{"id":24287,"title":"Ronny Van de Velde - 2019 - Hors Commerce c’est aussi du commerce [FR, essay]","dimensions":"9 p.","date_begin":null,"material":"","art_status_id":13,"legal_status_id":47,"category_id":25,"platform_id":1,"deleted":false,"asset_count":0,"stream_count":0,"collection":"Hans Theys Archive / Archief Hans Theys","cached_tag_list":"Hans Theys","publishing_process_id":1,"annotation":"","date_end":null,"reference":"","stream_count_app":4,"permalink":"ronny-van-de-velde-2019-hors-commerce-c-est-aussi-du-commerce-fr-essay","description_ca":"","short_description_ca":"","description_it":"","short_description_it":"","cached_primary_asset_url":null,"cached_actor_names":"Hans Theys","hide_from_json":false,"prev_platform_id":null,"description_uk":null,"short_description_uk":null,"description_tr":null,"short_description_tr":null,"mhka_works":false,"category":{"en":"Text","nl":"Tekst","fr":"Texte"},"poster_image":null,"poster_credits":null,"translations":[{"locale":"en","short_description":"","description":"\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e__________\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eHans Theys\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cstrong\u003eHors Commerce c\u0026rsquo;est aussi du commerce\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eUn entretien avec Isidore Brochette\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e(extrait de Elle Style Magazine,\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eavec l\u0026rsquo;aimable autorisation de l\u0026rsquo;\u0026eacute;diteur)\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eIsidore Brochette est incontestablement le galeriste fran\u0026ccedil;ais dont l\u0026rsquo;immense succ\u0026egrave;s frappe le plus l\u0026rsquo;imagination. Son empire s\u0026rsquo;\u0026eacute;tend sur tous les continents. Gr\u0026acirc;ce \u0026agrave; ses multiples collaborateurs qui cherchent des objets sur les march\u0026eacute;s et dans les ventes aux ench\u0026egrave;res \u0026agrave; Paris, Berlin, New York et Beijing, et qui sont aussi omnipr\u0026eacute;sents sur le web pour suivre en permanence les ventes aux ench\u0026egrave;res mondiales, il a cr\u0026eacute;\u0026eacute; une des galeries fran\u0026ccedil;aises les plus actuelles, tout en restant fid\u0026egrave;le \u0026agrave; son amour de l\u0026rsquo;art du dix-neuvi\u0026egrave;me et du vingti\u0026egrave;me-si\u0026egrave;cle, qu\u0026rsquo;il partage avec son \u0026eacute;pouse. Nous avons rendu visite \u0026agrave; ce grisonnant entrepreneur dans son ch\u0026acirc;teau de Meudon.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Quelle magnifique demeure !\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eIsidore Brochette : J\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;acheter ce bout de terrain pour trois fois rien dans les ann\u0026eacute;es 70. Le ch\u0026acirc;teau est de style fran\u0026ccedil;ais, typique du dix-huiti\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je l\u0026rsquo;ai fait venir d\u0026rsquo;Angleterre parce que le trouvais un peu perdu l\u0026agrave;-bas\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai fait reconstruire ici pierre par pierre pour mieux comprendre la beaut\u0026eacute; de sa construction.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Je pr\u0026eacute;f\u0026egrave;re entrer directement dans le vif du sujet et vous poser tout de suite la question \u0026agrave; laquelle nos jeunes lectrices aimeraient avoir une r\u0026eacute;ponse. Comment d\u0026eacute;bute-t-on une carri\u0026egrave;re de marchand d\u0026rsquo;art ? J\u0026rsquo;ai entendu que vous \u0026eacute;tiez docteur en droit. Cela vous a certainement aid\u0026eacute; ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je ne pense pas. Enfin\u0026hellip; Aujourd\u0026rsquo;hui je peux me permettre de vous dire que je n\u0026rsquo;ai jamais \u0026eacute;tudi\u0026eacute; le droit. Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;un malentendu, venant d\u0026rsquo;un journaliste distrait ou mal renseign\u0026eacute; qui a d\u0026ucirc; me confondre avec quelqu\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;autre et dont les affirmations ont par la suite commenc\u0026eacute; \u0026agrave; vivre leur existence propre. Vous savez comment \u0026ccedil;a marche, avec ces journalistes qui se recopient les uns les autres\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Pas tous les journalistes ! (rires). Qu\u0026rsquo;avez-vous donc \u0026eacute;tudi\u0026eacute; ? L\u0026rsquo;histoire de l\u0026rsquo;art ? L\u0026rsquo;\u0026eacute;conomie ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Mon grand-p\u0026egrave;re paternel \u0026eacute;tant le propri\u0026eacute;taire d\u0026rsquo;un garage, on m\u0026rsquo;a d\u0026rsquo;abord forc\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier la m\u0026eacute;canique automobile. Mais comme j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais le meilleur en art plastique, le prof de dessin m\u0026rsquo;a encourag\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier les arts d\u0026eacute;coratifs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Les arts d\u0026eacute;coratifs ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : \u0026Eacute;talagiste. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais dans la classe de Serge Gainsbourg qui a aussi \u0026eacute;tudi\u0026eacute; pour devenir \u0026eacute;talagiste mais qui a fini par aller peindre. Il n\u0026rsquo;a commenc\u0026eacute; sa carri\u0026egrave;re de chanteur qu\u0026rsquo;\u0026agrave; ses trente ans environ. Il pr\u0026eacute;tendait toujours qu\u0026rsquo;il avait d\u0026eacute;truit tous ses tableaux mais j\u0026rsquo;en ai encore un quelque part. Un portrait d\u0026rsquo;un chou vert avec le symbole du dollar.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ma m\u0026egrave;re r\u0026eacute;parait des v\u0026ecirc;tements en dentelle dans un petit magasin du Passage Choiseul. \u0026Agrave; la maison, nous ne mangions que des nouilles pour \u0026eacute;viter que les habits de ses riches clients attrapent une odeur. Chaque fois que je repense \u0026agrave; ma jeunesse, l\u0026rsquo;odeur de renferm\u0026eacute; du passage et le go\u0026ucirc;t pr\u0026eacute;gnant des nouilles sans sauce me reviennent en t\u0026ecirc;te. Nous \u0026eacute;tions tr\u0026egrave;s pauvres. Je dormais sur un canap\u0026eacute; dans une chambre qui faisait office de cuisine et de buanderie. Nous n\u0026rsquo;avions ni salon ni salle-\u0026agrave;-manger.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Mon p\u0026egrave;re travaillait pour une compagnie d\u0026rsquo;assurance. Il avait peur de perdre sa place parce qu\u0026rsquo;il ne savait pas taper \u0026agrave; la machine. Il passait ses nuits \u0026agrave; marteler sur la machine \u0026agrave; \u0026eacute;crire, pour s\u0026rsquo;entra\u0026icirc;ner. Mais il \u0026eacute;tait en r\u0026eacute;alit\u0026eacute; trop paresseux pour apprendre encore quelque chose. Mon p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un zazou. Une sorte de hippie avant la lettre. Il portait toujours une veste de pilote et un pantalon avec un large ourlet. \u0026Ccedil;a me plairait de faire refaire un de ces pantalons\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait employ\u0026eacute; ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Eh bien, comme je vous le disais, il n\u0026rsquo;avait pas beaucoup de c\u0026oelig;ur \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Il a un jour mis sa main dans une machine pour ne plus avoir \u0026agrave; travailler. Les mois suivants, il tapait dessus au marteau pour \u0026eacute;viter qu\u0026rsquo;elle gu\u0026eacute;risse. Le docteur n\u0026rsquo;y comprenait rien. Mon p\u0026egrave;re badigeonnait sa main d\u0026rsquo;une pommade noire. J\u0026rsquo;en ai encore l\u0026rsquo;odeur dans le nez\u0026hellip; Et lorsqu\u0026rsquo;il a \u0026eacute;t\u0026eacute; appel\u0026eacute; pour son service militaire, il a enfonc\u0026eacute; une paire de ciseaux dans la jambe du psychologue pour \u0026ecirc;tre d\u0026eacute;mobilis\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un rebelle ! Est-ce cela qui vous a amen\u0026eacute; vers le monde de l\u0026rsquo;art ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Ce qu\u0026rsquo;il pr\u0026eacute;f\u0026eacute;rait, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait voyager en autostop vers une autre ville, Berlin ou Londres, pour y acheter des livres ou d\u0026rsquo;autres raret\u0026eacute;s qu\u0026rsquo;il refourguait \u0026agrave; Paris avec b\u0026eacute;n\u0026eacute;fice. Mais de l\u0026agrave; \u0026agrave; l\u0026rsquo;appeler un amateur d\u0026rsquo;art, non. Je ne pense pas qu\u0026rsquo;il ait jamais lu un livre. Peut-\u0026ecirc;tre un peu de Courths-Mahler en prison. J\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert un jour dans le journal qu\u0026rsquo;il avait \u0026eacute;t\u0026eacute; arr\u0026ecirc;t\u0026eacute;. Il avait attaqu\u0026eacute; une banque, mais sa carte d\u0026rsquo;identit\u0026eacute; avait \u0026eacute;t\u0026eacute; retrouv\u0026eacute;e dans la voiture qu\u0026rsquo;il avait abandonn\u0026eacute;e lors de sa cavale.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;aimais bien mon p\u0026egrave;re. Il nous arrivait de faire de l\u0026rsquo;auto\u0026shy;stop. Lorsque j\u0026rsquo;avais onze ans, nous sommes all\u0026eacute;s de cette mani\u0026egrave;re \u0026agrave; Amsterdam. Je collectionnais les timbres-poste. Nous sommes rentr\u0026eacute;s dans un magasin de timbres et mon p\u0026egrave;re a demand\u0026eacute; s\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait possible d\u0026rsquo;en regarder quelques-uns. \u0026Agrave; un moment, alors que le vendeur venait de se retourner, mon p\u0026egrave;re en a fait glisser un dans la poche de son pantalon. