KUNSTENAARS / ARTISTS
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Hans Theys
Troubadour
Une description détaillée de quelques peintures
Voici le premier géant peint par Jacques-Vossen. En-dessous se trouve un panneau d’un triptyque une Pietà et deux saints. Lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le tableau fut jugé trop explicite et recouvert d’une peinture verte qui restait d’une œuvre monumentale exposée au Salon d’Art à Bruxelles en 2024 (voir p. 213). Cette couleur réapparaît donc occasionnellement. La coiffure, le ‘blanc des yeux’ et une marque en creux sur la chaussure droite, sont restés verts. Le torse et les jambes du pantalon furent d’abord peints à l’encre de Chine, puis des rayures horizontales et verticales furent ajoutées à la peinture à l’huile, reflétant la lumière différemment et créant ainsi de la profondeur (comme chez Pierre Soulages).
Le fond rouge crée un horizon irrégulier qui nous rappelle le paysage de la Joconde. il crée une impression de perspective parce que le géant regarde vers l’horizon le plus bas. Dans le coin supérieur droit, on aperçoit le drapeau de Venise avec l’inscription ‘Biennale di Venezia 2024’ à la place de leur devise.
On distingue également des parties du dessin préparatoire raturées au feutre Posca : la botte droite dessinée trop haut.
Le géant porte une vraie médaille.
À gauche, on voit le portrait du géant de Philippe le Bon, conservé dans le quartier des Marolles. Il mesure près de cinq mètres de haut et pèse 100 kilos. À droite, on voit le géant Clém le Fou. Sur son torse, on reconnaît les lions des Gilles de Binche. La chèvre jaune fait référence à la Toison d’or, créée par Philippe le Bon. C’est un mouton bon marché. On aperçoit également la fusée de Tintin.
Au centre se trouve une figure agenouillée. Il s’agit du vestige d’un autoportrait sur chevalet, recouvert de rouge.
Les joues de Philippe le Bon et les iris de Clém le Fou viennent du fond rouge ; le rouge des joues de Clém le Fou est ajouté par après. Les deux figures ont un socle d’ombre fait à l’encre de Chine.
La robe de Philippe le Bon est peinte en gris de Payne, auquel a été ajouté un peu de blanc sur la toile, créant ainsi un beau bleu-gris.
Philippe le Bon porte un vrai pin en forme de couronne. Il n’a pas de cou, donc il ne peut pas porter de collier.
Le fond est basé sur La Dame à la licorne, où la demoiselle sort d’une tente évoquant un sexe féminin. La licorne réfère à une bite en érection. Le personnage dans ce tableau-ci porte un costume de cheval, comme on en voit parfois lors du carnaval de Bruxelles. Le motif à carreaux du pantalon fait référence au tartan écossais. Jacques-Vossen a des origines écossaises. Le tartan est un motif gratifiant pour un peintre, surtout si on se permet de remplacer les couleurs originales par des couleurs d’origine différente, par exemple héraldique.
On aperçoit trois abeilles, trois coquillages, trois lunes et trois cœurs : une allusion au peintre et ses deux frères.
Le renard (présent pour la première fois dans une grande toile) fait référence au nom de famille du peintre. En bas à droite du costume, on distingue une représentation stylisée de saint Michel. Démon et ange sont unis. Le profil de la licorne est inspiré d’un cheval de Picasso.
Les abeilles sont attirées par la jonquille, dont le cœur arbore les couleurs belges. La première rayure jaune est bordée de rouge. La bannière aux lunes blanches sur fond bleu clair provient du commanditaire de La Dame à la licorne. Les cœurs sont inspirés des armoiries écossaises.
Le pull évoque ‘Où est Charlie’ ? Le personnage narcissique aspire à être vu, mais n’existe que très peu: les yeux des personnages sont creux, tout comme le corps de la licorne.
Il s’agit ici de la première de quatre œuvres consacrées aux cavaliers de l’Apocalypse : les deux autres sont Zotter dan zot, Le secret de la Licorne et For Gallantry.
La croix blanche de Saint-André, emblème de l’Écosse, est là pour railler André Vossen, le grand-père maternel du peintre. Le renard porte une couronne d’anges, comme un martyr. Le lion jaune à ses côtés représente la ville de Zottegem, où l’œuvre fut exposée. Dans l’œuvre de Bosch, l’entonnoir repose à l’envers sur la tête du charlatan qui retire une pierre du front du fou. Plus tard, les entonnoirs furent placés sur la tête des fous eux-mêmes.
