0026eacute;s. Si c\u0026rsquo;est Ensor qui le peint, le cr\u0026acirc;ne semblera sourire. La peinture est une chose l\u0026eacute;g\u0026egrave;re qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de gravit\u0026eacute;, mais elle est aussi une chose s\u0026eacute;rieuse qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de l\u0026eacute;g\u0026egrave;ret\u0026eacute;\u0026hellip; (Il prend un petit tableau.) J\u0026rsquo;ai envie de montrer cet \u003cem\u003eAutoportrait en Joconde\u003c/em\u003e. C\u0026rsquo;est un tableau ridicule. J\u0026rsquo;aime bien le nez de clown rond et la moustache en guidon de bicyclette. C\u0026rsquo;est un tableau \u0026agrave; tiroirs. Il cache d\u0026rsquo;autres tableaux, tout comme des poup\u0026eacute;es russes. (Il prend encore un autre tableau.) Le \u003cem\u003ePortrait de Gauguin\u003c/em\u003e, tu connais d\u0026eacute;j\u0026agrave;\u0026hellip; Damien De Lepeleire ne l\u0026rsquo;aime pas. Il trouve que c\u0026rsquo;est ce qu\u0026rsquo;il y a de pire.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il m\u0026rsquo;a dit que tu arrives \u0026agrave; faire de tr\u0026egrave;s belles peintures consensuelles et qu\u0026rsquo;il appr\u0026eacute;cie beaucoup que tu prennes des risques avec ce que tu sais, que tu te mettes en danger, que tu ailles l\u0026agrave; o\u0026ugrave; on a peur, mais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; cause de son go\u0026ucirc;t bourgeois, il trouve laids certains tableaux qui en r\u0026eacute;sultent. \u0026laquo;\u0026nbsp;C\u0026rsquo;est comme s\u0026rsquo;il allait explorer un Basquiat un peu l\u0026eacute;ger et sale, dit-il, un Basquiat mal fait, alors que Basquiat, tout en faisant partie du canon aujourd\u0026rsquo;hui, \u0026eacute;tait d\u0026eacute;j\u0026agrave; mal fait lui-m\u0026ecirc;me.\u0026nbsp;\u0026raquo;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est un beau compliment. \u0026Ccedil;a m\u0026rsquo;interpelle toujours plus\u0026nbsp;: le peintre est tout seul face au bon go\u0026ucirc;t. Moi, malgr\u0026eacute; mon go\u0026ucirc;t bourgeois, j\u0026rsquo;essaie d\u0026rsquo;aller plus loin. J\u0026rsquo;aime beaucoup les tableaux extr\u0026ecirc;mement \u0026eacute;l\u0026eacute;gants, mais ce qui m\u0026rsquo;a pouss\u0026eacute;, ce ne sont pas les tableaux d\u0026rsquo;un Moreau ou d\u0026rsquo;un Redon, mais quelques tableaux d\u0026eacute;rangeants de Monet ou encore les tableaux de Gauguin et de Greco, avec leurs couleurs un peu sales. Les roses de Greco, avouons-le, sont parfois comme du jambon avari\u0026eacute;\u0026hellip; Hier encore, j\u0026rsquo;ai fini un tableau avec des roses et des rouges tr\u0026egrave;s jolis que je n\u0026rsquo;aurais jamais os\u0026eacute; combiner auparavant. Je ne peins pas ces tableaux pour provoquer le bourgeois, mais pour me provoquer moi-m\u0026ecirc;me. Et le pire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;au bout du compte, je trouve \u0026ccedil;a beau\u0026hellip;\u0026nbsp;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le portrait de Gauguin est un tableau charni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;est un tableau qui ouvre une porte derri\u0026egrave;re laquelle se trouve un univers un peu sauvage, un lieu o\u0026ugrave; on ne sait plus o\u0026ugrave; on va.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ceci dit, apr\u0026egrave;s mon expo chez Baronian et Fran\u0026ccedil;ey, des gens m\u0026rsquo;ont dit qu\u0026rsquo;ils avaient trouv\u0026eacute; mes tableaux joyeux et souriants. C\u0026rsquo;est le plus beau compliment qu\u0026rsquo;on m\u0026rsquo;ait fait\u0026hellip; (Il prend un autre tableau.) Ce tableau-ci s\u0026rsquo;intitule \u003cem\u003eVous \u0026ecirc;tes ici\u003c/em\u003e. La semaine derni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait encore un tableau \u0026eacute;l\u0026eacute;gant, mais il est devenu bord\u0026eacute;lique entre-temps. Heureusement. Il est en bonne voie. (Il prend encore un autre tableau.) Celui-ci s\u0026rsquo;appelle \u003cem\u003eOrgane dirigeant\u003c/em\u003e.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu l\u0026rsquo;as fini en ajoutant la tache noire ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Pourquoi ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Parce qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait trop compliqu\u0026eacute;. Cette grosse masse noire attire l\u0026rsquo;\u0026oelig;il. Avant, on se perdait. Maintenant, il y a un objet \u0026agrave; voir. \u0026Ccedil;a rend le tableau plus frontal.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Le dessin en haut \u0026agrave; gauche fait penser \u0026agrave; une fen\u0026ecirc;tre cass\u0026eacute;e. Comme la toile d\u0026rsquo;araign\u0026eacute;e dans le portrait de Pollock, c\u0026rsquo;est une variante des grilles qu\u0026rsquo;on retrouve souvent dans tes tableaux. Tu aimes bien peindre des grilles ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. Quand j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, j\u0026rsquo;aimais bien faire des grilles, j\u0026rsquo;aimais faire des damiers. Je ne sais pas pourquoi, mais j\u0026rsquo;adorais faire \u0026ccedil;a. Il faut tr\u0026egrave;s bien se concentrer pour faire des damiers. Noir et blanc. Si j\u0026rsquo;allais trop vite, il y avait un noir qui se trouvait \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un noir. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait terrible. (Rire.) Maintenant, je fais expr\u0026egrave;s de les rater. C\u0026rsquo;est comme la croix gamm\u0026eacute;e rat\u0026eacute;e que je t\u0026rsquo;ai montr\u0026eacute;e\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Du reste, la grille est aussi le mod\u0026egrave;le de repr\u0026eacute;sentation par excellence de la civilisation occidentale, \u0026agrave; l\u0026rsquo;instar de l\u0026rsquo;abscisse et de l\u0026rsquo;ordonn\u0026eacute;e ou encore de la perspective \u0026agrave; la Renaissance. Pour moi, la grille d\u0026eacute;note l\u0026rsquo;espace artificiel qu\u0026rsquo;est le tableau. Hier, par exemple, Damien De Lepeleire m\u0026rsquo;a montr\u0026eacute; un tableau de Rapha\u0026euml;l, \u0026laquo;\u0026nbsp;Saint Pierre emprisonn\u0026eacute;\u0026nbsp;\u0026raquo; (le vrai titre\u0026nbsp;: \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;livrance de Saint-Pierre\u003c/em\u003e). Dans un d\u0026eacute;tail, on voyait tr\u0026egrave;s bien la grille presque abstraite derri\u0026egrave;re laquelle se trouvait Saint-Pierre. On retrouve la m\u0026ecirc;me impression dans les batailles d\u0026rsquo;Uccello qu\u0026rsquo;on peut voir \u0026agrave; la National Gallery, au Louvre et aux Offices de Florence : toutes ces lances rouges et blanches dans le ciel, c\u0026rsquo;est d\u0026eacute;j\u0026agrave; de l\u0026rsquo;abstraction.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Derni\u0026egrave;rement, je me suis rendu compte que lorsque je peignais, je revenais tout le temps \u0026agrave; des choses que j\u0026rsquo;avais faites il y a longtemps. C\u0026rsquo;est cyclique. Je reviens \u0026agrave; des essais ant\u0026eacute;rieurs qui d\u0026eacute;bouchent sur de nouveaux tableaux en se combinant. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;envie d\u0026rsquo;aller vers une chose parce que tel artiste y a touch\u0026eacute; ou parce qu\u0026rsquo;on repense \u0026agrave; une technique, un petit truc, une sensation\u0026hellip; La peinture, ce n\u0026rsquo;est que de la m\u0026eacute;moire, je trouve. On met une tache sur la toile, encore une, on commence \u0026agrave; y voir des choses, \u0026agrave; se raconter des histoires et \u0026agrave; se souvenir de choses\u0026nbsp;; et graduellement, le tableau se fait. C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que certains tableaux ont l\u0026rsquo;air si \u0026eacute;clat\u0026eacute;s et que l\u0026rsquo;ensemble de mes tableaux para\u0026icirc;t si h\u0026eacute;t\u0026eacute;rog\u0026egrave;ne. C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a qui est magnifique, je trouve, mais en m\u0026ecirc;me temps je cherche des solutions pour g\u0026eacute;rer cette diversit\u0026eacute;, j\u0026rsquo;essaie de d\u0026eacute;cortiquer un peu.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Est-ce que tu voudrais bien donner quelques exemples de petits trucs que tu as utilis\u0026eacute;s dans ce tableau-ci\u0026nbsp;?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Le fusain que tu vois ici, par exemple. Avant je faisais beaucoup de dessins au fusain. Ou \u0026agrave; la bombe argent\u0026eacute;e. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un geste iconoclaste. Je l\u0026rsquo;utilisais pour couvrir des peintures \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile. Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tudiais \u0026agrave; la Rijksacademie, je n\u0026rsquo;arrivais pas \u0026agrave; r\u0026eacute;soudre le probl\u0026egrave;me de la figure dans le tableau\u0026nbsp;; j\u0026rsquo;avais un probl\u0026egrave;me avec la question du sujet, comme s\u0026rsquo;il fallait vraiment un sujet pour peindre. Je me suis rendu compte par la suite que je m\u0026rsquo;en foutais, que c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait le tableau qui \u0026eacute;tait le plus important et que le sujet de la peinture, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la peinture elle-m\u0026ecirc;me. Mais, \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, j\u0026rsquo;avais l\u0026rsquo;impression qu\u0026rsquo;il fallait r\u0026eacute;soudre ce probl\u0026egrave;me. Et comme je n\u0026rsquo;y arrivais pas avec la technique de la peinture \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile, je recouvrais mes tableaux de cette peinture argent\u0026eacute;e. Alors que, maintenant, je l\u0026rsquo;utilise comme une couleur \u0026agrave; part enti\u0026egrave;re.