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais foudroy\u0026eacute;. \u0026Agrave; mes yeux, il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;un seul coup devenu un voleur. Une sensation d\u0026eacute;sagr\u0026eacute;able. Lorsque nous sommes sortis, je lui ai demand\u0026eacute; pourquoi il avait vol\u0026eacute; ce timbre.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu voulais quand m\u0026ecirc;me l\u0026rsquo;avoir pour ta collection ? \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu. Il m\u0026rsquo;a alors vendu le timbre. Il m\u0026rsquo;a dit que je devais demander \u0026agrave; ses parents de l\u0026rsquo;argent pour acheter le timbre et que je devais lui donner cette somme\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai revu encore une fois. J\u0026rsquo;avais dix-sept ans et mon amie \u0026eacute;tait tomb\u0026eacute;e enceinte. Nous \u0026eacute;tions assis dans le resto chinois le moins cher de Paris. Tu pouvais y avoir un bol de soupe \u0026agrave; la tomate et un demi-poulet avec du riz pour dix francs. Nous habitions alors dans un studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment j\u0026rsquo;entends : \u0026laquo; Heei Chino, give me the bill \u0026raquo;. Je me retourne et je reconnais mon p\u0026egrave;re. Mon amie me dit : \u0026laquo; Nous avons besoin de sa signature pour pouvoir nous marier et tu dois \u0026ecirc;tre mari\u0026eacute; pour pouvoir reconna\u0026icirc;tre ton enfant, va lui dire bonjour \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je m\u0026rsquo;approche de lui et je demande : \u0026laquo; \u0026Ecirc;tes-vous Balthasar Brochette ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Qui veut savoir ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Je suis ton fils \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026laquo; Impossible \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu, \u0026laquo; car mon fils \u0026agrave; les cheveux coup\u0026eacute;s en brosse et toi, tu as les cheveux longs \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il a fini par nous inviter \u0026agrave; venir manger chez lui. Il venait de sortir de prison et habitait rue de la Pipe. Il avait pr\u0026eacute;par\u0026eacute; un repas froid. Il \u0026eacute;tait en train de se vanter. Il disait que tout allait pour le mieux pour lui, qu\u0026rsquo;il vendait des livres anciens, qu\u0026rsquo;il gagnait bien sa vie, qu\u0026rsquo;il avait une premi\u0026egrave;re \u0026eacute;dition de ceci, une deuxi\u0026egrave;me \u0026eacute;dition de cela.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment, je lui ai dit : \u0026laquo; Nous allons avoir un b\u0026eacute;b\u0026eacute; et j\u0026rsquo;aimerais bien pr\u0026eacute;parer sa chambre. Tu pourrais nous donner 200 francs pour nous aider ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute; pour aller vers une armoire. Il a ouvert un tiroir et en a tir\u0026eacute; une grosse liasse de billets. Il a alors port\u0026eacute; la liasse \u0026agrave; ses l\u0026egrave;vres pour l\u0026rsquo;embrasser et a dit : \u0026laquo; Tu n\u0026rsquo;en auras rien \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y avait toujours quelque chose avec lui. Un dimanche midi, nous \u0026eacute;tions partis pique-niquer au Bois de Boulogne. Tout \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s romantique : le p\u0026egrave;re, la m\u0026egrave;re et leur enfant qui vont pique-niquer ensemble au parc. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour s\u0026rsquo;ennuyer mortellement et d\u0026eacute;cider de faire un feu. Mais lorsque la brise s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute;e, le feu s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; se propager \u0026agrave; toute allure. Ma m\u0026egrave;re avait rev\u0026ecirc;tu sa belle veste du dimanche. Il l\u0026rsquo;a utilis\u0026eacute;e pour essayer d\u0026rsquo;\u0026eacute;teindre l\u0026rsquo;incendie. Mais \u0026ccedil;a ne marchait pas. La veste de ma m\u0026egrave;re \u0026eacute;tait compl\u0026egrave;tement noircie. Nous sommes partis aussi vite que possible. Nous nous sommes retrouv\u0026eacute;s en train de marcher au milieu d\u0026rsquo;une aire de jeux, tous les trois noirs de fum\u0026eacute;e, entour\u0026eacute;s par des enfants et des m\u0026egrave;res inquiets. Nous n\u0026rsquo;avions pas de radio \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque mais la radiodistribution. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une petite bo\u0026icirc;te avec trois postes. Ce soir-l\u0026agrave;, nous avons entendu au journal qu\u0026rsquo;un incendie avait ravag\u0026eacute; le bois de Boulogne.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Ce sont alors peut-\u0026ecirc;tre d\u0026rsquo;autres membres de votre famille qui vous ont introduit dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai beaucoup de bons souvenirs de mon grand-p\u0026egrave;re maternel. Il \u0026eacute;tait menuisier et avait construit de ses propres mains trois maisons \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de briques achet\u0026eacute;es dans la rue pour 20 centimes pi\u0026egrave;ce.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, des carrosses passaient encore devant sa maison. Lorsqu\u0026rsquo;un cheval chiait devant la porte, je devais aller ramasser le crottin et le r\u0026eacute;pandre sur le potager. On ne laissait pas tra\u0026icirc;ner la merde.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque je me suis mis \u0026agrave; gagner plus d\u0026rsquo;argent que lui, il est devenu un peu jaloux.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Comment fais-tu, en fait ? \u0026raquo; m\u0026rsquo;a-t-il demand\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Je vends des tableaux, \u0026raquo; lui ai-je r\u0026eacute;pondu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Ccedil;a d\u0026eacute;passait son entendement. Il y avait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque un artiste de la Camargue qui peignait des chevaux, du nom d\u0026rsquo;Alfred Ost. Extr\u0026ecirc;mement populaire. Un dessin de sa main valait au moins 5000 francs. Mes grands-parents en poss\u0026eacute;daient un. Un beau jour, je vois dans une galerie un Andy Warhol de 50 x 50 cm. Je demande le prix. Je pouvais acheter le tableau pour 5000 francs. Une impression d\u0026rsquo;une bo\u0026icirc;te de soupe Campbell co\u0026ucirc;tait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque 2000 francs. Je cours \u0026agrave; la maison et essaie d\u0026rsquo;expliquer \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re que ce serait une bonne id\u0026eacute;e de vendre le Ost pour acheter un Warhol. Mais mon grand-p\u0026egrave;re refusait. J\u0026rsquo;ai encore propos\u0026eacute; \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re de faire une copie du Ost, il n\u0026rsquo;aurait pas vu la diff\u0026eacute;rence. Mais je ne pouvais pas. En vieillissant, il a pu voir la c\u0026ocirc;te du tableau de Warhol atteindre la somme de trois millions de francs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu peux raconter ce que tu veux, mon Ost reste plus beau \u0026raquo; me disait-il. Par la suite, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un Ost \u0026agrave; chaque fois que j\u0026rsquo;en voyais un, pour le charrier. Il a fini par en avoir dix. Ils \u0026eacute;taient tous accroch\u0026eacute;s dans la chambre de sa maison de retraite.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment \u0026ecirc;tes-vous alors entr\u0026eacute; en contact avec le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai rencontr\u0026eacute; quelques artistes \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;cole des arts d\u0026eacute;co, comme je vous le disais. J\u0026rsquo;ai m\u0026ecirc;me fait un \u0026eacute;talage avec Gainsbourg, mais tout cela demandait trop de temps et beaucoup trop de mat\u0026eacute;riel si bien qu\u0026rsquo;il ne restait rien pour nous. Certains de mes condisciples ont fini par trouver du travail comme facteur et l\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;eux m\u0026rsquo;a un jour laiss\u0026eacute; savoir que la poste \u0026eacute;tait \u0026agrave; la recherche de t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphistes. C\u0026rsquo;est ce que je suis devenu : t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphiste. Je devais rester la journ\u0026eacute;e enti\u0026egrave;re sur une chaise au bureau de poste \u0026agrave; attendre qu\u0026rsquo;un t\u0026eacute;l\u0026eacute;gramme soit command\u0026eacute;. Cela m\u0026rsquo;a permis de d\u0026eacute;velopper une bonne connaissance des gens. Aucun pourboire dans les arrondissements riches. Tout le contraire \u0026agrave; Pigalle.