Le joker est la carte la plus versatile du jeu et symbolise également le bouffon, figure importante de la cour royale car il pouvait proclamer des vérités déguisées en plaisanteries sans être puni, sauf par le roi lui-même. À gauche du joker se trouve le Fou du tarot, qui représente la quête de liberté, la force créatrice et la vérité intérieure. Au-dessus du portrait du capitaine Hansdock et de Clemclem, on peut lire le rébus bien connu : « Le monde nourrit beaucoup ». À côté, on voit un drapeau belge dont le champ noir n’est pas rempli.
L’âne est la Golf GTI d’antan. Le costume du bouffon arbore également des oreilles d’âne. La pierre verte sur son front fait référence aux pierres frontales des fous et au jeu vidéo Les Sims où une pierre verte symbolise une excellente santé. Le costume du bouffon est aussi orné de véritables épingles, chinées au marché aux puces. Elles font allusion au Prince Carnaval de Schaerbeek, représenté par la figurine verte visible en bas.
Le socle est fait avec un mélange de différentes nuances de brun, d’eau sale, de poussière, de crasse, de boue et de paillettes.
Parfois, la besogne d’une peinture s’étend sur plusieurs mois. Cette peinture-ci, en revanche, est née d’un coup d’une rencontre fortuite. Créée pour une exposition personnelle à Ostende, à la Galerie P, elle fait référence à Ensor et à la mer.
Les yeux orange proviennent d’une brochure qu’Alechinsky avait écrite sur Ensor, après qu’Asger Jorn lui eut parlé de ce peintre ostendais alors peu connu. Le phare qui veille est inspiré d’un tableau de Walter Swennen où un homme coiffé d’un chapeau a un œil qui semble projeter de la lumière comme une phare. Le titre est tiré d’un album de Tintin. La sirène, quant à elle, est tirée de la chanson Jean de Bruges. Elle est un ange, une créature mystérieuse.
On y retrouve également un blason avec les clés d’Ostende, l’enseigne de La Clef d’Or, restaurant aux Marolles, et un masque que l’on peut voir dans la Maison Ensor.
Le masque vénitien menacé d’être piétiné réfère à un rival amoureux.
La corne de la bête dépasse du cadre, à l’instar de la main tenant les pinces dans La Descente de la Croix de Rogier van der Weyden.
Dans les deux tableaux précédents, le crâne et la citrouille ont des yeux en forme de cœur ; ici, c’est le cas du masque, et dans le tableau suivant, du casque.
Les cadres des quatre tableaux présentés ici sont en or, en argent, en cuivre et en bronze. Chaque cadre contient des dessins griffés.
Le papillon vient du ventre.
Saint Georges vient en aide à une princesse malheureuse et, pour ce faire, conclut un pacte avec le dragon : un drakkar viking sinueux dont la proue est inspirée d’un dragon Playmobil. Des chevaliers sont sculptés dans le cadre en haut et à gauche, des dragons à droite et en bas. Le casque est celui de Francesco Sforza, duc de Milan. La bannière des Sforza montre un dragon et la croix de Saint Georges du drapeau milanais. À sa droite, on peut lire « Homme, le dragon et le doudou », ainsi que le logo d’Alfa Romeo. Sous la bannière des Sforza se trouve le dragon gallois orange, et à sa droite, un blason dessiné par Jacques-Vossen aux couleurs belges. La coquille jaune sur fond jaune est une erreur héraldique. Le renard à trois queues fait référence aux trois frères. Le dragon à trois têtes est tiré de Game of Thrones. L’épée transparente en bas est Excalibur. (Saint Georges est toujours représenté avec une lance et une épée.)
Les yeux en forme de cœur du casque sont noirs car un casque a un dos (contrairement au masque dans le tableau précédent). Comme pour la plupart des tableaux, la réalisation de cette œuvre a commencé par plusieurs couches d’encre de Chine diluée. Puis, des touches d’encre de Chine pure. Ensuite, une couche d’acrylique verte diluée à l’eau, et par-dessus, des interventions avec de l’acrylique verte plus concentrée. Cette dernière laisse passer moins de noir, ce qui lui confère un aspect lumineux. L’homme vert clair ainsi créé (tout en haut) est un retracement de l’esquisse initiale, qui diffère de la composition finale. Une araignée pendait autrefois sous le nez du chevalier ; on peut encore l’apercevoir.