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux se regroupent pour constituer une nouvelle image ou un nouveau tableau.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux, mais aussi de tableaux qui se trouvent encore dans l\u0026rsquo;atelier. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;ensemble de l\u0026rsquo;atelier qui g\u0026eacute;n\u0026egrave;re le nouveau tableau\u0026hellip; Quand on est jeune, on se dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Ah, faire un beau tableau\u0026nbsp;!\u0026nbsp;\u0026raquo; On veut faire un chef-d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre. Alors on essaie. Mais, au bout du compte, on comprend qu\u0026rsquo;on n\u0026rsquo;est pas libre. Il faut se d\u0026eacute;verrouiller. \u0026Ccedil;a donne des merdes, mais parfois \u0026ccedil;a donne aussi des choses extraordinaires.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il n\u0026rsquo;y a pas longtemps, j\u0026rsquo;ai demand\u0026eacute; \u0026agrave; Walter Swennen ce qu\u0026rsquo;il pensait de l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Picasso. Il m\u0026rsquo;a dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Je n\u0026rsquo;ai pas beaucoup d\u0026rsquo;affinit\u0026eacute;s avec Picasso, mais dans ce film de Clouseau, quand on voit comment il casse tableau apr\u0026egrave;s tableau, on voit que c\u0026rsquo;est un peintre. D\u0026rsquo;abord peindre, les id\u0026eacute;es viennent apr\u0026egrave;s.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, on voit qu\u0026rsquo;il y a de meilleurs tableaux que le dernier, mais c\u0026rsquo;est celui-l\u0026agrave; qui compte. Il est peut-\u0026ecirc;tre moins bien, moins audacieux, moins brillant et un peu plus laborieux, mais c\u0026rsquo;est le tableau achev\u0026eacute;, et c\u0026rsquo;est cela le plus important.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Les tableaux qu\u0026rsquo;il a cass\u0026eacute;s sont peut-\u0026ecirc;tre ceux qu\u0026rsquo;il savait d\u0026eacute;j\u0026agrave; peindre.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Il n\u0026rsquo;avait plus besoin de les faire, il les avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; faits. C\u0026rsquo;est peut-\u0026ecirc;tre pour \u0026ccedil;a qu\u0026rsquo;il peignait autant. Plus il avait r\u0026eacute;alis\u0026eacute; de tableaux, plus il devait peindre pour pouvoir aller plus loin\u0026hellip; Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans cette histoire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;elle nous parle aussi de la m\u0026eacute;moire. Dans ce film, on voit la naissance d\u0026rsquo;un tableau qui d\u0026eacute;coule des autres. On voit la m\u0026eacute;moire au travail. Tant la m\u0026eacute;moire personnelle de Picasso que l\u0026rsquo;histoire de la peinture. Tant\u0026ocirc;t il pense \u0026agrave; Goya, tant\u0026ocirc;t \u0026agrave; V\u0026eacute;lasquez ou \u0026agrave; Ingres, et son tableau avance comme \u0026ccedil;a\u0026hellip;\u0026nbsp;Parfois m\u0026ecirc;me, on n\u0026rsquo;ose plus avancer. Prenons Magritte, par exemple. Swennen pense qu\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s la p\u0026eacute;riode vache, il est retourn\u0026eacute; \u0026agrave; ses anciens tableaux comme un garde-fou.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu m\u0026rsquo;as dit que Swennen te faisait penser \u0026agrave; Eug\u0026egrave;ne Leroy.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, un peu. Leroy avait une approche similaire\u0026nbsp;: litt\u0026eacute;raire et humaniste. Il avait une fa\u0026ccedil;on de s\u0026rsquo;exprimer toute particuli\u0026egrave;re. Quand il se mettait \u0026agrave; parler, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait des boucles o\u0026ugrave; tout se m\u0026eacute;langeait : la peinture, la vie, les voyages\u0026hellip; Tu savais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; seize ans, il \u0026eacute;tait parti en v\u0026eacute;lo au Kr\u0026ouml;ller-M\u0026uuml;ller avec quelques copains ? Il voulait voir les Van Gogh. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas encore une fondation \u0026agrave; ce temps-l\u0026agrave;. La collectionneuse les a accueillis. Les Van Gogh se trouvaient dans une sorte de grange. \u0026Agrave; un moment donn\u0026eacute;, le majordome est arriv\u0026eacute; pour annoncer que le d\u0026eacute;jeuner \u0026eacute;tait servi et la collectionneuse les a laiss\u0026eacute;s seuls avec les Van Gogh. \u0026Ccedil;a l\u0026rsquo;a marqu\u0026eacute;\u0026hellip; Dans son atelier, devant lui, \u0026agrave; gauche, il avait coll\u0026eacute; un morceau de feuille d\u0026rsquo;or sur un miroir piqu\u0026eacute;. Il travaillait toujours avec la lumi\u0026egrave;re du jour. Devant lui, il y avait une petite fen\u0026ecirc;tre qui donnait sur le jardin\u0026nbsp;; derri\u0026egrave;re lui se trouvait une grande fen\u0026ecirc;tre qui laissait passer la lumi\u0026egrave;re du Nord qu\u0026rsquo;il appelait la lumi\u0026egrave;re de Rembrandt et qui se r\u0026eacute;fl\u0026eacute;chissait dans la feuille d\u0026rsquo;or. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait son \u0026eacute;talon. \u0026Ccedil;a lui rappelait la lumi\u0026egrave;re d\u0026rsquo;une ic\u0026ocirc;ne qu\u0026rsquo;il avait vue \u0026agrave; l\u0026rsquo;Hermitage et qui a \u0026eacute;t\u0026eacute; tr\u0026egrave;s importante pour lui\u0026hellip; Lorsqu\u0026rsquo;il a vu des tableaux de Mondrian pour la premi\u0026egrave;re fois, il avait soixante-dix ans. Il disait que Mondrian voyait la lumi\u0026egrave;re. Pour lui, Mondrian \u0026eacute;tait un peintre du Nord. Il se sentait peut-\u0026ecirc;tre proche de la mystique de Mondrian. Leroy n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas religieux, mais il avait un c\u0026ocirc;t\u0026eacute; mystique. Lorsque sa premi\u0026egrave;re femme est morte\u0026mdash; elle s\u0026rsquo;appelait Valentine \u0026mdash; il a pris un morceau de charbon dans le feu et il a couvert les murs de sa maison avec les vers \u003cem\u003ed\u0026rsquo;Une saison en enfer\u003c/em\u003e. Il faisait aussi des petites sculptures en bois et en argile, des petites d\u0026eacute;esses callipyges\u0026hellip; Il parlait de Rubens, Rembrandt, Poussin, Rimbaud, Rabelais, le jardin, son chien\u0026hellip; C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un homme bien vivant. J\u0026rsquo;aimais bien ses salades.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- C\u0026rsquo;est un peu comme tes tableaux maintenant. Tout se combine\u0026hellip;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nOui, ce sont des salades compos\u0026eacute;es. Des salades o\u0026ugrave; il y a parfois trop de trucs, comme les pizzas d\u0026rsquo;aujourd\u0026rsquo;hui. Les meilleures pizzas, ce sont celles avec un peu de tomate seulement. Mais, de nos jours, les gens veulent trop de trucs : des artichauts, de l\u0026rsquo;ananas, du ma\u0026iuml;s\u0026hellip; C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que je fais parfois des monochromes, \u0026ccedil;a me repose.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nMontagne de Miel, 26 mai 2003\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"nl","short_description":"","description":"\u003cp style=\"color: rgb(51, 51, 51); font-family: sans-serif,Arial,Verdana,\u0026amp;quot;trebuchet ms\u0026amp;quot;; font-size: 13px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\"\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n__________\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nHans Theys\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cstrong\u003eSalades compos\u0026eacute;es\u003cbr /\u003e\r\nEntretien avec Xavier Noiret-Thom\u0026eacute;\u003c/strong\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nXavier Noiret-Thom\u0026eacute; : (Il montre un tableau.) Ceci est un portrait de Pollock, de Picasso ou de Spiderman. Ce n\u0026rsquo;est pas encore tr\u0026egrave;s clair. J\u0026rsquo;ai envie que ce soit Pollock, parce que je le trouve tr\u0026egrave;s am\u0026eacute;ricain, ce tableau. (Il prend un autre tableau.) \u0026Ccedil;a, c\u0026rsquo;est un portrait de Jean Dubuffet. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait Matisse, mais apr\u0026egrave;s, Dubuffet est venu par je ne sais quelle entourloupe\u0026hellip; (Il prend encore un autre tableau.) Le portrait de C\u0026eacute;zanne n\u0026rsquo;est pas encore tout \u0026agrave; fait \u0026ccedil;a. En haut, on voit bien la montagne Sainte-Victoire, mais il manque quelque chose\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Comme la plume mauve dans le portrait de Gauguin ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. La plume, c\u0026rsquo;est le couronnement du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; indien, du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; tribal de cette peinture.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Qu\u0026rsquo;est-ce que tu comptes montrer en septembre ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : J\u0026rsquo;ai envie de mettre quelques tableaux\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- De ta p\u0026eacute;riode vache ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, c\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Des tableaux un peu surprenants, un peu d\u0026eacute;gueulasses m\u0026ecirc;me. Pour moi, il faut que ce soit vivant, il faut que ce soit bavard. Les gens peuvent se gratter la t\u0026ecirc;te, mais ils doivent aussi y prendre un peu de plaisir. Chez Ensor, tu ris, tu pleures et tu te grattes la t\u0026ecirc;te. C\u0026rsquo;est la grande com\u0026eacute;die humaine. Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans un certain art, c\u0026rsquo;est une approche qui a l\u0026rsquo;air comique, mais qui ne l\u0026rsquo;est pas du tout. Ou l\u0026rsquo;inverse. Dans l\u0026rsquo;art belge, il y a toujours un drame qui se d\u0026eacute;roule. C\u0026rsquo;est clair qu\u0026rsquo;on finira tous dans le trou \u0026agrave; la fin. C\u0026rsquo;est comme les cr\u0026acirc;nes dans les vanit\u0026eacute;s. Si c\u0026rsquo;est Ensor qui le peint, le cr\u0026acirc;ne semblera sourire. La peinture est une chose l\u0026eacute;g\u0026egrave;re qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de gravit\u0026eacute;, mais elle est aussi une chose s\u0026eacute;rieuse qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de l\u0026eacute;g\u0026egrave;ret\u0026eacute;\u0026hellip; (Il prend un petit tableau.) J\u0026rsquo;ai envie de montrer cet \u003cem\u003eAutoportrait en Joconde\u003c/em\u003e. C\u0026rsquo;est un tableau ridicule. J\u0026rsquo;aime bien le nez de clown rond et la moustache en guidon de bicyclette. C\u0026rsquo;est un tableau \u0026agrave; tiroirs. Il cache d\u0026rsquo;autres tableaux, tout comme des poup\u0026eacute;es russes. (Il prend encore un autre tableau.) Le \u003cem\u003ePortrait de Gauguin\u003c/em\u003e, tu connais d\u0026eacute;j\u0026agrave;\u0026hellip; Damien De Lepeleire ne l\u0026rsquo;aime pas. Il trouve que c\u0026rsquo;est ce qu\u0026rsquo;il y a de pire.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il m\u0026rsquo;a dit que tu arrives \u0026agrave; faire de tr\u0026egrave;s belles peintures consensuelles et qu\u0026rsquo;il appr\u0026eacute;cie beaucoup que tu prennes des risques avec ce que tu sais, que tu te mettes en danger, que tu ailles l\u0026agrave; o\u0026ugrave; on a peur, mais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; cause de son go\u0026ucirc;t bourgeois, il trouve laids certains tableaux qui en r\u0026eacute;sultent. \u0026laquo;\u0026nbsp;C\u0026rsquo;est comme s\u0026rsquo;il allait explorer un Basquiat un peu l\u0026eacute;ger et sale, dit-il, un Basquiat mal fait, alors que Basquiat, tout en faisant partie du canon aujourd\u0026rsquo;hui, \u0026eacute;tait d\u0026eacute;j\u0026agrave; mal fait lui-m\u0026ecirc;me.\u0026nbsp;\u0026raquo;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est un beau compliment. \u0026Ccedil;a m\u0026rsquo;interpelle toujours plus\u0026nbsp;: le peintre est tout seul face au bon go\u0026ucirc;t. Moi, malgr\u0026eacute; mon go\u0026ucirc;t bourgeois, j\u0026rsquo;essaie d\u0026rsquo;aller plus loin. J\u0026rsquo;aime beaucoup les tableaux extr\u0026ecirc;mement \u0026eacute;l\u0026eacute;gants, mais ce qui m\u0026rsquo;a pouss\u0026eacute;, ce ne sont pas les tableaux d\u0026rsquo;un Moreau ou d\u0026rsquo;un Redon, mais quelques tableaux d\u0026eacute;rangeants de Monet ou encore les tableaux de Gauguin et de Greco, avec leurs couleurs un peu sales. Les roses de Greco, avouons-le, sont parfois comme du jambon avari\u0026eacute;\u0026hellip; Hier encore, j\u0026rsquo;ai fini un tableau avec des roses et des rouges tr\u0026egrave;s jolis que je n\u0026rsquo;aurais jamais os\u0026eacute; combiner auparavant. Je ne peins pas ces tableaux pour provoquer le bourgeois, mais pour me provoquer moi-m\u0026ecirc;me. Et le pire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;au bout du compte, je trouve \u0026ccedil;a beau\u0026hellip;\u0026nbsp;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le portrait de Gauguin est un tableau charni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;est un tableau qui ouvre une porte derri\u0026egrave;re laquelle se trouve un univers un peu sauvage, un lieu o\u0026ugrave; on ne sait plus o\u0026ugrave; on va.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ceci dit, apr\u0026egrave;s mon expo chez Baronian et Fran\u0026ccedil;ey, des gens m\u0026rsquo;ont dit qu\u0026rsquo;ils avaient trouv\u0026eacute; mes tableaux joyeux et souriants. C\u0026rsquo;est le plus beau compliment qu\u0026rsquo;on m\u0026rsquo;ait fait\u0026hellip; (Il prend un autre tableau.) Ce tableau-ci s\u0026rsquo;intitule \u003cem\u003eVous \u0026ecirc;tes ici\u003c/em\u003e. La semaine derni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait encore un tableau \u0026eacute;l\u0026eacute;gant, mais il est devenu bord\u0026eacute;lique entre-temps. Heureusement. Il est en bonne voie. (Il prend encore un autre tableau.) Celui-ci s\u0026rsquo;appelle \u003cem\u003eOrgane dirigeant\u003c/em\u003e.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu l\u0026rsquo;as fini en ajoutant la tache noire ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Pourquoi ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Parce qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait trop compliqu\u0026eacute;. Cette grosse masse noire attire l\u0026rsquo;\u0026oelig;il. Avant, on se perdait. Maintenant, il y a un objet \u0026agrave; voir. \u0026Ccedil;a rend le tableau plus frontal.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Le dessin en haut \u0026agrave; gauche fait penser \u0026agrave; une fen\u0026ecirc;tre cass\u0026eacute;e. Comme la toile d\u0026rsquo;araign\u0026eacute;e dans le portrait de Pollock, c\u0026rsquo;est une variante des grilles qu\u0026rsquo;on retrouve souvent dans tes tableaux. Tu aimes bien peindre des grilles ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. Quand j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, j\u0026rsquo;aimais bien faire des grilles, j\u0026rsquo;aimais faire des damiers. Je ne sais pas pourquoi, mais j\u0026rsquo;adorais faire \u0026ccedil;a. Il faut tr\u0026egrave;s bien se concentrer pour faire des damiers. Noir et blanc. Si j\u0026rsquo;allais trop vite, il y avait un noir qui se trouvait \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un noir. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait terrible. (Rire.) Maintenant, je fais expr\u0026egrave;s de les rater. C\u0026rsquo;est comme la croix gamm\u0026eacute;e rat\u0026eacute;e que je t\u0026rsquo;ai montr\u0026eacute;e\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Du reste, la grille est aussi le mod\u0026egrave;le de repr\u0026eacute;sentation par excellence de la civilisation occidentale, \u0026agrave; l\u0026rsquo;instar de l\u0026rsquo;abscisse et de l\u0026rsquo;ordonn\u0026eacute;e ou encore de la perspective \u0026agrave; la Renaissance. Pour moi, la grille d\u0026eacute;note l\u0026rsquo;espace artificiel qu\u0026rsquo;est le tableau. Hier, par exemple, Damien De Lepeleire m\u0026rsquo;a montr\u0026eacute; un tableau de Rapha\u0026euml;l, \u0026laquo;\u0026nbsp;Saint Pierre emprisonn\u0026eacute;\u0026nbsp;\u0026raquo; (le vrai titre\u0026nbsp;: \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;livrance de Saint-Pierre\u003c/em\u003e). Dans un d\u0026eacute;tail, on voyait tr\u0026egrave;s bien la grille presque abstraite derri\u0026egrave;re laquelle se trouvait Saint-Pierre. On retrouve la m\u0026ecirc;me impression dans les batailles d\u0026rsquo;Uccello qu\u0026rsquo;on peut voir \u0026agrave; la National Gallery, au Louvre et aux Offices de Florence : toutes ces lances rouges et blanches dans le ciel, c\u0026rsquo;est d\u0026eacute;j\u0026agrave; de l\u0026rsquo;abstraction.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Derni\u0026egrave;rement, je me suis rendu compte que lorsque je peignais, je revenais tout le temps \u0026agrave; des choses que j\u0026rsquo;avais faites il y a longtemps. C\u0026rsquo;est cyclique. Je reviens \u0026agrave; des essais ant\u0026eacute;rieurs qui d\u0026eacute;bouchent sur de nouveaux tableaux en se combinant. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;envie d\u0026rsquo;aller vers une chose parce que tel artiste y a touch\u0026eacute; ou parce qu\u0026rsquo;on repense \u0026agrave; une technique, un petit truc, une sensation\u0026hellip; La peinture, ce n\u0026rsquo;est que de la m\u0026eacute;moire, je trouve. On met une tache sur la toile, encore une, on commence \u0026agrave; y voir des choses, \u0026agrave; se raconter des histoires et \u0026agrave; se souvenir de choses\u0026nbsp;; et graduellement, le tableau se fait. C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que certains tableaux ont l\u0026rsquo;air si \u0026eacute;clat\u0026eacute;s et que l\u0026rsquo;ensemble de mes tableaux para\u0026icirc;t si h\u0026eacute;t\u0026eacute;rog\u0026egrave;ne. C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a qui est magnifique, je trouve, mais en m\u0026ecirc;me temps je cherche des solutions pour g\u0026eacute;rer cette diversit\u0026eacute;, j\u0026rsquo;essaie de d\u0026eacute;cortiquer un peu.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Est-ce que tu voudrais bien donner quelques exemples de petits trucs que tu as utilis\u0026eacute;s dans ce tableau-ci\u0026nbsp;?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Le fusain que tu vois ici, par exemple. Avant je faisais beaucoup de dessins au fusain. Ou \u0026agrave; la bombe argent\u0026eacute;e. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un geste iconoclaste. Je l\u0026rsquo;utilisais pour couvrir des peintures \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile. Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tudiais \u0026agrave; la Rijksacademie, je n\u0026rsquo;arrivais pas \u0026agrave; r\u0026eacute;soudre le probl\u0026egrave;me de la figure dans le tableau\u0026nbsp;; j\u0026rsquo;avais un probl\u0026egrave;me avec la question du sujet, comme s\u0026rsquo;il fallait vraiment un sujet pour peindre. Je me suis rendu compte par la suite que je m\u0026rsquo;en foutais, que c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait le tableau qui \u0026eacute;tait le plus important et que le sujet de la peinture, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la peinture elle-m\u0026ecirc;me. Mais, \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, j\u0026rsquo;avais l\u0026rsquo;impression qu\u0026rsquo;il fallait r\u0026eacute;soudre ce probl\u0026egrave;me. Et comme je n\u0026rsquo;y arrivais pas avec la technique de la peinture \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile, je recouvrais mes tableaux de cette peinture argent\u0026eacute;e. Alors que, maintenant, je l\u0026rsquo;utilise comme une couleur \u0026agrave; part enti\u0026egrave;re.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux se regroupent pour constituer une nouvelle image ou un nouveau tableau.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux, mais aussi de tableaux qui se trouvent encore dans l\u0026rsquo;atelier. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;ensemble de l\u0026rsquo;atelier qui g\u0026eacute;n\u0026egrave;re le nouveau tableau\u0026hellip; Quand on est jeune, on se dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Ah, faire un beau tableau\u0026nbsp;!\u0026nbsp;\u0026raquo; On veut faire un chef-d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre. Alors on essaie. Mais, au bout du compte, on comprend qu\u0026rsquo;on n\u0026rsquo;est pas libre. Il faut se d\u0026eacute;verrouiller. \u0026Ccedil;a donne des merdes, mais parfois \u0026ccedil;a donne aussi des choses extraordinaires.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il n\u0026rsquo;y a pas longtemps, j\u0026rsquo;ai demand\u0026eacute; \u0026agrave; Walter Swennen ce qu\u0026rsquo;il pensait de l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Picasso. Il m\u0026rsquo;a dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Je n\u0026rsquo;ai pas beaucoup d\u0026rsquo;affinit\u0026eacute;s avec Picasso, mais dans ce film de Clouseau, quand on voit comment il casse tableau apr\u0026egrave;s tableau, on voit que c\u0026rsquo;est un peintre. D\u0026rsquo;abord peindre, les id\u0026eacute;es viennent apr\u0026egrave;s.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, on voit qu\u0026rsquo;il y a de meilleurs tableaux que le dernier, mais c\u0026rsquo;est celui-l\u0026agrave; qui compte. Il est peut-\u0026ecirc;tre moins bien, moins audacieux, moins brillant et un peu plus laborieux, mais c\u0026rsquo;est le tableau achev\u0026eacute;, et c\u0026rsquo;est cela le plus important.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Les tableaux qu\u0026rsquo;il a cass\u0026eacute;s sont peut-\u0026ecirc;tre ceux qu\u0026rsquo;il savait d\u0026eacute;j\u0026agrave; peindre.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Il n\u0026rsquo;avait plus besoin de les faire, il les avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; faits. C\u0026rsquo;est peut-\u0026ecirc;tre pour \u0026ccedil;a qu\u0026rsquo;il peignait autant. Plus il avait r\u0026eacute;alis\u0026eacute; de tableaux, plus il devait peindre pour pouvoir aller plus loin\u0026hellip; Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans cette histoire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;elle nous parle aussi de la m\u0026eacute;moire. Dans ce film, on voit la naissance d\u0026rsquo;un tableau qui d\u0026eacute;coule des autres. On voit la m\u0026eacute;moire au travail. Tant la m\u0026eacute;moire personnelle de Picasso que l\u0026rsquo;histoire de la peinture. Tant\u0026ocirc;t il pense \u0026agrave; Goya, tant\u0026ocirc;t \u0026agrave; V\u0026eacute;lasquez ou \u0026agrave; Ingres, et son tableau avance comme \u0026ccedil;a\u0026hellip;\u0026nbsp;Parfois m\u0026ecirc;me, on n\u0026rsquo;ose plus avancer. Prenons Magritte, par exemple. Swennen pense qu\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s la p\u0026eacute;riode vache, il est retourn\u0026eacute; \u0026agrave; ses anciens tableaux comme un garde-fou.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu m\u0026rsquo;as dit que Swennen te faisait penser \u0026agrave; Eug\u0026egrave;ne Leroy.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, un peu. Leroy avait une approche similaire\u0026nbsp;: litt\u0026eacute;raire et humaniste. Il avait une fa\u0026ccedil;on de s\u0026rsquo;exprimer toute particuli\u0026egrave;re. Quand il se mettait \u0026agrave; parler, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait des boucles o\u0026ugrave; tout se m\u0026eacute;langeait : la peinture, la vie, les voyages\u0026hellip; Tu savais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; seize ans, il \u0026eacute;tait parti en v\u0026eacute;lo au Kr\u0026ouml;ller-M\u0026uuml;ller avec quelques copains ? Il voulait voir les Van Gogh. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas encore une fondation \u0026agrave; ce temps-l\u0026agrave;. La collectionneuse les a accueillis. Les Van Gogh se trouvaient dans une sorte de grange. \u0026Agrave; un moment donn\u0026eacute;, le majordome est arriv\u0026eacute; pour annoncer que le d\u0026eacute;jeuner \u0026eacute;tait servi et la collectionneuse les a laiss\u0026eacute;s seuls avec les Van Gogh. \u0026Ccedil;a l\u0026rsquo;a marqu\u0026eacute;\u0026hellip; Dans son atelier, devant lui, \u0026agrave; gauche, il avait coll\u0026eacute; un morceau de feuille d\u0026rsquo;or sur un miroir piqu\u0026eacute;. Il travaillait toujours avec la lumi\u0026egrave;re du jour. Devant lui, il y avait une petite fen\u0026ecirc;tre qui donnait sur le jardin\u0026nbsp;; derri\u0026egrave;re lui se trouvait une grande fen\u0026ecirc;tre qui laissait passer la lumi\u0026egrave;re du Nord qu\u0026rsquo;il appelait la lumi\u0026egrave;re de Rembrandt et qui se r\u0026eacute;fl\u0026eacute;chissait dans la feuille d\u0026rsquo;or. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait son \u0026eacute;talon. \u0026Ccedil;a lui rappelait la lumi\u0026egrave;re d\u0026rsquo;une ic\u0026ocirc;ne qu\u0026rsquo;il avait vue \u0026agrave; l\u0026rsquo;Hermitage et qui a \u0026eacute;t\u0026eacute; tr\u0026egrave;s importante pour lui\u0026hellip; Lorsqu\u0026rsquo;il a vu des tableaux de Mondrian pour la premi\u0026egrave;re fois, il avait soixante-dix ans. Il disait que Mondrian voyait la lumi\u0026egrave;re. Pour lui, Mondrian \u0026eacute;tait un peintre du Nord. Il se sentait peut-\u0026ecirc;tre proche de la mystique de Mondrian. Leroy n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas religieux, mais il avait un c\u0026ocirc;t\u0026eacute; mystique. Lorsque sa premi\u0026egrave;re femme est morte\u0026mdash; elle s\u0026rsquo;appelait Valentine \u0026mdash; il a pris un morceau de charbon dans le feu et il a couvert les murs de sa maison avec les vers \u003cem\u003ed\u0026rsquo;Une saison en enfer\u003c/em\u003e. Il faisait aussi des petites sculptures en bois et en argile, des petites d\u0026eacute;esses callipyges\u0026hellip; Il parlait de Rubens, Rembrandt, Poussin, Rimbaud, Rabelais, le jardin, son chien\u0026hellip; C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un homme bien vivant. J\u0026rsquo;aimais bien ses salades.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- C\u0026rsquo;est un peu comme tes tableaux maintenant. Tout se combine\u0026hellip;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nOui, ce sont des salades compos\u0026eacute;es. Des salades o\u0026ugrave; il y a parfois trop de trucs, comme les pizzas d\u0026rsquo;aujourd\u0026rsquo;hui. Les meilleures pizzas, ce sont celles avec un peu de tomate seulement. Mais, de nos jours, les gens veulent trop de trucs : des artichauts, de l\u0026rsquo;ananas, du ma\u0026iuml;s\u0026hellip; C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que je fais parfois des monochromes, \u0026ccedil;a me repose.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nMontagne de Miel, 26 mai 2003\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"fr","short_description":"","description":"\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n__________\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nHans Theys\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cstrong\u003eSalades compos\u0026eacute;es\u003cbr /\u003e\r\nEntretien avec Xavier Noiret-Thom\u0026eacute;\u003c/strong\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nXavier Noiret-Thom\u0026eacute; : (Il montre un tableau.) Ceci est un portrait de Pollock, de Picasso ou de Spiderman. Ce n\u0026rsquo;est pas encore tr\u0026egrave;s clair. J\u0026rsquo;ai envie que ce soit Pollock, parce que je le trouve tr\u0026egrave;s am\u0026eacute;ricain, ce tableau. (Il prend un autre tableau.) \u0026Ccedil;a, c\u0026rsquo;est un portrait de Jean Dubuffet. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait Matisse, mais apr\u0026egrave;s, Dubuffet est venu par je ne sais quelle entourloupe\u0026hellip; (Il prend encore un autre tableau.) Le portrait de C\u0026eacute;zanne n\u0026rsquo;est pas encore tout \u0026agrave; fait \u0026ccedil;a. En haut, on voit bien la montagne Sainte-Victoire, mais il manque quelque chose\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Comme la plume mauve dans le portrait de Gauguin ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. La plume, c\u0026rsquo;est le couronnement du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; indien, du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; tribal de cette peinture.