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Que s\u0026rsquo;est-il pass\u0026eacute; ensuite ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je m\u0026rsquo;ennuyais ferme dans ce bureau de poste. Je voyais passer chaque semaine un petit monsieur avec un caddie plein de livres. Il g\u0026eacute;rait une biblioth\u0026egrave;que ambulante. On pouvait louer un livre pour 1 franc par semaine. C\u0026rsquo;est comme \u0026ccedil;a que j\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;id\u0026eacute;e de commencer ma propre biblioth\u0026egrave;que ambulante. Mais il me fallait des livres. Je me suis dit que cela ne devrait pas poser trop de probl\u0026egrave;mes mais j\u0026rsquo;ai \u0026laquo; quand m\u0026ecirc;me eu plus de difficult\u0026eacute;s que pr\u0026eacute;vu. C\u0026rsquo;est comme cela que je suis arriv\u0026eacute; chez un antiquaire qui m\u0026rsquo;a initi\u0026eacute; au m\u0026eacute;tier. \u0026laquo; Assieds-toi \u0026agrave; mes c\u0026ocirc;t\u0026eacute;s \u0026raquo;, me disait-il. Et il se mettait \u0026agrave; tout m\u0026rsquo;expliquer. Il avait eu la polio en \u0026eacute;tant gosse et l\u0026rsquo;un de ses bras \u0026eacute;tait rest\u0026eacute; paralys\u0026eacute;. Son p\u0026egrave;re avait \u0026eacute;t\u0026eacute; le r\u0026eacute;alisateur du Troisi\u0026egrave;me Homme. Il touchait tous les ans les royalties.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Vous avez commenc\u0026eacute; comme marchand de livres ? Alors tout de m\u0026ecirc;me sur les traces de votre p\u0026egrave;re ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : (Court.) Je ne l\u0026rsquo;ai jamais vu comme \u0026ccedil;a.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment avez-vous donc atterri dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais ami avec un artiste qui \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle n\u0026rsquo;est plus tellement c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre : Walter Dupeigne. Il a jou\u0026eacute; un r\u0026ocirc;le important pour l\u0026rsquo;art fran\u0026ccedil;ais parce qu\u0026rsquo;il fut l\u0026rsquo;un des premiers \u0026agrave; conna\u0026icirc;tre l\u0026rsquo;Arte Povera. Il \u0026eacute;tait ami avec Fontana et Manzoni, mais aussi avec Fran\u0026ccedil;ois Morellet et le jeune Daniel Buren. Il n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas marchand. Il ne vendait rien. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas un Duchamp. Mais il \u0026eacute;tait compagnon de caf\u0026eacute; de Giacometti.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le premier tableau dont j\u0026rsquo;ai fait l\u0026rsquo;achat \u0026eacute;tait de Dupeigne. Je le suivais un peu. Il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;une compagnie tr\u0026egrave;s agr\u0026eacute;able lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas bu. Il savait \u0026eacute;norm\u0026eacute;ment de choses et avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; roul\u0026eacute; sa bosse. Ses parents avaient \u0026eacute;t\u0026eacute; dans la r\u0026eacute;sistance et avaient d\u0026ucirc; un jour se cacher pendant plus d\u0026rsquo;une semaine durant la guerre. Cette semaine-l\u0026agrave;, il est rest\u0026eacute; seul dans l\u0026rsquo;appartement familial, \u0026acirc;g\u0026eacute; de cinq ou six ans. Il n\u0026rsquo;a ensuite plus jamais r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; s\u0026rsquo;attacher \u0026agrave; quelqu\u0026rsquo;un, n\u0026rsquo;a jamais eu d\u0026rsquo;amis et s\u0026rsquo;est toujours rebell\u0026eacute; contre tout le monde. Je l\u0026rsquo;ai vu une fois engueuler un journaliste qui venait d\u0026rsquo;\u0026eacute;crire un livre sur lui, parce qu\u0026rsquo;il avait os\u0026eacute; pr\u0026eacute;tendre qu\u0026rsquo;il avait toujours \u0026eacute;t\u0026eacute; un enfant g\u0026acirc;t\u0026eacute;. Mais c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la v\u0026eacute;rit\u0026eacute;. Sa m\u0026egrave;re l\u0026rsquo;avait terriblement g\u0026acirc;t\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne fut un beau jour invit\u0026eacute; par Claude Renard de la Galerie Lentille pour une exposition solo. Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;une galerie c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre. Ils vendaient des \u0026oelig;uvres de Bram van Velde et de Matisse. Nous sommes all\u0026eacute;s acheter de la toile et de la peinture et avons ramen\u0026eacute; le tout dans la maison de sa m\u0026egrave;re. Il s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; travailler. Le vernissage \u0026eacute;tait pr\u0026eacute;vu pour un vendredi. Je suis venu chercher les tableaux le lundi pr\u0026eacute;c\u0026eacute;dant le vernissage mais il lui fallait encore r\u0026eacute;aliser une \u0026oelig;uvre, une grande toile de deux m\u0026egrave;tres sur deux. Je suis all\u0026eacute; le chercher le jour du vernissage \u0026agrave; 11 heures car il fallait que je le ram\u0026egrave;ne l\u0026agrave;-bas alors qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait encore sobre. Il \u0026eacute;tait habill\u0026eacute; impeccablement mais il n\u0026rsquo;avait pas encore touch\u0026eacute; \u0026agrave; la toile du tableau.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; On va r\u0026eacute;gler \u0026ccedil;a imm\u0026eacute;diatement \u0026raquo;, lui ai-je dit. Nous avons alors d\u0026eacute;pos\u0026eacute; une toile sur le sol et nous nous sommes mis \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Une \u0026oelig;uvre \u0026agrave; quatre mains, en fait. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, il \u0026eacute;tait question de gardiens du Louvre qui s\u0026rsquo;empoisonnaient les uns les autres \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de gouttes vers\u0026eacute;es dans le caf\u0026eacute;. Ce fut notre point de d\u0026eacute;part. Lorsque le travail fut fini, nous avons redress\u0026eacute; le tableau. Nous l\u0026rsquo;avons regard\u0026eacute; et j\u0026rsquo;ai dit : \u0026laquo; \u0026Ccedil;a n\u0026rsquo;a vraiment aucun style \u0026raquo;. Il a alors tartin\u0026eacute; l\u0026rsquo;inscription \u0026lsquo;NO STYLE\u0026rsquo; par-dessus la composition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; La galerie \u0026eacute;tait situ\u0026eacute;e un kilom\u0026egrave;tre plus loin. Nous avons port\u0026eacute; le tableau jusque-l\u0026agrave; et, lorsque nous sommes arriv\u0026eacute;s, Madame Lentille lui a demand\u0026eacute; : \u0026laquo; Combien en\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003edemandes-tu ? \u0026raquo; \u0026laquo; 25.000 francs \u0026raquo; a r\u0026eacute;pondu Dupeigne. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une fortune \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, pour nous en tout cas. Mais elle l\u0026rsquo;a achet\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait trois heures de l\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s-midi.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, il a aussi jet\u0026eacute; tous mes meubles par la fen\u0026ecirc;tre. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais parti avec ma m\u0026egrave;re \u0026agrave; Rotterdam pour aller voir une exposition de Jim Dine. Elle voulait ensuite aller acheter un geni\u0026egrave;vre typiquement hollandais chez Vroom et Dreesman. C\u0026rsquo;est l\u0026agrave; que j\u0026rsquo;ai vu un set complet de mobilier gonflable pour 100 florins. On pouvait choisir entre vert, rose, blanc ou anthracite. J\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; la version anthracite. La table \u0026eacute;tait une sorte de pneu d\u0026rsquo;auto haut de cinquante centim\u0026egrave;tres et de deux m\u0026egrave;tres de diam\u0026egrave;tre. Avec des bulles. Rien de tr\u0026egrave;s pratique en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait impossible de poser quoi que ce soit dessus. J\u0026rsquo;habitais encore dans ce studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, Dupeigne arrive chez moi parce qu\u0026rsquo;il m\u0026rsquo;avait propos\u0026eacute; d\u0026rsquo;exposer dans une galerie r\u0026eacute;cemment ouverte. Il venait regarder mes \u0026oelig;uvres. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, je st\u0026eacute;rilisais des l\u0026eacute;gumes en plastique. J\u0026rsquo;avais appris cela de ma grand-m\u0026egrave;re qui st\u0026eacute;rilisait fruits et l\u0026eacute;gumes. Je faisais \u0026eacute;galement de fausses fleurs. Je les aspergeais de parfums de fleurs et les pla\u0026ccedil;ais dans un attach\u0026eacute;-case de mani\u0026egrave;re \u0026agrave; ce que les hommes d\u0026rsquo;affaires n\u0026rsquo;aient pas besoin de quitter leur bureau pour profiter de la nature.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il est devenu tr\u0026egrave;s enthousiaste \u0026agrave; la vue de mes meubles gonflables. Il avait lui-m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; r\u0026eacute;alis\u0026eacute; des sculptures gonflables en 1963. \u0026ldquo;Formidable !\u0026rdquo; m\u0026rsquo;a-t-il dit. \u0026ldquo;Je peux voir si \u0026ccedil;a plane ?\u0026rdquo; Il a alors jet\u0026eacute; ma table dehors par la fen\u0026ecirc;tre. Elle a en effet plan\u0026eacute; relativement longtemps au-dessus de la place du march\u0026eacute; avant d\u0026rsquo;atterrir sur le pav\u0026eacute; et d\u0026rsquo;\u0026ecirc;tre \u0026eacute;cras\u0026eacute;e par un bus de touristes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; C\u0026rsquo;est ainsi que je me suis mis \u0026agrave; exposer mon travail. Je parvenais \u0026agrave; me procurer des pochoirs en aluminium \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide desquels des inscriptions \u0026eacute;taient appos\u0026eacute;es sur les caisses dans les maisons de vente. C\u0026rsquo;est comme cela que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une dizaine ou une quinzaine d\u0026rsquo;affiches, lettre par lettre : \u0026laquo; Objets de Jardin \u0026raquo;. Cette nuit-l\u0026agrave;, des souris ont commenc\u0026eacute; \u0026agrave; grignoter les affiches mais pas suffisamment pour les rendre inutilisables. Henri Langlois, le directeur de la Cin\u0026eacute;math\u0026egrave;que fran\u0026ccedil;aise, a achet\u0026eacute; l\u0026rsquo;un des bocaux de st\u0026eacute;rilisation avec des tomates ratatin\u0026eacute;es, pour 100 francs. Il s\u0026rsquo;agissait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque d\u0026rsquo;une somme consid\u0026eacute;rable pour moi. J\u0026rsquo;ai aussi r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; vendre le jardin portatif pour homme d\u0026rsquo;affaires.