Dans la chanson Intoxicated Man , Gainsbourg chante « Des éléphants roses / Des araignées sur le plastron / D’mon smoking / Des chauves-souris au plafond / Du living- / Room ». Gainsbourg décrit un délire. L’image de l’éléphant rose provient du logo de la marque de bière du même nom. La chauve-souris est tirée d’une miniature médiévale.
L’araignée suspendue à la patte de l’éléphant est peinte à l’encre de Chine. La base est réalisée avec de l’eau sale, qui contient de nombreuses couleurs différentes et produit un beau brun. (Dans le livre Congé annuel Walter Swennen appelle cela du ‘jus’.)
Le pantalon de Gainsbourg est creux. L’assise du tabouret est de la même couleur que le cadre. Le pied est devant le cadre, et la chaussure repose dessus.
Créée après la découverte de la chanson Jean de Bruges de Jacques Brel, sur un disque vinyle commandé par la ville de Bruxelles. D’autres numéros sur ce disque parlent d’une sirène et d’une baleine. Ces chansons racontent une histoire. Jean de Bruges y voit une sirène, un ange, une créature étrange.
Jacques-Vossen a travaillé au théâtre flamand à Bruxelles. Il y a assisté à six représentations de L’Homme de la Mancha de Brel, œuvre à laquelle il fait référence ici. Pour Jacques-Vossen, la pièce parle d’une quête de sens, du rêve d’une époque harmonieuse qui semble hors d’atteinte. Ça parle de l’importance du rêve, de l’ingénuité et de l’exubérance comportementale et mentale.
Les carreaux jaunes et noirs sur les épaulettes font référence à la Flandre, les rouges et blancs à la Wallonie, à l’image des feux de circulation de ces régions. Sous l’épaule droite, on aperçoit le drapeau de Jean de Bruges. Les soleils jaunes en forme de fleur sont une interprétation du drapeau de Schaerbeek, ville natale de Brel. Ce lieu est également important pour Jacques-Vossen, membre de la Guilde royale de Saint-Sébastien, un club de tir. En bas, le lion de Bruges et une figure de Michel terrassant le dragon, stylisée par Jacques-Vossen, symbolisent Bruxelles. Saint Michel a des cornes car nous avons tous une part d’ombre en nous ; nous nous rebellons tous contre nos pères, contre le patriarcat. Sur les jambes du pantalon, le nom de Brel est inscrit sous forme de drapeaux de signalisation. Chaque drapeau représente une lettre.
À l’arrière-plan, on aperçoit une citation de Beckett qui affirme que rien n’est plus beau qu’un artiste qui échoue.
L’archange Michel combat un dragon, censé représenter le diable, l’ange déchu. Il est le protecteur de Dieu, la figure paternelle, qui ne tolère aucune rébellion. « Ne te rebelle pas contre moi, dit le père, car tu échoueras de toute façon. »
Le blason rouge en bas à droite était un gage de qualité pour les tapisseries de Bruxelles, mais Jacques-Vossen n’en a jamais vu un.
Il ajouté les ailes à la fin avec un marqueur Posca.
La figure provient d’une gravure anonyme de 1566, probablement d’après Bruegel, intitulée Mascarade d’Ourson et Valentin. Elle représente la légende de deux frères, le premier élevé à la cour, le second par un ours. Ensemble, ils se lancent dans une aventure de retour à la nature.
L’Homme Sauvage semble s’être transformé en arbre, mais il joue la comédie, il est vêtu d’un costume. Cela rappelle les nombreux costumes de monstres présentes dans presque toutes les traditions, qui, en Europe, accompagnent souvent l’hiver qui approche ou qui s’achève.
Les lunettes proviennent des Gilles de Binche : leurs masques sont ornés de lunettes peintes aux yeux verts. L’Homme Sauvage porte également une couronne d’épines.
Les taches vertes sont créées avec les restes de peinture du bas de la peinture. Le cadre doré les recouvre. Des fleurs médicinales ont été dessinées sur le cadre au marqueur Posca, d’après les miniatures du livre d’heures Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne.