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Qu\u0026rsquo;est-ce que tu comptes montrer en septembre ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : J\u0026rsquo;ai envie de mettre quelques tableaux\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- De ta p\u0026eacute;riode vache ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, c\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Des tableaux un peu surprenants, un peu d\u0026eacute;gueulasses m\u0026ecirc;me. Pour moi, il faut que ce soit vivant, il faut que ce soit bavard. Les gens peuvent se gratter la t\u0026ecirc;te, mais ils doivent aussi y prendre un peu de plaisir. Chez Ensor, tu ris, tu pleures et tu te grattes la t\u0026ecirc;te. C\u0026rsquo;est la grande com\u0026eacute;die humaine. Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans un certain art, c\u0026rsquo;est une approche qui a l\u0026rsquo;air comique, mais qui ne l\u0026rsquo;est pas du tout. Ou l\u0026rsquo;inverse. Dans l\u0026rsquo;art belge, il y a toujours un drame qui se d\u0026eacute;roule. C\u0026rsquo;est clair qu\u0026rsquo;on finira tous dans le trou \u0026agrave; la fin. C\u0026rsquo;est comme les cr\u0026acirc;nes dans les vanit\u0026eacute;s. Si c\u0026rsquo;est Ensor qui le peint, le cr\u0026acirc;ne semblera sourire. La peinture est une chose l\u0026eacute;g\u0026egrave;re qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de gravit\u0026eacute;, mais elle est aussi une chose s\u0026eacute;rieuse qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de l\u0026eacute;g\u0026egrave;ret\u0026eacute;\u0026hellip; (Il prend un petit tableau.) J\u0026rsquo;ai envie de montrer cet \u003cem\u003eAutoportrait en Joconde\u003c/em\u003e. C\u0026rsquo;est un tableau ridicule. J\u0026rsquo;aime bien le nez de clown rond et la moustache en guidon de bicyclette. C\u0026rsquo;est un tableau \u0026agrave; tiroirs. Il cache d\u0026rsquo;autres tableaux, tout comme des poup\u0026eacute;es russes. (Il prend encore un autre tableau.) Le \u003cem\u003ePortrait de Gauguin\u003c/em\u003e, tu connais d\u0026eacute;j\u0026agrave;\u0026hellip; Damien De Lepeleire ne l\u0026rsquo;aime pas. Il trouve que c\u0026rsquo;est ce qu\u0026rsquo;il y a de pire.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il m\u0026rsquo;a dit que tu arrives \u0026agrave; faire de tr\u0026egrave;s belles peintures consensuelles et qu\u0026rsquo;il appr\u0026eacute;cie beaucoup que tu prennes des risques avec ce que tu sais, que tu te mettes en danger, que tu ailles l\u0026agrave; o\u0026ugrave; on a peur, mais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; cause de son go\u0026ucirc;t bourgeois, il trouve laids certains tableaux qui en r\u0026eacute;sultent. \u0026laquo;\u0026nbsp;C\u0026rsquo;est comme s\u0026rsquo;il allait explorer un Basquiat un peu l\u0026eacute;ger et sale, dit-il, un Basquiat mal fait, alors que Basquiat, tout en faisant partie du canon aujourd\u0026rsquo;hui, \u0026eacute;tait d\u0026eacute;j\u0026agrave; mal fait lui-m\u0026ecirc;me.\u0026nbsp;\u0026raquo;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est un beau compliment. \u0026Ccedil;a m\u0026rsquo;interpelle toujours plus\u0026nbsp;: le peintre est tout seul face au bon go\u0026ucirc;t. Moi, malgr\u0026eacute; mon go\u0026ucirc;t bourgeois, j\u0026rsquo;essaie d\u0026rsquo;aller plus loin. J\u0026rsquo;aime beaucoup les tableaux extr\u0026ecirc;mement \u0026eacute;l\u0026eacute;gants, mais ce qui m\u0026rsquo;a pouss\u0026eacute;, ce ne sont pas les tableaux d\u0026rsquo;un Moreau ou d\u0026rsquo;un Redon, mais quelques tableaux d\u0026eacute;rangeants de Monet ou encore les tableaux de Gauguin et de Greco, avec leurs couleurs un peu sales. Les roses de Greco, avouons-le, sont parfois comme du jambon avari\u0026eacute;\u0026hellip; Hier encore, j\u0026rsquo;ai fini un tableau avec des roses et des rouges tr\u0026egrave;s jolis que je n\u0026rsquo;aurais jamais os\u0026eacute; combiner auparavant. Je ne peins pas ces tableaux pour provoquer le bourgeois, mais pour me provoquer moi-m\u0026ecirc;me. Et le pire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;au bout du compte, je trouve \u0026ccedil;a beau\u0026hellip;\u0026nbsp;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le portrait de Gauguin est un tableau charni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;est un tableau qui ouvre une porte derri\u0026egrave;re laquelle se trouve un univers un peu sauvage, un lieu o\u0026ugrave; on ne sait plus o\u0026ugrave; on va.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ceci dit, apr\u0026egrave;s mon expo chez Baronian et Fran\u0026ccedil;ey, des gens m\u0026rsquo;ont dit qu\u0026rsquo;ils avaient trouv\u0026eacute; mes tableaux joyeux et souriants. C\u0026rsquo;est le plus beau compliment qu\u0026rsquo;on m\u0026rsquo;ait fait\u0026hellip; (Il prend un autre tableau.) Ce tableau-ci s\u0026rsquo;intitule \u003cem\u003eVous \u0026ecirc;tes ici\u003c/em\u003e. La semaine derni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait encore un tableau \u0026eacute;l\u0026eacute;gant, mais il est devenu bord\u0026eacute;lique entre-temps. Heureusement. Il est en bonne voie. (Il prend encore un autre tableau.) Celui-ci s\u0026rsquo;appelle \u003cem\u003eOrgane dirigeant\u003c/em\u003e.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu l\u0026rsquo;as fini en ajoutant la tache noire ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Pourquoi ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Parce qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait trop compliqu\u0026eacute;. Cette grosse masse noire attire l\u0026rsquo;\u0026oelig;il. Avant, on se perdait. Maintenant, il y a un objet \u0026agrave; voir. \u0026Ccedil;a rend le tableau plus frontal.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Le dessin en haut \u0026agrave; gauche fait penser \u0026agrave; une fen\u0026ecirc;tre cass\u0026eacute;e. Comme la toile d\u0026rsquo;araign\u0026eacute;e dans le portrait de Pollock, c\u0026rsquo;est une variante des grilles qu\u0026rsquo;on retrouve souvent dans tes tableaux. Tu aimes bien peindre des grilles ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. Quand j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, j\u0026rsquo;aimais bien faire des grilles, j\u0026rsquo;aimais faire des damiers. Je ne sais pas pourquoi, mais j\u0026rsquo;adorais faire \u0026ccedil;a. Il faut tr\u0026egrave;s bien se concentrer pour faire des damiers. Noir et blanc. Si j\u0026rsquo;allais trop vite, il y avait un noir qui se trouvait \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un noir. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait terrible. (Rire.) Maintenant, je fais expr\u0026egrave;s de les rater. C\u0026rsquo;est comme la croix gamm\u0026eacute;e rat\u0026eacute;e que je t\u0026rsquo;ai montr\u0026eacute;e\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Du reste, la grille est aussi le mod\u0026egrave;le de repr\u0026eacute;sentation par excellence de la civilisation occidentale, \u0026agrave; l\u0026rsquo;instar de l\u0026rsquo;abscisse et de l\u0026rsquo;ordonn\u0026eacute;e ou encore de la perspective \u0026agrave; la Renaissance. Pour moi, la grille d\u0026eacute;note l\u0026rsquo;espace artificiel qu\u0026rsquo;est le tableau. Hier, par exemple, Damien De Lepeleire m\u0026rsquo;a montr\u0026eacute; un tableau de Rapha\u0026euml;l, \u0026laquo;\u0026nbsp;Saint Pierre emprisonn\u0026eacute;\u0026nbsp;\u0026raquo; (le vrai titre\u0026nbsp;: \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;livrance de Saint-Pierre\u003c/em\u003e). Dans un d\u0026eacute;tail, on voyait tr\u0026egrave;s bien la grille presque abstraite derri\u0026egrave;re laquelle se trouvait Saint-Pierre. On retrouve la m\u0026ecirc;me impression dans les batailles d\u0026rsquo;Uccello qu\u0026rsquo;on peut voir \u0026agrave; la National Gallery, au Louvre et aux Offices de Florence : toutes ces lances rouges et blanches dans le ciel, c\u0026rsquo;est d\u0026eacute;j\u0026agrave; de l\u0026rsquo;abstraction.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Derni\u0026egrave;rement, je me suis rendu compte que lorsque je peignais, je revenais tout le temps \u0026agrave; des choses que j\u0026rsquo;avais faites il y a longtemps. C\u0026rsquo;est cyclique. Je reviens \u0026agrave; des essais ant\u0026eacute;rieurs qui d\u0026eacute;bouchent sur de nouveaux tableaux en se combinant. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;envie d\u0026rsquo;aller vers une chose parce que tel artiste y a touch\u0026eacute; ou parce qu\u0026rsquo;on repense \u0026agrave; une technique, un petit truc, une sensation\u0026hellip; La peinture, ce n\u0026rsquo;est que de la m\u0026eacute;moire, je trouve. On met une tache sur la toile, encore une, on commence \u0026agrave; y voir des choses, \u0026agrave; se raconter des histoires et \u0026agrave; se souvenir de choses\u0026nbsp;; et graduellement, le tableau se fait. C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que certains tableaux ont l\u0026rsquo;air si \u0026eacute;clat\u0026eacute;s et que l\u0026rsquo;ensemble de mes tableaux para\u0026icirc;t si h\u0026eacute;t\u0026eacute;rog\u0026egrave;ne. C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a qui est magnifique, je trouve, mais en m\u0026ecirc;me temps je cherche des solutions pour g\u0026eacute;rer cette diversit\u0026eacute;, j\u0026rsquo;essaie de d\u0026eacute;cortiquer un peu.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Est-ce que tu voudrais bien donner quelques exemples de petits trucs que tu as utilis\u0026eacute;s dans ce tableau-ci\u0026nbsp;?