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;allais aussi au supermarch\u0026eacute; placer des \u0026oelig;ufs en plastique au milieu d\u0026rsquo;\u0026oelig;ufs v\u0026eacute;ritables avant d\u0026rsquo;en prendre des photos. Mais lorsque j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert les travaux de Buren, Beuys et Broodthaers, j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;cid\u0026eacute; de ne plus jamais faire de l\u0026rsquo;art.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne \u0026eacute;tait ravi avec le gros livre que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; sur lui. C\u0026rsquo;est plus ou moins la derni\u0026egrave;re chose que j\u0026rsquo;ai pu faire pour lui. Lorsque je lui ai demand\u0026eacute; combien d\u0026rsquo;exemplaires il voulait, il m\u0026rsquo;a r\u0026eacute;pondu : \u0026laquo; J\u0026rsquo;en ai quand m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; re\u0026ccedil;u un, non ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s \u0026eacute;conome. Mais toujours tir\u0026eacute; \u0026agrave; quatre \u0026eacute;pingles, m\u0026ecirc;me lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas un sou. Il ne demandait jamais d\u0026rsquo;argent. Il \u0026eacute;tait satisfait s\u0026rsquo;il avait 30 francs sur lui. Lorsque je lui achetais quelque chose, il lui arrivait de me dire que je voulais lui donner trop d\u0026rsquo;argent et que je ferais mieux de le garder pour un moment o\u0026ugrave; il en aurait vraiment besoin.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Et vous avez ainsi progressivement accumul\u0026eacute; un tr\u0026eacute;sor de savoirs sur le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : C\u0026rsquo;est quelque chose d\u0026rsquo;\u0026eacute;trange, la valeur d\u0026rsquo;une \u0026oelig;uvre d\u0026rsquo;art. Je n\u0026rsquo;y ai jamais rien compris, en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais un jour chez la derni\u0026egrave;re \u0026eacute;pouse de Duchamp. Les murs \u0026eacute;taient couverts d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvres de Matisse parce qu\u0026rsquo;elle avait d\u0026rsquo;abord \u0026eacute;t\u0026eacute; mari\u0026eacute;e avec le fils de Matisse. Elle \u0026eacute;teignait sa cigarette dans une sculpture en c\u0026eacute;ramique de Mir\u0026oacute; qui faisait office de cendrier.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsqu\u0026rsquo;elle demanda si je voulais allumer le feu dans la chemin\u0026eacute;e, je lui fis remarquer que la roue de bicyclette de Duchamp se trouvait peut-\u0026ecirc;tre trop pr\u0026egrave;s du feu. Elle se trouvait \u0026agrave; cet endroit car le bruit de la roue en rotation \u0026eacute;tait similaire \u0026agrave; la cr\u0026eacute;pitation du feu. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une mani\u0026egrave;re d\u0026rsquo;\u0026eacute;voquer la convivialit\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026acirc;tre en l\u0026rsquo;absence de feu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026nbsp;\u0026laquo; Vous ne pensez tout de m\u0026ecirc;me pas que je vais placer une \u0026oelig;uvre originale \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un feu ouvert \u0026raquo;, dit-elle. \u0026laquo; Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;une copie que j\u0026rsquo;ai fait faire ici au village \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;ai alors demand\u0026eacute; \u0026agrave; la m\u0026ecirc;me personne de r\u0026eacute;aliser un certain nombre de r\u0026eacute;pliques pour les donner \u0026agrave; des amis. L\u0026rsquo;une de mes filles en poss\u0026egrave;de encore une. Mais sans la signature, elles ne valent absolument rien, naturellement.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Connaissez-vous l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Broodthaers pour laquelle il a utilis\u0026eacute; une de ces ardoises sur lesquelles les enfants peuvent effacer leur dessin pour en faire d\u0026rsquo;autres ? Il y avait inscrit ses initiales. Si l\u0026rsquo;on souhaite activer l\u0026rsquo;ardoise, l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre perd toute sa valeur\u0026hellip; Il a reproduit une de ces ardoises dans le livret \u003cem\u003eMagie\u003c/em\u003e dont je poss\u0026egrave;de le manuscrit.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment occupez-vous vos journ\u0026eacute;es \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle ? Jouez-vous au golf ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Cinquante dessins d\u0026rsquo;Orson Welles vont bient\u0026ocirc;t passer en salle de ventes, des sc\u0026egrave;nes pour son interpr\u0026eacute;tation filmique du \u003cem\u003eProc\u0026egrave;s\u003c/em\u003e de Kafka. J\u0026rsquo;aimerais les acheter pour en faire une exposition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je pense que je finirai entour\u0026eacute; de milliers d\u0026rsquo;objets d\u0026rsquo;art, comme Charles Foster Kane. La diff\u0026eacute;rence, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils trouveront ma luge entre les caisses, s\u0026rsquo;ils cherchent bien.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y a deux semaines, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un tableau de Wiertz, la partie centrale d\u0026rsquo;un triptyque, pour 100 \u0026euro;. Et une \u0026eacute;tude de Gallait, \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;capitation du Comte de Hornes\u003c/em\u003e, deux t\u0026ecirc;tes d\u0026eacute;capit\u0026eacute;es, pour 700 \u0026euro;. Et un tableau de Leys, un portrait de sa femme et de sa fille, peint de mani\u0026egrave;re extr\u0026ecirc;mement sauvage, pour quelques centaines d\u0026rsquo;euros. \u0026Agrave; lui seul, le cadre vaut bien 5000 \u0026euro;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Et alors il m\u0026rsquo;arrive d\u0026rsquo;entendre quels prix les jeunes marchands d\u0026rsquo;art demandent pour toutes leurs nouveaut\u0026eacute;s. Personne ne veut plus des peintures du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je pense parfois \u0026agrave; Henri de Braekeleer, \u0026agrave; propos duquel l\u0026rsquo;\u0026eacute;crivain flamand Maurice Gilliams a pr\u0026eacute;tendu qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait jamais prononc\u0026eacute; qu\u0026rsquo;une centaine de phrases au cours de toute sa vie. L\u0026rsquo;une d\u0026rsquo;elles fut adress\u0026eacute;e \u0026agrave; un collectionneur, Van Cutsem, pour le conseiller d\u0026rsquo;acheter deux tableaux de Manet. Aujourd\u0026rsquo;hui, ce sont les seuls tableaux de Manet en Belgique, au mus\u0026eacute;e de Tournai.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je regarde toutes ces \u0026oelig;uvres contemporaines et je ne peux m\u0026rsquo;emp\u0026ecirc;cher d\u0026rsquo;avoir le sentiment de d\u0026eacute;j\u0026agrave;-vu\u0026hellip; Pas seulement dans les ann\u0026eacute;es 60, voici un demi-si\u0026egrave;cle, mais aussi bien plus t\u0026ocirc;t. Connaissez-vous \u0026lsquo;Les Incoh\u0026eacute;rents\u0026rsquo; ? Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;un groupe d\u0026rsquo;artistes du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle qui d\u0026eacute;truisaient leurs \u0026oelig;uvres apr\u0026egrave;s les avoir expos\u0026eacute;es. Il ne reste plus que quelques catalogues et des affiches les concernant. En 1890, ils faisaient fumer la pipe \u0026agrave; la Joconde. Et en 1868, le richissime photographe, artiste et zwanzer Louis Gh\u0026eacute;mar avait construit son propre mus\u0026eacute;e en bois, le Mus\u0026eacute;e fantastique, dont il avait recouvert les murs avec une s\u0026eacute;rie de pastiches qu\u0026rsquo;il avait peints. Un million de visiteurs ! Chaque visiteur recevait une pi\u0026egrave;ce sur l\u0026rsquo;avers de laquelle figurait une t\u0026ecirc;te d\u0026rsquo;homme coiff\u0026eacute; d\u0026rsquo;un vase intime renvers\u0026eacute;. Paul Bilhaud a peint en 1882 un tableau monochrome noir qu\u0026rsquo;il fallait faire briller \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de cirage et qui portait le titre de \u003cem\u003eCombat de n\u0026egrave;gres dans une cave, pendant la nuit\u003c/em\u003e. Il a aussi r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une peinture monochrome blanche, \u003cem\u003ePremi\u0026egrave;re communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige\u003c/em\u003e, et un monochrome vert : \u003cem\u003eDes souteneurs, encore dans la force de l\u0026rsquo;\u0026acirc;ge et le ventre dans l\u0026rsquo;herbe, boivent de l\u0026rsquo;absinthe\u003c/em\u003e. Alphonse Allais a fait un monochrome bleu, un autre rouge. Et les Agathop\u0026egrave;des r\u0026eacute;alisaient des livres qui ne parlaient de rien, ainsi qu\u0026rsquo;une d\u0026eacute;coration avec l\u0026rsquo;effigie d\u0026rsquo;une pomme de terre. Je poss\u0026egrave;de aussi un morceau de pain encadr\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque de la commune. Je pense que tous ces gens ont influenc\u0026eacute; Jarry.