La tache sombre au-dessus de la figure a été créée avec l’eau sale du nettoyage des pinceaux. Le cadre est peint à l’acrylique sur une couche d’huile. Un éclat d’acrylique s’est alors détaché en haut à droite, et a été réutilisé pour le tableau suivant (la petite colline dorée). Le personnage et la massue ont reçu une ombre qui crée de la profondeur et qui sert comme socle. À la jonction du fond rouge et du premier plan vert se trouve un drapeau bruxellois inversé avec un saint Michel.
Peau d’âne est une comédie musicale pour enfants de 1970 avec Catherine Deneuve, inspirée d’un conte de Charles Perrault. Une princesse, contrainte d’épouser son père, s’enfuit dans la forêt déguisée en âne et y rencontre un beau prince. Le film est une œuvre d’art totale d’un kitsch exubérant et avec des éléments très réalistes. C’est un film à la fois désuet et surprenant. Le costume de Catherine Deneuve est fascinant. Ils ont essayé de la rendre laide, mais en vain. Elle reste d’une beauté stupéfiante.
À l’horizon du tableau, on aperçoit un château rouge et un chevalier combattant une sauterelle géante. Dans le coin supérieur droit, un collage représente trois figures découpées dans des tubes de peinture vides. (Moins on gaspille, mieux c’est.) En regardant attentivement, on distingue encore des traces de peinture sur l’aluminium doré. Deux des figures représentent des oiseaux, inspirées de colliers de guilde ; celle du bas est constituée de formes résiduelles d’oiseaux. La bouche est la forme résiduelle d’un bec découpé.
Si on laisse couler de la peinture de droite à gauche sur une toile, la peinture sèche plus vite. D’où les coulures horizontales et ascendantes. L’astuce consiste à s’arrêter juste avant que la coulure ne déborde. Ensemble, les coulures forment une grille libre.
Une ouverture ronde dans le support révèle un monticule doré (le fragment de peinture détaché du cadre lors de la précédente peinture). Le vert foncé qui forme la base a été appliqué à la toute fin, épargnant la bande blanche en bas à gauche.
Surpeinture d’une toile créée en mémoire d’un ami peintre décédé d’une overdose. La toile d’origine représentait un cheval caricatural et un crâne aux oreilles de Mickey, deux images récurrentes dans son œuvre. La peinture actuelle a été réalisée pendant le deuil qui a suivi sa mort soudaine, suscitant un sentiment de culpabilité. L’acceptation de cette disparition a fait naître la prise de conscience du hasard, la révélation que cela peut arriver à n’importe qui, et le sentiment qu’il faut au moins aller de l’avant. De cette expérience est née cette peinture, qui ne traite plus de la perte d’un ami, mais de notre rapport à la tentation et à toute forme de dépendance.
On y voit un autoportrait sous les traits de saint Antoine. Le bracelet jaune était à l’origine un moniteur cardiaque. Devenu un point d’attraction, symbole d’espoir ou de vie, il évoque simultanément l’image d’un prisonnier en faisant référence à l’uniforme des frères Dalton et leurs éternelles tentatives d’évasion. La forme du diable a été empruntée aux participants de l’Ommegang.
Le diable apparaît dans plusieurs tableaux. Ici il est peint à l’encre de Chine. En haut, on distingue un « O » majuscule, celui de Jérôme, réalisé à l’encre de Chine diluée et recouvert d’une très fine couche de peinture rouge. La toile brute reste visible par transparence.
Jacques-Vossen a appris à peindre grâce à des tutoriels YouTube et a reçu de bons conseils de Nora Theys et Tamsir de Halleux.
Créé pour une exposition hors programme d’Art Brussels, qui célébrait son quarantième anniversaire.
Jésus a passé quarante jours dans le désert ; la pandémie de COVID-19 a ravivé l’idée de quarantaine, tout comme il était autrefois nécessaire de se mettre en quarantaine dans les ports. Le port d’Arcachon est situé près de Bordeaux, ancienne destination de vacances du peintre.
Le drapeau d’Arcachon est noir, blanc et jaune, comme le maillot. Les bandes « blanches » ne sont pas peintes ; elles ressortent du fond du tableau. En haut à gauche, on peut voir les couleurs des drapeaux de signalisation indiquant la quarantaine : un drapeau à quatre champs jaunes et un drapeau à deux champs jaunes et deux champs noirs. Les motifs noir, jaune et rouge en bas s’inspirent librement des carreaux de sol de La Vierge du chancelier Rolin.