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Le fusain que tu vois ici, par exemple. Avant je faisais beaucoup de dessins au fusain. Ou \u0026agrave; la bombe argent\u0026eacute;e. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un geste iconoclaste. Je l\u0026rsquo;utilisais pour couvrir des peintures \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile. Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tudiais \u0026agrave; la Rijksacademie, je n\u0026rsquo;arrivais pas \u0026agrave; r\u0026eacute;soudre le probl\u0026egrave;me de la figure dans le tableau\u0026nbsp;; j\u0026rsquo;avais un probl\u0026egrave;me avec la question du sujet, comme s\u0026rsquo;il fallait vraiment un sujet pour peindre. Je me suis rendu compte par la suite que je m\u0026rsquo;en foutais, que c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait le tableau qui \u0026eacute;tait le plus important et que le sujet de la peinture, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la peinture elle-m\u0026ecirc;me. Mais, \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, j\u0026rsquo;avais l\u0026rsquo;impression qu\u0026rsquo;il fallait r\u0026eacute;soudre ce probl\u0026egrave;me. Et comme je n\u0026rsquo;y arrivais pas avec la technique de la peinture \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile, je recouvrais mes tableaux de cette peinture argent\u0026eacute;e. Alors que, maintenant, je l\u0026rsquo;utilise comme une couleur \u0026agrave; part enti\u0026egrave;re.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux se regroupent pour constituer une nouvelle image ou un nouveau tableau.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux, mais aussi de tableaux qui se trouvent encore dans l\u0026rsquo;atelier. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;ensemble de l\u0026rsquo;atelier qui g\u0026eacute;n\u0026egrave;re le nouveau tableau\u0026hellip; Quand on est jeune, on se dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Ah, faire un beau tableau\u0026nbsp;!\u0026nbsp;\u0026raquo; On veut faire un chef-d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre. Alors on essaie. Mais, au bout du compte, on comprend qu\u0026rsquo;on n\u0026rsquo;est pas libre. Il faut se d\u0026eacute;verrouiller. \u0026Ccedil;a donne des merdes, mais parfois \u0026ccedil;a donne aussi des choses extraordinaires.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il n\u0026rsquo;y a pas longtemps, j\u0026rsquo;ai demand\u0026eacute; \u0026agrave; Walter Swennen ce qu\u0026rsquo;il pensait de l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Picasso. Il m\u0026rsquo;a dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Je n\u0026rsquo;ai pas beaucoup d\u0026rsquo;affinit\u0026eacute;s avec Picasso, mais dans ce film de Clouseau, quand on voit comment il casse tableau apr\u0026egrave;s tableau, on voit que c\u0026rsquo;est un peintre. D\u0026rsquo;abord peindre, les id\u0026eacute;es viennent apr\u0026egrave;s.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, on voit qu\u0026rsquo;il y a de meilleurs tableaux que le dernier, mais c\u0026rsquo;est celui-l\u0026agrave; qui compte. Il est peut-\u0026ecirc;tre moins bien, moins audacieux, moins brillant et un peu plus laborieux, mais c\u0026rsquo;est le tableau achev\u0026eacute;, et c\u0026rsquo;est cela le plus important.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Les tableaux qu\u0026rsquo;il a cass\u0026eacute;s sont peut-\u0026ecirc;tre ceux qu\u0026rsquo;il savait d\u0026eacute;j\u0026agrave; peindre.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Il n\u0026rsquo;avait plus besoin de les faire, il les avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; faits. C\u0026rsquo;est peut-\u0026ecirc;tre pour \u0026ccedil;a qu\u0026rsquo;il peignait autant. Plus il avait r\u0026eacute;alis\u0026eacute; de tableaux, plus il devait peindre pour pouvoir aller plus loin\u0026hellip; Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans cette histoire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;elle nous parle aussi de la m\u0026eacute;moire. Dans ce film, on voit la naissance d\u0026rsquo;un tableau qui d\u0026eacute;coule des autres. On voit la m\u0026eacute;moire au travail. Tant la m\u0026eacute;moire personnelle de Picasso que l\u0026rsquo;histoire de la peinture. Tant\u0026ocirc;t il pense \u0026agrave; Goya, tant\u0026ocirc;t \u0026agrave; V\u0026eacute;lasquez ou \u0026agrave; Ingres, et son tableau avance comme \u0026ccedil;a\u0026hellip;\u0026nbsp;Parfois m\u0026ecirc;me, on n\u0026rsquo;ose plus avancer. Prenons Magritte, par exemple. Swennen pense qu\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s la p\u0026eacute;riode vache, il est retourn\u0026eacute; \u0026agrave; ses anciens tableaux comme un garde-fou.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu m\u0026rsquo;as dit que Swennen te faisait penser \u0026agrave; Eug\u0026egrave;ne Leroy.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, un peu. Leroy avait une approche similaire\u0026nbsp;: litt\u0026eacute;raire et humaniste. Il avait une fa\u0026ccedil;on de s\u0026rsquo;exprimer toute particuli\u0026egrave;re. Quand il se mettait \u0026agrave; parler, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait des boucles o\u0026ugrave; tout se m\u0026eacute;langeait : la peinture, la vie, les voyages\u0026hellip; Tu savais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; seize ans, il \u0026eacute;tait parti en v\u0026eacute;lo au Kr\u0026ouml;ller-M\u0026uuml;ller avec quelques copains ? Il voulait voir les Van Gogh. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas encore une fondation \u0026agrave; ce temps-l\u0026agrave;. La collectionneuse les a accueillis. Les Van Gogh se trouvaient dans une sorte de grange. \u0026Agrave; un moment donn\u0026eacute;, le majordome est arriv\u0026eacute; pour annoncer que le d\u0026eacute;jeuner \u0026eacute;tait servi et la collectionneuse les a laiss\u0026eacute;s seuls avec les Van Gogh. \u0026Ccedil;a l\u0026rsquo;a marqu\u0026eacute;\u0026hellip; Dans son atelier, devant lui, \u0026agrave; gauche, il avait coll\u0026eacute; un morceau de feuille d\u0026rsquo;or sur un miroir piqu\u0026eacute;. Il travaillait toujours avec la lumi\u0026egrave;re du jour. Devant lui, il y avait une petite fen\u0026ecirc;tre qui donnait sur le jardin\u0026nbsp;; derri\u0026egrave;re lui se trouvait une grande fen\u0026ecirc;tre qui laissait passer la lumi\u0026egrave;re du Nord qu\u0026rsquo;il appelait la lumi\u0026egrave;re de Rembrandt et qui se r\u0026eacute;fl\u0026eacute;chissait dans la feuille d\u0026rsquo;or. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait son \u0026eacute;talon. \u0026Ccedil;a lui rappelait la lumi\u0026egrave;re d\u0026rsquo;une ic\u0026ocirc;ne qu\u0026rsquo;il avait vue \u0026agrave; l\u0026rsquo;Hermitage et qui a \u0026eacute;t\u0026eacute; tr\u0026egrave;s importante pour lui\u0026hellip; Lorsqu\u0026rsquo;il a vu des tableaux de Mondrian pour la premi\u0026egrave;re fois, il avait soixante-dix ans. Il disait que Mondrian voyait la lumi\u0026egrave;re. Pour lui, Mondrian \u0026eacute;tait un peintre du Nord. Il se sentait peut-\u0026ecirc;tre proche de la mystique de Mondrian. Leroy n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas religieux, mais il avait un c\u0026ocirc;t\u0026eacute; mystique. Lorsque sa premi\u0026egrave;re femme est morte\u0026mdash; elle s\u0026rsquo;appelait Valentine \u0026mdash; il a pris un morceau de charbon dans le feu et il a couvert les murs de sa maison avec les vers \u003cem\u003ed\u0026rsquo;Une saison en enfer\u003c/em\u003e. Il faisait aussi des petites sculptures en bois et en argile, des petites d\u0026eacute;esses callipyges\u0026hellip; Il parlait de Rubens, Rembrandt, Poussin, Rimbaud, Rabelais, le jardin, son chien\u0026hellip; C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un homme bien vivant. J\u0026rsquo;aimais bien ses salades.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- C\u0026rsquo;est un peu comme tes tableaux maintenant. Tout se combine\u0026hellip;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nOui, ce sont des salades compos\u0026eacute;es. Des salades o\u0026ugrave; il y a parfois trop de trucs, comme les pizzas d\u0026rsquo;aujourd\u0026rsquo;hui. Les meilleures pizzas, ce sont celles avec un peu de tomate seulement. Mais, de nos jours, les gens veulent trop de trucs : des artichauts, de l\u0026rsquo;ananas, du ma\u0026iuml;s\u0026hellip; C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que je fais parfois des monochromes, \u0026ccedil;a me repose.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nMontagne de Miel, 26 mai 2003\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"ru","short_description":"","description":""},{"locale":"de","short_description":"","description":"\u003cp style=\"color: rgb(51, 51, 51); font-family: sans-serif,Arial,Verdana,\u0026amp;quot;trebuchet ms\u0026amp;quot;; font-size: 13px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\"\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n__________\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nHans Theys\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cstrong\u003eSalades compos\u0026eacute;es\u003cbr /\u003e\r\nEntretien avec Xavier Noiret-Thom\u0026eacute;\u003c/strong\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nXavier Noiret-Thom\u0026eacute; : (Il montre un tableau.) Ceci est un portrait de Pollock, de Picasso ou de Spiderman. Ce n\u0026rsquo;est pas encore tr\u0026egrave;s clair. J\u0026rsquo;ai envie que ce soit Pollock, parce que je le trouve tr\u0026egrave;s am\u0026eacute;ricain, ce tableau. (Il prend un autre tableau.) \u0026Ccedil;a, c\u0026rsquo;est un portrait de Jean Dubuffet. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait Matisse, mais apr\u0026egrave;s, Dubuffet est venu par je ne sais quelle entourloupe\u0026hellip; (Il prend encore un autre tableau.) Le portrait de C\u0026eacute;zanne n\u0026rsquo;est pas encore tout \u0026agrave; fait \u0026ccedil;a. En haut, on voit bien la montagne Sainte-Victoire, mais il manque quelque chose\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Comme la plume mauve dans le portrait de Gauguin ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. La plume, c\u0026rsquo;est le couronnement du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; indien, du c\u0026ocirc;t\u0026eacute; tribal de cette peinture.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Qu\u0026rsquo;est-ce que tu comptes montrer en septembre ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : J\u0026rsquo;ai envie de mettre quelques tableaux\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- De ta p\u0026eacute;riode vache ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, c\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Des tableaux un peu surprenants, un peu d\u0026eacute;gueulasses m\u0026ecirc;me. Pour moi, il faut que ce soit vivant, il faut que ce soit bavard. Les gens peuvent se gratter la t\u0026ecirc;te, mais ils doivent aussi y prendre un peu de plaisir. Chez Ensor, tu ris, tu pleures et tu te grattes la t\u0026ecirc;te. C\u0026rsquo;est la grande com\u0026eacute;die humaine. Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans un certain art, c\u0026rsquo;est une approche qui a l\u0026rsquo;air comique, mais qui ne l\u0026rsquo;est pas du tout. Ou l\u0026rsquo;inverse. Dans l\u0026rsquo;art belge, il y a toujours un drame qui se d\u0026eacute;roule. C\u0026rsquo;est clair qu\u0026rsquo;on finira tous dans le trou \u0026agrave; la fin. C\u0026rsquo;est comme les cr\u0026acirc;nes dans les vanit\u0026eacute;s. Si c\u0026rsquo;est Ensor qui le peint, le cr\u0026acirc;ne semblera sourire. La peinture est une chose l\u0026eacute;g\u0026egrave;re qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de gravit\u0026eacute;, mais elle est aussi une chose s\u0026eacute;rieuse qu\u0026rsquo;il faut aborder avec beaucoup de l\u0026eacute;g\u0026egrave;ret\u0026eacute;\u0026hellip; (Il prend un petit tableau.) J\u0026rsquo;ai envie de montrer cet \u003cem\u003eAutoportrait en Joconde\u003c/em\u003e. C\u0026rsquo;est un tableau ridicule. J\u0026rsquo;aime bien le nez de clown rond et la moustache en guidon de bicyclette. C\u0026rsquo;est un tableau \u0026agrave; tiroirs. Il cache d\u0026rsquo;autres tableaux, tout comme des poup\u0026eacute;es russes. (Il prend encore un autre tableau.) Le \u003cem\u003ePortrait de Gauguin\u003c/em\u003e, tu connais d\u0026eacute;j\u0026agrave;\u0026hellip; Damien De Lepeleire ne l\u0026rsquo;aime pas. Il trouve que c\u0026rsquo;est ce qu\u0026rsquo;il y a de pire.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il m\u0026rsquo;a dit que tu arrives \u0026agrave; faire de tr\u0026egrave;s belles peintures consensuelles et qu\u0026rsquo;il appr\u0026eacute;cie beaucoup que tu prennes des risques avec ce que tu sais, que tu te mettes en danger, que tu ailles l\u0026agrave; o\u0026ugrave; on a peur, mais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; cause de son go\u0026ucirc;t bourgeois, il trouve laids certains tableaux qui en r\u0026eacute;sultent. \u0026laquo;\u0026nbsp;C\u0026rsquo;est comme s\u0026rsquo;il allait explorer un Basquiat un peu l\u0026eacute;ger et sale, dit-il, un Basquiat mal fait, alors que Basquiat, tout en faisant partie du canon aujourd\u0026rsquo;hui, \u0026eacute;tait d\u0026eacute;j\u0026agrave; mal fait lui-m\u0026ecirc;me.\u0026nbsp;\u0026raquo;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est un beau compliment. \u0026Ccedil;a m\u0026rsquo;interpelle toujours plus\u0026nbsp;: le peintre est tout seul face au bon go\u0026ucirc;t. Moi, malgr\u0026eacute; mon go\u0026ucirc;t bourgeois, j\u0026rsquo;essaie d\u0026rsquo;aller plus loin. J\u0026rsquo;aime beaucoup les tableaux extr\u0026ecirc;mement \u0026eacute;l\u0026eacute;gants, mais ce qui m\u0026rsquo;a pouss\u0026eacute;, ce ne sont pas les tableaux d\u0026rsquo;un Moreau ou d\u0026rsquo;un Redon, mais quelques tableaux d\u0026eacute;rangeants de Monet ou encore les tableaux de Gauguin et de Greco, avec leurs couleurs un peu sales. Les roses de Greco, avouons-le, sont parfois comme du jambon avari\u0026eacute;\u0026hellip; Hier encore, j\u0026rsquo;ai fini un tableau avec des roses et des rouges tr\u0026egrave;s jolis que je n\u0026rsquo;aurais jamais os\u0026eacute; combiner auparavant. Je ne peins pas ces tableaux pour provoquer le bourgeois, mais pour me provoquer moi-m\u0026ecirc;me. Et le pire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;au bout du compte, je trouve \u0026ccedil;a beau\u0026hellip;\u0026nbsp;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le portrait de Gauguin est un tableau charni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;est un tableau qui ouvre une porte derri\u0026egrave;re laquelle se trouve un univers un peu sauvage, un lieu o\u0026ugrave; on ne sait plus o\u0026ugrave; on va.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ceci dit, apr\u0026egrave;s mon expo chez Baronian et Fran\u0026ccedil;ey, des gens m\u0026rsquo;ont dit qu\u0026rsquo;ils avaient trouv\u0026eacute; mes tableaux joyeux et souriants. C\u0026rsquo;est le plus beau compliment qu\u0026rsquo;on m\u0026rsquo;ait fait\u0026hellip; (Il prend un autre tableau.) Ce tableau-ci s\u0026rsquo;intitule \u003cem\u003eVous \u0026ecirc;tes ici\u003c/em\u003e. La semaine derni\u0026egrave;re, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait encore un tableau \u0026eacute;l\u0026eacute;gant, mais il est devenu bord\u0026eacute;lique entre-temps. Heureusement. Il est en bonne voie. (Il prend encore un autre tableau.) Celui-ci s\u0026rsquo;appelle \u003cem\u003eOrgane dirigeant\u003c/em\u003e.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu l\u0026rsquo;as fini en ajoutant la tache noire ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Pourquoi ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Parce qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait trop compliqu\u0026eacute;. Cette grosse masse noire attire l\u0026rsquo;\u0026oelig;il. Avant, on se perdait. Maintenant, il y a un objet \u0026agrave; voir. \u0026Ccedil;a rend le tableau plus frontal.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Le dessin en haut \u0026agrave; gauche fait penser \u0026agrave; une fen\u0026ecirc;tre cass\u0026eacute;e. Comme la toile d\u0026rsquo;araign\u0026eacute;e dans le portrait de Pollock, c\u0026rsquo;est une variante des grilles qu\u0026rsquo;on retrouve souvent dans tes tableaux. Tu aimes bien peindre des grilles ?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui. Quand j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, j\u0026rsquo;aimais bien faire des grilles, j\u0026rsquo;aimais faire des damiers. Je ne sais pas pourquoi, mais j\u0026rsquo;adorais faire \u0026ccedil;a. Il faut tr\u0026egrave;s bien se concentrer pour faire des damiers. Noir et blanc. Si j\u0026rsquo;allais trop vite, il y avait un noir qui se trouvait \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un noir. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait terrible. (Rire.) Maintenant, je fais expr\u0026egrave;s de les rater. C\u0026rsquo;est comme la croix gamm\u0026eacute;e rat\u0026eacute;e que je t\u0026rsquo;ai montr\u0026eacute;e\u0026hellip;\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Du reste, la grille est aussi le mod\u0026egrave;le de repr\u0026eacute;sentation par excellence de la civilisation occidentale, \u0026agrave; l\u0026rsquo;instar de l\u0026rsquo;abscisse et de l\u0026rsquo;ordonn\u0026eacute;e ou encore de la perspective \u0026agrave; la Renaissance. Pour moi, la grille d\u0026eacute;note l\u0026rsquo;espace artificiel qu\u0026rsquo;est le tableau. Hier, par exemple, Damien De Lepeleire m\u0026rsquo;a montr\u0026eacute; un tableau de Rapha\u0026euml;l, \u0026laquo;\u0026nbsp;Saint Pierre emprisonn\u0026eacute;\u0026nbsp;\u0026raquo; (le vrai titre\u0026nbsp;: \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;livrance de Saint-Pierre\u003c/em\u003e). Dans un d\u0026eacute;tail, on voyait tr\u0026egrave;s bien la grille presque abstraite derri\u0026egrave;re laquelle se trouvait Saint-Pierre. On retrouve la m\u0026ecirc;me impression dans les batailles d\u0026rsquo;Uccello qu\u0026rsquo;on peut voir \u0026agrave; la National Gallery, au Louvre et aux Offices de Florence : toutes ces lances rouges et blanches dans le ciel, c\u0026rsquo;est d\u0026eacute;j\u0026agrave; de l\u0026rsquo;abstraction.\u003cbr /\u003e\r\n\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Derni\u0026egrave;rement, je me suis rendu compte que lorsque je peignais, je revenais tout le temps \u0026agrave; des choses que j\u0026rsquo;avais faites il y a longtemps. C\u0026rsquo;est cyclique. Je reviens \u0026agrave; des essais ant\u0026eacute;rieurs qui d\u0026eacute;bouchent sur de nouveaux tableaux en se combinant. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;envie d\u0026rsquo;aller vers une chose parce que tel artiste y a touch\u0026eacute; ou parce qu\u0026rsquo;on repense \u0026agrave; une technique, un petit truc, une sensation\u0026hellip; La peinture, ce n\u0026rsquo;est que de la m\u0026eacute;moire, je trouve. On met une tache sur la toile, encore une, on commence \u0026agrave; y voir des choses, \u0026agrave; se raconter des histoires et \u0026agrave; se souvenir de choses\u0026nbsp;; et graduellement, le tableau se fait. C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que certains tableaux ont l\u0026rsquo;air si \u0026eacute;clat\u0026eacute;s et que l\u0026rsquo;ensemble de mes tableaux para\u0026icirc;t si h\u0026eacute;t\u0026eacute;rog\u0026egrave;ne. C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a qui est magnifique, je trouve, mais en m\u0026ecirc;me temps je cherche des solutions pour g\u0026eacute;rer cette diversit\u0026eacute;, j\u0026rsquo;essaie de d\u0026eacute;cortiquer un peu.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Est-ce que tu voudrais bien donner quelques exemples de petits trucs que tu as utilis\u0026eacute;s dans ce tableau-ci\u0026nbsp;?\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Le fusain que tu vois ici, par exemple. Avant je faisais beaucoup de dessins au fusain. Ou \u0026agrave; la bombe argent\u0026eacute;e. Au d\u0026eacute;but, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un geste iconoclaste. Je l\u0026rsquo;utilisais pour couvrir des peintures \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile. Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tudiais \u0026agrave; la Rijksacademie, je n\u0026rsquo;arrivais pas \u0026agrave; r\u0026eacute;soudre le probl\u0026egrave;me de la figure dans le tableau\u0026nbsp;; j\u0026rsquo;avais un probl\u0026egrave;me avec la question du sujet, comme s\u0026rsquo;il fallait vraiment un sujet pour peindre. Je me suis rendu compte par la suite que je m\u0026rsquo;en foutais, que c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait le tableau qui \u0026eacute;tait le plus important et que le sujet de la peinture, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la peinture elle-m\u0026ecirc;me. Mais, \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, j\u0026rsquo;avais l\u0026rsquo;impression qu\u0026rsquo;il fallait r\u0026eacute;soudre ce probl\u0026egrave;me. Et comme je n\u0026rsquo;y arrivais pas avec la technique de la peinture \u0026agrave; l\u0026rsquo;huile, je recouvrais mes tableaux de cette peinture argent\u0026eacute;e. Alors que, maintenant, je l\u0026rsquo;utilise comme une couleur \u0026agrave; part enti\u0026egrave;re.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux se regroupent pour constituer une nouvelle image ou un nouveau tableau.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Des \u0026eacute;l\u0026eacute;ments d\u0026rsquo;anciens tableaux, mais aussi de tableaux qui se trouvent encore dans l\u0026rsquo;atelier. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;ensemble de l\u0026rsquo;atelier qui g\u0026eacute;n\u0026egrave;re le nouveau tableau\u0026hellip; Quand on est jeune, on se dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Ah, faire un beau tableau\u0026nbsp;!\u0026nbsp;\u0026raquo; On veut faire un chef-d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre. Alors on essaie. Mais, au bout du compte, on comprend qu\u0026rsquo;on n\u0026rsquo;est pas libre. Il faut se d\u0026eacute;verrouiller. \u0026Ccedil;a donne des merdes, mais parfois \u0026ccedil;a donne aussi des choses extraordinaires.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Il n\u0026rsquo;y a pas longtemps, j\u0026rsquo;ai demand\u0026eacute; \u0026agrave; Walter Swennen ce qu\u0026rsquo;il pensait de l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Picasso. Il m\u0026rsquo;a dit\u0026nbsp;: \u0026laquo;\u0026nbsp;Je n\u0026rsquo;ai pas beaucoup d\u0026rsquo;affinit\u0026eacute;s avec Picasso, mais dans ce film de Clouseau, quand on voit comment il casse tableau apr\u0026egrave;s tableau, on voit que c\u0026rsquo;est un peintre. D\u0026rsquo;abord peindre, les id\u0026eacute;es viennent apr\u0026egrave;s.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, on voit qu\u0026rsquo;il y a de meilleurs tableaux que le dernier, mais c\u0026rsquo;est celui-l\u0026agrave; qui compte. Il est peut-\u0026ecirc;tre moins bien, moins audacieux, moins brillant et un peu plus laborieux, mais c\u0026rsquo;est le tableau achev\u0026eacute;, et c\u0026rsquo;est cela le plus important.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Les tableaux qu\u0026rsquo;il a cass\u0026eacute;s sont peut-\u0026ecirc;tre ceux qu\u0026rsquo;il savait d\u0026eacute;j\u0026agrave; peindre.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : C\u0026rsquo;est \u0026ccedil;a. Il n\u0026rsquo;avait plus besoin de les faire, il les avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; faits. C\u0026rsquo;est peut-\u0026ecirc;tre pour \u0026ccedil;a qu\u0026rsquo;il peignait autant. Plus il avait r\u0026eacute;alis\u0026eacute; de tableaux, plus il devait peindre pour pouvoir aller plus loin\u0026hellip; Ce que j\u0026rsquo;aime bien dans cette histoire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;elle nous parle aussi de la m\u0026eacute;moire. Dans ce film, on voit la naissance d\u0026rsquo;un tableau qui d\u0026eacute;coule des autres. On voit la m\u0026eacute;moire au travail. Tant la m\u0026eacute;moire personnelle de Picasso que l\u0026rsquo;histoire de la peinture. Tant\u0026ocirc;t il pense \u0026agrave; Goya, tant\u0026ocirc;t \u0026agrave; V\u0026eacute;lasquez ou \u0026agrave; Ingres, et son tableau avance comme \u0026ccedil;a\u0026hellip;\u0026nbsp;Parfois m\u0026ecirc;me, on n\u0026rsquo;ose plus avancer. Prenons Magritte, par exemple. Swennen pense qu\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s la p\u0026eacute;riode vache, il est retourn\u0026eacute; \u0026agrave; ses anciens tableaux comme un garde-fou.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- Tu m\u0026rsquo;as dit que Swennen te faisait penser \u0026agrave; Eug\u0026egrave;ne Leroy.\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nNoiret-Thom\u0026eacute; : Oui, un peu. Leroy avait une approche similaire\u0026nbsp;: litt\u0026eacute;raire et humaniste. Il avait une fa\u0026ccedil;on de s\u0026rsquo;exprimer toute particuli\u0026egrave;re. Quand il se mettait \u0026agrave; parler, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait des boucles o\u0026ugrave; tout se m\u0026eacute;langeait : la peinture, la vie, les voyages\u0026hellip; Tu savais qu\u0026rsquo;\u0026agrave; seize ans, il \u0026eacute;tait parti en v\u0026eacute;lo au Kr\u0026ouml;ller-M\u0026uuml;ller avec quelques copains ? Il voulait voir les Van Gogh. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas encore une fondation \u0026agrave; ce temps-l\u0026agrave;. La collectionneuse les a accueillis. Les Van Gogh se trouvaient dans une sorte de grange. \u0026Agrave; un moment donn\u0026eacute;, le majordome est arriv\u0026eacute; pour annoncer que le d\u0026eacute;jeuner \u0026eacute;tait servi et la collectionneuse les a laiss\u0026eacute;s seuls avec les Van Gogh. \u0026Ccedil;a l\u0026rsquo;a marqu\u0026eacute;\u0026hellip; Dans son atelier, devant lui, \u0026agrave; gauche, il avait coll\u0026eacute; un morceau de feuille d\u0026rsquo;or sur un miroir piqu\u0026eacute;. Il travaillait toujours avec la lumi\u0026egrave;re du jour. Devant lui, il y avait une petite fen\u0026ecirc;tre qui donnait sur le jardin\u0026nbsp;; derri\u0026egrave;re lui se trouvait une grande fen\u0026ecirc;tre qui laissait passer la lumi\u0026egrave;re du Nord qu\u0026rsquo;il appelait la lumi\u0026egrave;re de Rembrandt et qui se r\u0026eacute;fl\u0026eacute;chissait dans la feuille d\u0026rsquo;or. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait son \u0026eacute;talon. \u0026Ccedil;a lui rappelait la lumi\u0026egrave;re d\u0026rsquo;une ic\u0026ocirc;ne qu\u0026rsquo;il avait vue \u0026agrave; l\u0026rsquo;Hermitage et qui a \u0026eacute;t\u0026eacute; tr\u0026egrave;s importante pour lui\u0026hellip; Lorsqu\u0026rsquo;il a vu des tableaux de Mondrian pour la premi\u0026egrave;re fois, il avait soixante-dix ans. Il disait que Mondrian voyait la lumi\u0026egrave;re. Pour lui, Mondrian \u0026eacute;tait un peintre du Nord. Il se sentait peut-\u0026ecirc;tre proche de la mystique de Mondrian. Leroy n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas religieux, mais il avait un c\u0026ocirc;t\u0026eacute; mystique. Lorsque sa premi\u0026egrave;re femme est morte\u0026mdash; elle s\u0026rsquo;appelait Valentine \u0026mdash; il a pris un morceau de charbon dans le feu et il a couvert les murs de sa maison avec les vers \u003cem\u003ed\u0026rsquo;Une saison en enfer\u003c/em\u003e. Il faisait aussi des petites sculptures en bois et en argile, des petites d\u0026eacute;esses callipyges\u0026hellip; Il parlait de Rubens, Rembrandt, Poussin, Rimbaud, Rabelais, le jardin, son chien\u0026hellip; C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait un homme bien vivant. J\u0026rsquo;aimais bien ses salades.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cem\u003e- C\u0026rsquo;est un peu comme tes tableaux maintenant. Tout se combine\u0026hellip;\u003c/em\u003e\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nOui, ce sont des salades compos\u0026eacute;es. Des salades o\u0026ugrave; il y a parfois trop de trucs, comme les pizzas d\u0026rsquo;aujourd\u0026rsquo;hui. Les meilleures pizzas, ce sont celles avec un peu de tomate seulement. Mais, de nos jours, les gens veulent trop de trucs : des artichauts, de l\u0026rsquo;ananas, du ma\u0026iuml;s\u0026hellip; C\u0026rsquo;est pour \u0026ccedil;a que je fais parfois des monochromes, \u0026ccedil;a me repose.\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\n\u003cbr /\u003e\r\nMontagne de Miel, 26 mai 2003\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"es","short_description":"","description":""},{"locale":"el","short_description":"","description":""}],"actors":[]}