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003e(Monsieur Brochette a l\u0026rsquo;air extr\u0026ecirc;mement fatigu\u0026eacute;. Je le remercie pour son temps et reprends mes affaires. Il profite de ce moment pour me donner une \u0026eacute;dition d\u0026rsquo;un peintre contemporain : \u0026lsquo;Toeternitoe/\u0026Eacute;ternit\u0026eacute;\u0026rsquo; de l\u0026rsquo;artiste belge Walter Swennen. Nous faisons nos adieux. Il neige. Mon Uber arrive tout de suite.)\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eCarla Dubois\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"nl","short_description":"","description":"\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e__________\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eHans Theys\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cstrong\u003eHors Commerce c\u0026rsquo;est aussi du commerce\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eUn entretien avec Isidore Brochette\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e(extrait de Elle Style Magazine,\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eavec l\u0026rsquo;aimable autorisation de l\u0026rsquo;\u0026eacute;diteur)\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eIsidore Brochette est incontestablement le galeriste fran\u0026ccedil;ais dont l\u0026rsquo;immense succ\u0026egrave;s frappe le plus l\u0026rsquo;imagination. Son empire s\u0026rsquo;\u0026eacute;tend sur tous les continents. Gr\u0026acirc;ce \u0026agrave; ses multiples collaborateurs qui cherchent des objets sur les march\u0026eacute;s et dans les ventes aux ench\u0026egrave;res \u0026agrave; Paris, Berlin, New York et Beijing, et qui sont aussi omnipr\u0026eacute;sents sur le web pour suivre en permanence les ventes aux ench\u0026egrave;res mondiales, il a cr\u0026eacute;\u0026eacute; une des galeries fran\u0026ccedil;aises les plus actuelles, tout en restant fid\u0026egrave;le \u0026agrave; son amour de l\u0026rsquo;art du dix-neuvi\u0026egrave;me et du vingti\u0026egrave;me-si\u0026egrave;cle, qu\u0026rsquo;il partage avec son \u0026eacute;pouse. Nous avons rendu visite \u0026agrave; ce grisonnant entrepreneur dans son ch\u0026acirc;teau de Meudon.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Quelle magnifique demeure !\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eIsidore Brochette : J\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;acheter ce bout de terrain pour trois fois rien dans les ann\u0026eacute;es 70. Le ch\u0026acirc;teau est de style fran\u0026ccedil;ais, typique du dix-huiti\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je l\u0026rsquo;ai fait venir d\u0026rsquo;Angleterre parce que le trouvais un peu perdu l\u0026agrave;-bas\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai fait reconstruire ici pierre par pierre pour mieux comprendre la beaut\u0026eacute; de sa construction.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Je pr\u0026eacute;f\u0026egrave;re entrer directement dans le vif du sujet et vous poser tout de suite la question \u0026agrave; laquelle nos jeunes lectrices aimeraient avoir une r\u0026eacute;ponse. Comment d\u0026eacute;bute-t-on une carri\u0026egrave;re de marchand d\u0026rsquo;art ? J\u0026rsquo;ai entendu que vous \u0026eacute;tiez docteur en droit. Cela vous a certainement aid\u0026eacute; ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je ne pense pas. Enfin\u0026hellip; Aujourd\u0026rsquo;hui je peux me permettre de vous dire que je n\u0026rsquo;ai jamais \u0026eacute;tudi\u0026eacute; le droit. Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;un malentendu, venant d\u0026rsquo;un journaliste distrait ou mal renseign\u0026eacute; qui a d\u0026ucirc; me confondre avec quelqu\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;autre et dont les affirmations ont par la suite commenc\u0026eacute; \u0026agrave; vivre leur existence propre. Vous savez comment \u0026ccedil;a marche, avec ces journalistes qui se recopient les uns les autres\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Pas tous les journalistes ! (rires). Qu\u0026rsquo;avez-vous donc \u0026eacute;tudi\u0026eacute; ? L\u0026rsquo;histoire de l\u0026rsquo;art ? L\u0026rsquo;\u0026eacute;conomie ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Mon grand-p\u0026egrave;re paternel \u0026eacute;tant le propri\u0026eacute;taire d\u0026rsquo;un garage, on m\u0026rsquo;a d\u0026rsquo;abord forc\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier la m\u0026eacute;canique automobile. Mais comme j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais le meilleur en art plastique, le prof de dessin m\u0026rsquo;a encourag\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier les arts d\u0026eacute;coratifs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Les arts d\u0026eacute;coratifs ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : \u0026Eacute;talagiste. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais dans la classe de Serge Gainsbourg qui a aussi \u0026eacute;tudi\u0026eacute; pour devenir \u0026eacute;talagiste mais qui a fini par aller peindre. Il n\u0026rsquo;a commenc\u0026eacute; sa carri\u0026egrave;re de chanteur qu\u0026rsquo;\u0026agrave; ses trente ans environ. Il pr\u0026eacute;tendait toujours qu\u0026rsquo;il avait d\u0026eacute;truit tous ses tableaux mais j\u0026rsquo;en ai encore un quelque part. Un portrait d\u0026rsquo;un chou vert avec le symbole du dollar.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ma m\u0026egrave;re r\u0026eacute;parait des v\u0026ecirc;tements en dentelle dans un petit magasin du Passage Choiseul. \u0026Agrave; la maison, nous ne mangions que des nouilles pour \u0026eacute;viter que les habits de ses riches clients attrapent une odeur. Chaque fois que je repense \u0026agrave; ma jeunesse, l\u0026rsquo;odeur de renferm\u0026eacute; du passage et le go\u0026ucirc;t pr\u0026eacute;gnant des nouilles sans sauce me reviennent en t\u0026ecirc;te. Nous \u0026eacute;tions tr\u0026egrave;s pauvres. Je dormais sur un canap\u0026eacute; dans une chambre qui faisait office de cuisine et de buanderie. Nous n\u0026rsquo;avions ni salon ni salle-\u0026agrave;-manger.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Mon p\u0026egrave;re travaillait pour une compagnie d\u0026rsquo;assurance. Il avait peur de perdre sa place parce qu\u0026rsquo;il ne savait pas taper \u0026agrave; la machine. Il passait ses nuits \u0026agrave; marteler sur la machine \u0026agrave; \u0026eacute;crire, pour s\u0026rsquo;entra\u0026icirc;ner. Mais il \u0026eacute;tait en r\u0026eacute;alit\u0026eacute; trop paresseux pour apprendre encore quelque chose. Mon p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un zazou. Une sorte de hippie avant la lettre. Il portait toujours une veste de pilote et un pantalon avec un large ourlet. \u0026Ccedil;a me plairait de faire refaire un de ces pantalons\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait employ\u0026eacute; ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Eh bien, comme je vous le disais, il n\u0026rsquo;avait pas beaucoup de c\u0026oelig;ur \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Il a un jour mis sa main dans une machine pour ne plus avoir \u0026agrave; travailler. Les mois suivants, il tapait dessus au marteau pour \u0026eacute;viter qu\u0026rsquo;elle gu\u0026eacute;risse. Le docteur n\u0026rsquo;y comprenait rien. Mon p\u0026egrave;re badigeonnait sa main d\u0026rsquo;une pommade noire. J\u0026rsquo;en ai encore l\u0026rsquo;odeur dans le nez\u0026hellip; Et lorsqu\u0026rsquo;il a \u0026eacute;t\u0026eacute; appel\u0026eacute; pour son service militaire, il a enfonc\u0026eacute; une paire de ciseaux dans la jambe du psychologue pour \u0026ecirc;tre d\u0026eacute;mobilis\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un rebelle ! Est-ce cela qui vous a amen\u0026eacute; vers le monde de l\u0026rsquo;art ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Ce qu\u0026rsquo;il pr\u0026eacute;f\u0026eacute;rait, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait voyager en autostop vers une autre ville, Berlin ou Londres, pour y acheter des livres ou d\u0026rsquo;autres raret\u0026eacute;s qu\u0026rsquo;il refourguait \u0026agrave; Paris avec b\u0026eacute;n\u0026eacute;fice. Mais de l\u0026agrave; \u0026agrave; l\u0026rsquo;appeler un amateur d\u0026rsquo;art, non. Je ne pense pas qu\u0026rsquo;il ait jamais lu un livre. Peut-\u0026ecirc;tre un peu de Courths-Mahler en prison. J\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert un jour dans le journal qu\u0026rsquo;il avait \u0026eacute;t\u0026eacute; arr\u0026ecirc;t\u0026eacute;. Il avait attaqu\u0026eacute; une banque, mais sa carte d\u0026rsquo;identit\u0026eacute; avait \u0026eacute;t\u0026eacute; retrouv\u0026eacute;e dans la voiture qu\u0026rsquo;il avait abandonn\u0026eacute;e lors de sa cavale.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;aimais bien mon p\u0026egrave;re. Il nous arrivait de faire de l\u0026rsquo;auto\u0026shy;stop. Lorsque j\u0026rsquo;avais onze ans, nous sommes all\u0026eacute;s de cette mani\u0026egrave;re \u0026agrave; Amsterdam. Je collectionnais les timbres-poste. Nous sommes rentr\u0026eacute;s dans un magasin de timbres et mon p\u0026egrave;re a demand\u0026eacute; s\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait possible d\u0026rsquo;en regarder quelques-uns. \u0026Agrave; un moment, alors que le vendeur venait de se retourner, mon p\u0026egrave;re en a fait glisser un dans la poche de son pantalon. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais foudroy\u0026eacute;. \u0026Agrave; mes yeux, il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;un seul coup devenu un voleur. Une sensation d\u0026eacute;sagr\u0026eacute;able. Lorsque nous sommes sortis, je lui ai demand\u0026eacute; pourquoi il avait vol\u0026eacute; ce timbre.