L’inscription ‘XL’ peut signifier ‘extra large’, mais aussi ‘quarante’. En dessous, on trouve des bandes indiquant les jours : il reste encore un jour à tenir. La position du personnage, empêtré dans la grille, découle du commentaire d’un collègue plus âgé qui avait observé que Jacques-Vossen « s’enfermait dans ses cadres ». Depuis, il a agi de manière encore plus explicite. Seules les mains et la tête du personnage sont libres. Or, le personnage est peint à l’huile et les grilles à l’acrylique. Il est possible que l’acrylique s’écaille et que le personnage soit libre d’ici quarante ans.
Cette œuvre clôt une série de tableaux de chevaliers en armure, inspirée d’une expérience scolaire plutôt sombre. Rétrospectivement, l’armure servait de protection contre des professeurs toxiques. Le peintre s’adresse à lui-même. Le casque a été ôté. L’armure a été abandonnée, mais une tenue de prisonnier est apparue. Les anciennes complications ont laissé place à de nouvelles.
Le fond rouge fleuri évoque La Dame à la licorne. La tache verte est un vestige fortuit du fond : une prairie paradisiaque où aucune bataille n’avait encore eu lieu. Le reste de la prairie est baigné de sang.
Ensemble, le pull et le pantalon ont les couleurs du drapeau belge.
Le pied de la table repose sur le cadre, mais les pieds de la chaise passent devant.
Ce travail a débuté avec la phrase « La faim justifie les moyens ». Jacques-Vossen raconte qu’étant dyslexique, il lui importe peu d’écrire « fin » ou « faim », car la prononciation est identique. Mais cette œuvre est née de la prise de conscience qu’un même son peut avoir des significations différentes.
Au départ, il a oublié d’écrire le ‘s’ du mot ‘moyens’. Il l’a ajouté plus tard. Il craint encore de faire des fautes d’orthographe, même dans ses carnets de croquis, bien qu’il sache qu’il pourrait simplement accepter que son esprit possède un sens plus développé des couleurs, des parfums, des atmosphères, des sons, des rythmes et des motifs que de l’ordre de quelques lettres ou de l’orthographe, souvent fortuite, des sons.
Le homard est inspiré d’une œuvre de Dalí. La table fait référence aux meubles du designer Christophe Gevers, que le grand-père maternel de Jacques-Vossen vend. D’autres tableaux représentant des personnes dînant se déroulent dans le restaurant bruxellois Au Vieux Saint-Martin, conçu par Gevers. « Ce style est souvent imité », explique Jacques-Vossen, « alors je l’imite aussi dans mes peintures. »
Cette peinture est née d’une nécessité. Jacques-Vossen avait besoin d’une œuvre d’un mètre carré pour une exposition personnelle au Salon d’Art à Bruxelles. La tête avait déjà été peinte lorsque le château a apparu, un peu à la manière d’un Jean Brusselmans.
Le drapeau à l’aigle noir sur fond jaune est le blason de Malines. Les bandes jaunes et rouges qui l’entourent proviennent d’un chevalier au service du roi d’Aragon qui demanda et obtint trois bandes rouges en récompense de trois victoires. Le portrait rappelle quelque peu la photo de Broodthaers au
long nez qui figure sur la couverture du livret sur Waterloo que Theys réalisa il y a trente ans pour Maria Gilissen
Sur la table, vous trouverez les initiales de Broodthaers, les lunettes d’Alechinsky, le Fou du tarot et deux emballages de pièces en chocolat collés. ‘SPQR’ fait référence aux Romains, l’aigle bicéphale au Saint-Empire romain germanique et le ‘N’ à Napoléon.
Créée comme en repeignant une ancienne toile représentant deux mains aux yeux stigmates, cette œuvre s’inspire du poème de Baudelaire Les Ténèbres, qui raconte l’histoire d’un peintre condamné par un dieu moqueur à peindre dans une cave obscure jusqu’à l’apparition d’une muse à la fois sombre et lumineuse. Le peintre cuit et mange son cœur à lui.
L’ancienne toile, sombre, fut d’abord recouverte d’une fine couche de gesso. Puis, une ou plusieurs couches d’encre de Chine diluée furent appliquées. Le profil de la femme est le seul endroit où aucune encre de Chine n’a été ajoutée après la couche de gesso ; les mains sont recouvertes d’une seule couche d’encre, les autres zones de plusieurs.
