Hans Theys is a twentieth-century philosopher and art historian. He has written and designed dozens of books on the works of contemporary artists and published hundreds of essays, interviews and reviews in books, catalogues and magazines. All his publications are based on actual collaborations and conversations with artists.

This platform was developed by Evi Bert (M HKA / Centrum Kunstarchieven Vlaanderen) in collaboration with the Royal Academy of Fine Arts in Antwerp (Research group Archivolt), M HKA, Antwerp and Koen Van der Auwera. We also thank Idris Sevenans (HOR) and Marc Ruyters (Hart Magazine).

Hans Theys — What's New?

©@Hans Theys
Clément Jacques-Vossen - 2025 - À propos de chevaliers, de fous, d’anges et d’arlequins [FR, essai], 2025
Text , 2 p

 

 

 

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Hans Theys

 

 

À propos de chevaliers, de fous, d’anges et d’arlequins

Quelques mots à l’occasion d’une exposition personnelle de Clément Jacques-Vossen

 

 

Pour cette exposition solo, Clément Jacques-Vossen (né en 1996) a réuni cinq peintures où des fous en quête d’élucidation se font parfois mordre les mollets par un chien, comme dans le tableau Le Colporteur de Jérôme Bosch. Chevaliers d’industrie, charlatans, faussaires, prestidigitateurs, promeneurs solitaires, fils perdus : tous prophètes d’un monde en devenir, médiateurs entre les hommes qui cherchent et les dieux incarnant leurs idéaux. 

L’une des peintures représente le géant Clem le Fou, qui est lui-même une peinture, avec une tête en papier mâché et un corps creux enveloppé de toile peinte. Cela me rappelle qu’au plus profond de nous tous réside l’homoncule que nous sommes, perdu dans le corps à peine animé d’un golem. Nous sommes des fous en route, des chevaliers à la recherche du Saint Graal. « En Afrique du Sud », dit Jacques-Vossen, « la vie et la mort sont côte à côte : une antilope qui vient de naître se hisse gauchement sur ses pattes à côté du crâne d’un ancêtre ». Huizinga dit de même à propos du Moyen Âge européen qu’il décrit comme haut en couleur et riche en contrastes. Dans le monde terne d’aujourd’hui, où règnent la lâcheté, le laxisme, la grisaille et le flou, chaque contour net est libérateur, même s’il trace la silhouette d’une licorne jamais vue.  

            Les visages sont comme des masques, mais les mains nous montrent le chemin : elles font un signe de paix ou sont marquées d’une fleur. Sous l’arlequin, on reconnaît la forme d’un Ange du Bizarre repeint, créé pour l’étiquette d’une bouteille de bière, comme Rogier van der Weyden a conçu des décors urbains. « L’œuvre a quelque chose de triste », dit Jacques-Vossen, « car la brasserie a fait faillite. Je dois y ajouter une larme. » La bière s’appelait Le ket de Jodoigne. Le code postal de cette ville est 1370. Le petit château à deux tours s’y trouve aussi. 

Un autre tableau est un portrait de l’artiste Giulia Messina, basé sur un autoportrait photographique. Derrière elle, on voit des symboles runiques qui convergent en forme de croix sur sa poitrine et se mettent même à l’avant-plan en dépassant de sa camisole. Les cercles sont inventés. Les lignes horizontales suggèrent des ailes d’ange. Le crâne au chapeau de fête et au mirliton fait référence à des bacchanales secrètes et à des époques de fêtes annuelles qui avaient encore du sens. Ses cheveux sont en feu. Elle est l’ange et le feu. 

Thot, qui est comme l'ibis, gardien des secrets, messager, médiateur, protecteur des mathématiciens et autres poètes, devient plus tard un buisson ardent et encore plus tard un archange ailé ou un Mercure à talaria. La force mentale de Gustav Aschenbach lui-même est ébranlée par un Hermès muni d'un chapeau de paille, qui l’entraîne dans un voyage licencieux. « Et une épée te transpercera l’âme », prévient l’Ange, mais Marie accepte son bâtard, le nouveau Moïse, qui était lui-même un hybride : un enfant trouvé, un hébreu qui a grandi à la cour du pharaon égyptien, marié à une bergère d’origine éthiopienne. Le monde est aux bâtards, parias, vagabonds, réfugiés, errants, indécis, chercheurs qui, à partir de rêves juvéniles, tentent de trouver une belle attitude et un regard ouvert. Dans ce qui a été nommé une façon de trébucher élégamment se révèlent les tâtonnements de Clément Jacques-Vossen, sauvegardés dans les tableaux sous forme de repentirs et de figures plates comme du papier, avec des mains, des visages et des yeux transparents ou creux. Comme des marionnettes, elles s’accrochent les unes aux autres, comme des cartes de tarot découpées, elles nous rappellent les drapeaux multicolores du Moyen Âge de Huizinga, avec une pauvreté, une maladie et une mort moins dissimulées, mais de belles tenues professionnelles reconnaissables, des bannières, des armoiries et autres attributs, des processions qui durent des jours et des célébrations grandioses de mariages, d’exécutions, d’anniversaires, de naissances et de décès. C'est beau de voir comment un troubadour qui pense en peignant peut trouver du sens aujourd’hui dans un palais des glaces de symboles, de références et d’histoires, le rapprochant de l’homme qu’il veut devenir. 

 

Montagne de Miel, 30 mars 2025  

 

Traduit par Michel Kolenberg