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu voulais quand m\u0026ecirc;me l\u0026rsquo;avoir pour ta collection ? \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu. Il m\u0026rsquo;a alors vendu le timbre. Il m\u0026rsquo;a dit que je devais demander \u0026agrave; ses parents de l\u0026rsquo;argent pour acheter le timbre et que je devais lui donner cette somme\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai revu encore une fois. J\u0026rsquo;avais dix-sept ans et mon amie \u0026eacute;tait tomb\u0026eacute;e enceinte. Nous \u0026eacute;tions assis dans le resto chinois le moins cher de Paris. Tu pouvais y avoir un bol de soupe \u0026agrave; la tomate et un demi-poulet avec du riz pour dix francs. Nous habitions alors dans un studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment j\u0026rsquo;entends : \u0026laquo; Heei Chino, give me the bill \u0026raquo;. Je me retourne et je reconnais mon p\u0026egrave;re. Mon amie me dit : \u0026laquo; Nous avons besoin de sa signature pour pouvoir nous marier et tu dois \u0026ecirc;tre mari\u0026eacute; pour pouvoir reconna\u0026icirc;tre ton enfant, va lui dire bonjour \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je m\u0026rsquo;approche de lui et je demande : \u0026laquo; \u0026Ecirc;tes-vous Balthasar Brochette ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Qui veut savoir ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Je suis ton fils \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026laquo; Impossible \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu, \u0026laquo; car mon fils \u0026agrave; les cheveux coup\u0026eacute;s en brosse et toi, tu as les cheveux longs \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il a fini par nous inviter \u0026agrave; venir manger chez lui. Il venait de sortir de prison et habitait rue de la Pipe. Il avait pr\u0026eacute;par\u0026eacute; un repas froid. Il \u0026eacute;tait en train de se vanter. Il disait que tout allait pour le mieux pour lui, qu\u0026rsquo;il vendait des livres anciens, qu\u0026rsquo;il gagnait bien sa vie, qu\u0026rsquo;il avait une premi\u0026egrave;re \u0026eacute;dition de ceci, une deuxi\u0026egrave;me \u0026eacute;dition de cela.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment, je lui ai dit : \u0026laquo; Nous allons avoir un b\u0026eacute;b\u0026eacute; et j\u0026rsquo;aimerais bien pr\u0026eacute;parer sa chambre. Tu pourrais nous donner 200 francs pour nous aider ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute; pour aller vers une armoire. Il a ouvert un tiroir et en a tir\u0026eacute; une grosse liasse de billets. Il a alors port\u0026eacute; la liasse \u0026agrave; ses l\u0026egrave;vres pour l\u0026rsquo;embrasser et a dit : \u0026laquo; Tu n\u0026rsquo;en auras rien \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y avait toujours quelque chose avec lui. Un dimanche midi, nous \u0026eacute;tions partis pique-niquer au Bois de Boulogne. Tout \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s romantique : le p\u0026egrave;re, la m\u0026egrave;re et leur enfant qui vont pique-niquer ensemble au parc. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour s\u0026rsquo;ennuyer mortellement et d\u0026eacute;cider de faire un feu. Mais lorsque la brise s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute;e, le feu s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; se propager \u0026agrave; toute allure. Ma m\u0026egrave;re avait rev\u0026ecirc;tu sa belle veste du dimanche. Il l\u0026rsquo;a utilis\u0026eacute;e pour essayer d\u0026rsquo;\u0026eacute;teindre l\u0026rsquo;incendie. Mais \u0026ccedil;a ne marchait pas. La veste de ma m\u0026egrave;re \u0026eacute;tait compl\u0026egrave;tement noircie. Nous sommes partis aussi vite que possible. Nous nous sommes retrouv\u0026eacute;s en train de marcher au milieu d\u0026rsquo;une aire de jeux, tous les trois noirs de fum\u0026eacute;e, entour\u0026eacute;s par des enfants et des m\u0026egrave;res inquiets. Nous n\u0026rsquo;avions pas de radio \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque mais la radiodistribution. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une petite bo\u0026icirc;te avec trois postes. Ce soir-l\u0026agrave;, nous avons entendu au journal qu\u0026rsquo;un incendie avait ravag\u0026eacute; le bois de Boulogne.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Ce sont alors peut-\u0026ecirc;tre d\u0026rsquo;autres membres de votre famille qui vous ont introduit dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai beaucoup de bons souvenirs de mon grand-p\u0026egrave;re maternel. Il \u0026eacute;tait menuisier et avait construit de ses propres mains trois maisons \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de briques achet\u0026eacute;es dans la rue pour 20 centimes pi\u0026egrave;ce.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, des carrosses passaient encore devant sa maison. Lorsqu\u0026rsquo;un cheval chiait devant la porte, je devais aller ramasser le crottin et le r\u0026eacute;pandre sur le potager. On ne laissait pas tra\u0026icirc;ner la merde.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque je me suis mis \u0026agrave; gagner plus d\u0026rsquo;argent que lui, il est devenu un peu jaloux.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Comment fais-tu, en fait ? \u0026raquo; m\u0026rsquo;a-t-il demand\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Je vends des tableaux, \u0026raquo; lui ai-je r\u0026eacute;pondu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Ccedil;a d\u0026eacute;passait son entendement. Il y avait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque un artiste de la Camargue qui peignait des chevaux, du nom d\u0026rsquo;Alfred Ost. Extr\u0026ecirc;mement populaire. Un dessin de sa main valait au moins 5000 francs. Mes grands-parents en poss\u0026eacute;daient un. Un beau jour, je vois dans une galerie un Andy Warhol de 50 x 50 cm. Je demande le prix. Je pouvais acheter le tableau pour 5000 francs. Une impression d\u0026rsquo;une bo\u0026icirc;te de soupe Campbell co\u0026ucirc;tait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque 2000 francs. Je cours \u0026agrave; la maison et essaie d\u0026rsquo;expliquer \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re que ce serait une bonne id\u0026eacute;e de vendre le Ost pour acheter un Warhol. Mais mon grand-p\u0026egrave;re refusait. J\u0026rsquo;ai encore propos\u0026eacute; \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re de faire une copie du Ost, il n\u0026rsquo;aurait pas vu la diff\u0026eacute;rence. Mais je ne pouvais pas. En vieillissant, il a pu voir la c\u0026ocirc;te du tableau de Warhol atteindre la somme de trois millions de francs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu peux raconter ce que tu veux, mon Ost reste plus beau \u0026raquo; me disait-il. Par la suite, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un Ost \u0026agrave; chaque fois que j\u0026rsquo;en voyais un, pour le charrier. Il a fini par en avoir dix. Ils \u0026eacute;taient tous accroch\u0026eacute;s dans la chambre de sa maison de retraite.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment \u0026ecirc;tes-vous alors entr\u0026eacute; en contact avec le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai rencontr\u0026eacute; quelques artistes \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;cole des arts d\u0026eacute;co, comme je vous le disais. J\u0026rsquo;ai m\u0026ecirc;me fait un \u0026eacute;talage avec Gainsbourg, mais tout cela demandait trop de temps et beaucoup trop de mat\u0026eacute;riel si bien qu\u0026rsquo;il ne restait rien pour nous. Certains de mes condisciples ont fini par trouver du travail comme facteur et l\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;eux m\u0026rsquo;a un jour laiss\u0026eacute; savoir que la poste \u0026eacute;tait \u0026agrave; la recherche de t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphistes. C\u0026rsquo;est ce que je suis devenu : t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphiste. Je devais rester la journ\u0026eacute;e enti\u0026egrave;re sur une chaise au bureau de poste \u0026agrave; attendre qu\u0026rsquo;un t\u0026eacute;l\u0026eacute;gramme soit command\u0026eacute;. Cela m\u0026rsquo;a permis de d\u0026eacute;velopper une bonne connaissance des gens. Aucun pourboire dans les arrondissements riches. Tout le contraire \u0026agrave; Pigalle.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Que s\u0026rsquo;est-il pass\u0026eacute; ensuite ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je m\u0026rsquo;ennuyais ferme dans ce bureau de poste. Je voyais passer chaque semaine un petit monsieur avec un caddie plein de livres. Il g\u0026eacute;rait une biblioth\u0026egrave;que ambulante. On pouvait louer un livre pour 1 franc par semaine. C\u0026rsquo;est comme \u0026ccedil;a que j\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;id\u0026eacute;e de commencer ma propre biblioth\u0026egrave;que ambulante. Mais il me fallait des livres. Je me suis dit que cela ne devrait pas poser trop de probl\u0026egrave;mes mais j\u0026rsquo;ai \u0026laquo; quand m\u0026ecirc;me eu plus de difficult\u0026eacute;s que pr\u0026eacute;vu. C\u0026rsquo;est comme cela que je suis arriv\u0026eacute; chez un antiquaire qui m\u0026rsquo;a initi\u0026eacute; au m\u0026eacute;tier. \u0026laquo; Assieds-toi \u0026agrave; mes c\u0026ocirc;t\u0026eacute;s \u0026raquo;, me disait-il. Et il se mettait \u0026agrave; tout m\u0026rsquo;expliquer. Il avait eu la polio en \u0026eacute;tant gosse et l\u0026rsquo;un de ses bras \u0026eacute;tait rest\u0026eacute; paralys\u0026eacute;. Son p\u0026egrave;re avait \u0026eacute;t\u0026eacute; le r\u0026eacute;alisateur du Troisi\u0026egrave;me Homme. Il touchait tous les ans les royalties.