Les ombres des bras ont été réalisées avec une fine couche de peinture à l’huile diluée au médium Shellsol.
Le fond est composé de plusieurs couches d’encre de Chine. Plus il y a de couches, plus la couleur s’assombrit. L’œil du cheval à bascule présente une profondeur ombrée, car les chevaux à bascule ont souvent les yeux creux. L’œil du personnage ne vient pas du fond, mais donne cette impression à cause de la peinture à l’huile grise. La jambe la plus éloignée est recouverte d’une peinture à l’huile gris clair diluée au médium Shellsol, ce qui lui donne un aspect ombré.
Jacques-Vossen a découvert plus tard que le nez et l’oreille du personnage, l’oreille du cheval à bascule et le coude forment ensemble une danse de triangles.
Réalisée comme une réinterprétation d’un portrait de femme. L’une des premières peintures avec un cadre doré et la première sans cadre en partie basse. Le cadre n’est pas décoratif, mais architectural.
Le profil figurant sur la pièce est celui de Philippe de Belgique.
Les empereurs romains étaient représentés de profil sur les monnaies. C’est probablement pourquoi de nombreux personnages furent représentés de profil dans les peintures de la Renaissance.
La robe du cheval est composée de deux drapeaux identiques, celui de gauche étant légèrement raccourci (les drapeaux se joignent sous le poignet du personnage), conformément au principe médiéval d’utiliser toute la surface, même au prix de répétitions. Le drapeau en question est celui des ducs de Bourgogne à l’apogée de leur puissance. Il est lui-même composé de plusieurs drapeaux correspondant à l’expansion progressive de leur territoire.
Les lys français dans un cadre rouge et blanc forment le drapeau des princes de France. Les diagonales jaunes et bleues dans un cadre rouge forment les armoiries originales des ducs de Bourgogne. Le lion jaune sur fond noir est celui des ducs de Brabant. Le lion rouge sur fond blanc représente le duché de Limbourg. L’écu au lion flamand représente le comté de Flandre. Il est plus petit car moins prestigieux qu’un duché.
Le masque du cheval, l’oreille du personnage et les champs bleus des armoiries sortent du fond.
Les jambes les plus éloignées sont plus foncées (elles contiennent moins de blanc de titane), ce qui leur donne un aspect ombragé et plus lointain. Les zones noires sont peintes à l’huile noire pure.
Le fond de la quasi-totalité des tableaux de Jacques-Vossen est constitué de plusieurs couches d’encre de Chine diluée. C’est également le cas ici. Des rayures blanches ont ensuite été ajoutées. Une élégante grille a été tissée en appliquant de la peinture acrylique bleue diluée, par mouvements fluides, horizontalement et verticalement d’un bord à l’autre de la toile. Puis, un cadre doré, également réalisé à l’acrylique, a été appliqué. Le support du cadre est composé d’une pâte à séchage rapide, utilisée pour donner aux tableaux une texture plus rugueuse. Des étoiles y ont été gravées à l’aide du bout d’un pinceau.
Certaines personnes ne sont ni francophones, ni néerlandophones, ni wallons, ni flamands, mais ils ont le cul entre deux chaises. Ils se disent belges ou brabançon. Les pieds du personnage de gauche sont les griffes d’un coq wallon, les mains de celui de droite, celles d’un lion flamand. Les couleurs de ces griffes, associées aux celles des manches, forment l’un des premiers drapeaux belges dans l’œuvre de Jacques-Vossen. L’iris est un symbole bruxellois, une fleur des marais.
Les traits erronés du dessin préparatoire, réalisé au feutre Posca, sont barrés afin que le peintre sache quelles lignes ignorer lors de la mise en couleur.
Jacques-Vossen a un frère nommé Théo, qui a le sens des affaires. Ensemble, ils visitent des expositions.
L’arrière-plan fait référence au Champ de blé aux corbeaux de Van Gogh, aussi connu sous le titre Champs de blé sous un ciel menaçant.
Les yeux des personnages sont oranges et bleus ; ils ont un regard complémentaire. Les oreilles rouges sont un clin d’œil à Chaïm Soutine et Van Gogh. Les personnages ont entendu quelque chose qu’ils n’auraient pas dû, ou il fait trop chaud. Les fleurs sur le chapeau de paille font référence à un autoportrait d’Ensor. Il manque une plume, qui sera ajoutée ultérieurement.