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Vous avez commenc\u0026eacute; comme marchand de livres ? Alors tout de m\u0026ecirc;me sur les traces de votre p\u0026egrave;re ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : (Court.) Je ne l\u0026rsquo;ai jamais vu comme \u0026ccedil;a.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment avez-vous donc atterri dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais ami avec un artiste qui \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle n\u0026rsquo;est plus tellement c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre : Walter Dupeigne. Il a jou\u0026eacute; un r\u0026ocirc;le important pour l\u0026rsquo;art fran\u0026ccedil;ais parce qu\u0026rsquo;il fut l\u0026rsquo;un des premiers \u0026agrave; conna\u0026icirc;tre l\u0026rsquo;Arte Povera. Il \u0026eacute;tait ami avec Fontana et Manzoni, mais aussi avec Fran\u0026ccedil;ois Morellet et le jeune Daniel Buren. Il n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas marchand. Il ne vendait rien. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas un Duchamp. Mais il \u0026eacute;tait compagnon de caf\u0026eacute; de Giacometti.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le premier tableau dont j\u0026rsquo;ai fait l\u0026rsquo;achat \u0026eacute;tait de Dupeigne. Je le suivais un peu. Il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;une compagnie tr\u0026egrave;s agr\u0026eacute;able lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas bu. Il savait \u0026eacute;norm\u0026eacute;ment de choses et avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; roul\u0026eacute; sa bosse. Ses parents avaient \u0026eacute;t\u0026eacute; dans la r\u0026eacute;sistance et avaient d\u0026ucirc; un jour se cacher pendant plus d\u0026rsquo;une semaine durant la guerre. Cette semaine-l\u0026agrave;, il est rest\u0026eacute; seul dans l\u0026rsquo;appartement familial, \u0026acirc;g\u0026eacute; de cinq ou six ans. Il n\u0026rsquo;a ensuite plus jamais r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; s\u0026rsquo;attacher \u0026agrave; quelqu\u0026rsquo;un, n\u0026rsquo;a jamais eu d\u0026rsquo;amis et s\u0026rsquo;est toujours rebell\u0026eacute; contre tout le monde. Je l\u0026rsquo;ai vu une fois engueuler un journaliste qui venait d\u0026rsquo;\u0026eacute;crire un livre sur lui, parce qu\u0026rsquo;il avait os\u0026eacute; pr\u0026eacute;tendre qu\u0026rsquo;il avait toujours \u0026eacute;t\u0026eacute; un enfant g\u0026acirc;t\u0026eacute;. Mais c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la v\u0026eacute;rit\u0026eacute;. Sa m\u0026egrave;re l\u0026rsquo;avait terriblement g\u0026acirc;t\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne fut un beau jour invit\u0026eacute; par Claude Renard de la Galerie Lentille pour une exposition solo. Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;une galerie c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre. Ils vendaient des \u0026oelig;uvres de Bram van Velde et de Matisse. Nous sommes all\u0026eacute;s acheter de la toile et de la peinture et avons ramen\u0026eacute; le tout dans la maison de sa m\u0026egrave;re. Il s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; travailler. Le vernissage \u0026eacute;tait pr\u0026eacute;vu pour un vendredi. Je suis venu chercher les tableaux le lundi pr\u0026eacute;c\u0026eacute;dant le vernissage mais il lui fallait encore r\u0026eacute;aliser une \u0026oelig;uvre, une grande toile de deux m\u0026egrave;tres sur deux. Je suis all\u0026eacute; le chercher le jour du vernissage \u0026agrave; 11 heures car il fallait que je le ram\u0026egrave;ne l\u0026agrave;-bas alors qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait encore sobre. Il \u0026eacute;tait habill\u0026eacute; impeccablement mais il n\u0026rsquo;avait pas encore touch\u0026eacute; \u0026agrave; la toile du tableau.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; On va r\u0026eacute;gler \u0026ccedil;a imm\u0026eacute;diatement \u0026raquo;, lui ai-je dit. Nous avons alors d\u0026eacute;pos\u0026eacute; une toile sur le sol et nous nous sommes mis \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Une \u0026oelig;uvre \u0026agrave; quatre mains, en fait. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, il \u0026eacute;tait question de gardiens du Louvre qui s\u0026rsquo;empoisonnaient les uns les autres \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de gouttes vers\u0026eacute;es dans le caf\u0026eacute;. Ce fut notre point de d\u0026eacute;part. Lorsque le travail fut fini, nous avons redress\u0026eacute; le tableau. Nous l\u0026rsquo;avons regard\u0026eacute; et j\u0026rsquo;ai dit : \u0026laquo; \u0026Ccedil;a n\u0026rsquo;a vraiment aucun style \u0026raquo;. Il a alors tartin\u0026eacute; l\u0026rsquo;inscription \u0026lsquo;NO STYLE\u0026rsquo; par-dessus la composition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; La galerie \u0026eacute;tait situ\u0026eacute;e un kilom\u0026egrave;tre plus loin. Nous avons port\u0026eacute; le tableau jusque-l\u0026agrave; et, lorsque nous sommes arriv\u0026eacute;s, Madame Lentille lui a demand\u0026eacute; : \u0026laquo; Combien en\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003edemandes-tu ? \u0026raquo; \u0026laquo; 25.000 francs \u0026raquo; a r\u0026eacute;pondu Dupeigne. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une fortune \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, pour nous en tout cas. Mais elle l\u0026rsquo;a achet\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait trois heures de l\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s-midi.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, il a aussi jet\u0026eacute; tous mes meubles par la fen\u0026ecirc;tre. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais parti avec ma m\u0026egrave;re \u0026agrave; Rotterdam pour aller voir une exposition de Jim Dine. Elle voulait ensuite aller acheter un geni\u0026egrave;vre typiquement hollandais chez Vroom et Dreesman. C\u0026rsquo;est l\u0026agrave; que j\u0026rsquo;ai vu un set complet de mobilier gonflable pour 100 florins. On pouvait choisir entre vert, rose, blanc ou anthracite. J\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; la version anthracite. La table \u0026eacute;tait une sorte de pneu d\u0026rsquo;auto haut de cinquante centim\u0026egrave;tres et de deux m\u0026egrave;tres de diam\u0026egrave;tre. Avec des bulles. Rien de tr\u0026egrave;s pratique en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait impossible de poser quoi que ce soit dessus. J\u0026rsquo;habitais encore dans ce studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, Dupeigne arrive chez moi parce qu\u0026rsquo;il m\u0026rsquo;avait propos\u0026eacute; d\u0026rsquo;exposer dans une galerie r\u0026eacute;cemment ouverte. Il venait regarder mes \u0026oelig;uvres. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, je st\u0026eacute;rilisais des l\u0026eacute;gumes en plastique. J\u0026rsquo;avais appris cela de ma grand-m\u0026egrave;re qui st\u0026eacute;rilisait fruits et l\u0026eacute;gumes. Je faisais \u0026eacute;galement de fausses fleurs. Je les aspergeais de parfums de fleurs et les pla\u0026ccedil;ais dans un attach\u0026eacute;-case de mani\u0026egrave;re \u0026agrave; ce que les hommes d\u0026rsquo;affaires n\u0026rsquo;aient pas besoin de quitter leur bureau pour profiter de la nature.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il est devenu tr\u0026egrave;s enthousiaste \u0026agrave; la vue de mes meubles gonflables. Il avait lui-m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; r\u0026eacute;alis\u0026eacute; des sculptures gonflables en 1963. \u0026ldquo;Formidable !\u0026rdquo; m\u0026rsquo;a-t-il dit. \u0026ldquo;Je peux voir si \u0026ccedil;a plane ?\u0026rdquo; Il a alors jet\u0026eacute; ma table dehors par la fen\u0026ecirc;tre. Elle a en effet plan\u0026eacute; relativement longtemps au-dessus de la place du march\u0026eacute; avant d\u0026rsquo;atterrir sur le pav\u0026eacute; et d\u0026rsquo;\u0026ecirc;tre \u0026eacute;cras\u0026eacute;e par un bus de touristes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; C\u0026rsquo;est ainsi que je me suis mis \u0026agrave; exposer mon travail. Je parvenais \u0026agrave; me procurer des pochoirs en aluminium \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide desquels des inscriptions \u0026eacute;taient appos\u0026eacute;es sur les caisses dans les maisons de vente. C\u0026rsquo;est comme cela que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une dizaine ou une quinzaine d\u0026rsquo;affiches, lettre par lettre : \u0026laquo; Objets de Jardin \u0026raquo;. Cette nuit-l\u0026agrave;, des souris ont commenc\u0026eacute; \u0026agrave; grignoter les affiches mais pas suffisamment pour les rendre inutilisables. Henri Langlois, le directeur de la Cin\u0026eacute;math\u0026egrave;que fran\u0026ccedil;aise, a achet\u0026eacute; l\u0026rsquo;un des bocaux de st\u0026eacute;rilisation avec des tomates ratatin\u0026eacute;es, pour 100 francs. Il s\u0026rsquo;agissait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque d\u0026rsquo;une somme consid\u0026eacute;rable pour moi. J\u0026rsquo;ai aussi r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; vendre le jardin portatif pour homme d\u0026rsquo;affaires.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;allais aussi au supermarch\u0026eacute; placer des \u0026oelig;ufs en plastique au milieu d\u0026rsquo;\u0026oelig;ufs v\u0026eacute;ritables avant d\u0026rsquo;en prendre des photos. Mais lorsque j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert les travaux de Buren, Beuys et Broodthaers, j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;cid\u0026eacute; de ne plus jamais faire de l\u0026rsquo;art.