La position de la main levée et de la bague fait référence au rock ‘n’ roll, une forme d’art du XXe siècle. Un texte de Damien Saez est tagué en arrière-plan : « On a pas la thune mais l’espoir. Pas le blé mais l’envie ». (« L’important, ami, c’est d’aller jusqu’au bout de la nuit. »)
Créée suite à la visite d’une exposition sur l’entre-deux-guerres, où la section pour les enfants était présentée par un chien nommé Whisky : un fox-terrier empaillé. Un animal empaillé comme guide pour les enfants ? Plutôt déconcertant. Le capitaine Benoît Vossen, l’ancien propriétaire du chien, s’est avéré avoir réellement existé. Jacques-Vossen a retrouvé un portrait peint de l’homme et de son chien. Vossen est le nom de famille de la mère de Jacques-Vossen. Benoît est le prénom de son père. Belgian Owl est le whisky préféré de celui-ci. La forme de la bouteille est un clin d’œil au peintre Roger Raveel, qui évoque les verres et les bouteilles avec simplicité et clarté. À l’arrière-plan figurait l’inscription « Vacciné mais pas castré ».
Ce tableau est devenu déterminant pour de nombreuses œuvres ultérieures, par la main qui demeure « vide », au fond préservé dans les contours de la bouteille et aux premières médailles.
Cette œuvre a été créée lors des premières attaques israéliennes contre Gaza. Toute référence directe est impossible, mais ne pas prendre position l’est tout autant. Sur le front du personnage, on aperçoit une visière, car Jacques-Vossen se sent visé en tant qu’artiste : il devrait prendre position, mais il estime que poser des questions suffit. Les étoiles autour de la tête proviennent de bandes dessinées, où elles indiquent qu’un personnage a reçu un coup de poing au visage. Il est hébété.
La culotte écossaise est un symbole de liberté et d’indépendance. Ridley Scott, William Wallace, Robert Bruce. Le tartan a les couleurs palestiniennes. Sur l’épaule gauche, on voit le drapeau américain, sur la droite, le drapeau européen. On y voit le lion flamand et le coq wallon unis par l’amour. L’aigle sur fond de rayures rouges et jaunes est l’emblème de la ville de Malines, où cette œuvre devait être exposée. En bas à droite, vous trouverez les armoiries des ducs de Bourgogne, qui ont joué un rôle important à Malines. L’exposition de Malines était consacrée à la Toison d’or.
Les ombres sont réalisées à l’encre de Chine diluée. Dans ce tableau, le bas de la toile est peint par-dessus le cadre pour la première fois.
Les oreilles et le nez rouges suggèrent la rébellion et l’agacement.
Les larmes parlent de chagrin d’amour.
Cette œuvre représente un peintre ajoutant un élément à une toile achevée et déjà signée. S’agit-il d’un autoportrait ? Percevons-nous cette scène à travers le miroir qu’il utilise pour s’observer ? La signature au dos de la toile indique que le tableau a été créé après la publication du livret L’Ange du Bizarre, dans lequel l’auteur met en scène un alter ego (Jean Casque-Enfer) marchant et conversant avec René du Goupil, un avatar de Clément Jacques-Vossen.
Le personnage de ce tableau-ci apparaît comme un avatar contemporain de Velázquez, qui a ajouté un autoportrait aux Ménines après sa finition. Dans la version antérieure de ce tableau, l’héritière du trône recevait un sceptre des mains d’un garçon placé à gauche de la toile. À la naissance d’un héritier mâle, la vocation première du tableau dut être dissimulée, et Velázquez s’y inséra, feignant de travailler au double portrait du couple royal, visible dans le miroir au centre de la toile. Les Ménines acquérait ainsi deux nouveaux sujets : le couple royal et l’art de peindre.
Le tableau de Jacques-Vossen n’a rien de royal. Le personnage représenté est chauve sous ses cheveux, le pull est emprunté à un autre artiste espagnol et le tartan du pantalon provient de la marque de vêtements de luxe Burberry, dont le logo, représentant un chevalier au galop, figure au dos du tableau.
Montagne de Miel, 2 juillet - 14 décembre 2025