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne \u0026eacute;tait ravi avec le gros livre que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; sur lui. C\u0026rsquo;est plus ou moins la derni\u0026egrave;re chose que j\u0026rsquo;ai pu faire pour lui. Lorsque je lui ai demand\u0026eacute; combien d\u0026rsquo;exemplaires il voulait, il m\u0026rsquo;a r\u0026eacute;pondu : \u0026laquo; J\u0026rsquo;en ai quand m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; re\u0026ccedil;u un, non ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s \u0026eacute;conome. Mais toujours tir\u0026eacute; \u0026agrave; quatre \u0026eacute;pingles, m\u0026ecirc;me lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas un sou. Il ne demandait jamais d\u0026rsquo;argent. Il \u0026eacute;tait satisfait s\u0026rsquo;il avait 30 francs sur lui. Lorsque je lui achetais quelque chose, il lui arrivait de me dire que je voulais lui donner trop d\u0026rsquo;argent et que je ferais mieux de le garder pour un moment o\u0026ugrave; il en aurait vraiment besoin.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Et vous avez ainsi progressivement accumul\u0026eacute; un tr\u0026eacute;sor de savoirs sur le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : C\u0026rsquo;est quelque chose d\u0026rsquo;\u0026eacute;trange, la valeur d\u0026rsquo;une \u0026oelig;uvre d\u0026rsquo;art. Je n\u0026rsquo;y ai jamais rien compris, en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais un jour chez la derni\u0026egrave;re \u0026eacute;pouse de Duchamp. Les murs \u0026eacute;taient couverts d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvres de Matisse parce qu\u0026rsquo;elle avait d\u0026rsquo;abord \u0026eacute;t\u0026eacute; mari\u0026eacute;e avec le fils de Matisse. Elle \u0026eacute;teignait sa cigarette dans une sculpture en c\u0026eacute;ramique de Mir\u0026oacute; qui faisait office de cendrier.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsqu\u0026rsquo;elle demanda si je voulais allumer le feu dans la chemin\u0026eacute;e, je lui fis remarquer que la roue de bicyclette de Duchamp se trouvait peut-\u0026ecirc;tre trop pr\u0026egrave;s du feu. Elle se trouvait \u0026agrave; cet endroit car le bruit de la roue en rotation \u0026eacute;tait similaire \u0026agrave; la cr\u0026eacute;pitation du feu. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une mani\u0026egrave;re d\u0026rsquo;\u0026eacute;voquer la convivialit\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026acirc;tre en l\u0026rsquo;absence de feu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026nbsp;\u0026laquo; Vous ne pensez tout de m\u0026ecirc;me pas que je vais placer une \u0026oelig;uvre originale \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un feu ouvert \u0026raquo;, dit-elle. \u0026laquo; Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;une copie que j\u0026rsquo;ai fait faire ici au village \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;ai alors demand\u0026eacute; \u0026agrave; la m\u0026ecirc;me personne de r\u0026eacute;aliser un certain nombre de r\u0026eacute;pliques pour les donner \u0026agrave; des amis. L\u0026rsquo;une de mes filles en poss\u0026egrave;de encore une. Mais sans la signature, elles ne valent absolument rien, naturellement.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Connaissez-vous l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Broodthaers pour laquelle il a utilis\u0026eacute; une de ces ardoises sur lesquelles les enfants peuvent effacer leur dessin pour en faire d\u0026rsquo;autres ? Il y avait inscrit ses initiales. Si l\u0026rsquo;on souhaite activer l\u0026rsquo;ardoise, l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre perd toute sa valeur\u0026hellip; Il a reproduit une de ces ardoises dans le livret \u003cem\u003eMagie\u003c/em\u003e dont je poss\u0026egrave;de le manuscrit.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment occupez-vous vos journ\u0026eacute;es \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle ? Jouez-vous au golf ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Cinquante dessins d\u0026rsquo;Orson Welles vont bient\u0026ocirc;t passer en salle de ventes, des sc\u0026egrave;nes pour son interpr\u0026eacute;tation filmique du \u003cem\u003eProc\u0026egrave;s\u003c/em\u003e de Kafka. J\u0026rsquo;aimerais les acheter pour en faire une exposition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je pense que je finirai entour\u0026eacute; de milliers d\u0026rsquo;objets d\u0026rsquo;art, comme Charles Foster Kane. La diff\u0026eacute;rence, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils trouveront ma luge entre les caisses, s\u0026rsquo;ils cherchent bien.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y a deux semaines, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un tableau de Wiertz, la partie centrale d\u0026rsquo;un triptyque, pour 100 \u0026euro;. Et une \u0026eacute;tude de Gallait, \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;capitation du Comte de Hornes\u003c/em\u003e, deux t\u0026ecirc;tes d\u0026eacute;capit\u0026eacute;es, pour 700 \u0026euro;. Et un tableau de Leys, un portrait de sa femme et de sa fille, peint de mani\u0026egrave;re extr\u0026ecirc;mement sauvage, pour quelques centaines d\u0026rsquo;euros. \u0026Agrave; lui seul, le cadre vaut bien 5000 \u0026euro;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Et alors il m\u0026rsquo;arrive d\u0026rsquo;entendre quels prix les jeunes marchands d\u0026rsquo;art demandent pour toutes leurs nouveaut\u0026eacute;s. Personne ne veut plus des peintures du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je pense parfois \u0026agrave; Henri de Braekeleer, \u0026agrave; propos duquel l\u0026rsquo;\u0026eacute;crivain flamand Maurice Gilliams a pr\u0026eacute;tendu qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait jamais prononc\u0026eacute; qu\u0026rsquo;une centaine de phrases au cours de toute sa vie. L\u0026rsquo;une d\u0026rsquo;elles fut adress\u0026eacute;e \u0026agrave; un collectionneur, Van Cutsem, pour le conseiller d\u0026rsquo;acheter deux tableaux de Manet. Aujourd\u0026rsquo;hui, ce sont les seuls tableaux de Manet en Belgique, au mus\u0026eacute;e de Tournai.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je regarde toutes ces \u0026oelig;uvres contemporaines et je ne peux m\u0026rsquo;emp\u0026ecirc;cher d\u0026rsquo;avoir le sentiment de d\u0026eacute;j\u0026agrave;-vu\u0026hellip; Pas seulement dans les ann\u0026eacute;es 60, voici un demi-si\u0026egrave;cle, mais aussi bien plus t\u0026ocirc;t. Connaissez-vous \u0026lsquo;Les Incoh\u0026eacute;rents\u0026rsquo; ? Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;un groupe d\u0026rsquo;artistes du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle qui d\u0026eacute;truisaient leurs \u0026oelig;uvres apr\u0026egrave;s les avoir expos\u0026eacute;es. Il ne reste plus que quelques catalogues et des affiches les concernant. En 1890, ils faisaient fumer la pipe \u0026agrave; la Joconde. Et en 1868, le richissime photographe, artiste et zwanzer Louis Gh\u0026eacute;mar avait construit son propre mus\u0026eacute;e en bois, le Mus\u0026eacute;e fantastique, dont il avait recouvert les murs avec une s\u0026eacute;rie de pastiches qu\u0026rsquo;il avait peints. Un million de visiteurs ! Chaque visiteur recevait une pi\u0026egrave;ce sur l\u0026rsquo;avers de laquelle figurait une t\u0026ecirc;te d\u0026rsquo;homme coiff\u0026eacute; d\u0026rsquo;un vase intime renvers\u0026eacute;. Paul Bilhaud a peint en 1882 un tableau monochrome noir qu\u0026rsquo;il fallait faire briller \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de cirage et qui portait le titre de \u003cem\u003eCombat de n\u0026egrave;gres dans une cave, pendant la nuit\u003c/em\u003e. Il a aussi r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une peinture monochrome blanche, \u003cem\u003ePremi\u0026egrave;re communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige\u003c/em\u003e, et un monochrome vert : \u003cem\u003eDes souteneurs, encore dans la force de l\u0026rsquo;\u0026acirc;ge et le ventre dans l\u0026rsquo;herbe, boivent de l\u0026rsquo;absinthe\u003c/em\u003e. Alphonse Allais a fait un monochrome bleu, un autre rouge. Et les Agathop\u0026egrave;des r\u0026eacute;alisaient des livres qui ne parlaient de rien, ainsi qu\u0026rsquo;une d\u0026eacute;coration avec l\u0026rsquo;effigie d\u0026rsquo;une pomme de terre. Je poss\u0026egrave;de aussi un morceau de pain encadr\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque de la commune. Je pense que tous ces gens ont influenc\u0026eacute; Jarry.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003e(Monsieur Brochette a l\u0026rsquo;air extr\u0026ecirc;mement fatigu\u0026eacute;. Je le remercie pour son temps et reprends mes affaires. Il profite de ce moment pour me donner une \u0026eacute;dition d\u0026rsquo;un peintre contemporain : \u0026lsquo;Toeternitoe/\u0026Eacute;ternit\u0026eacute;\u0026rsquo; de l\u0026rsquo;artiste belge Walter Swennen. Nous faisons nos adieux. Il neige. Mon Uber arrive tout de suite.)\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eCarla Dubois\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"fr","short_description":"","description":"\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e__________\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eHans Theys\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cstrong\u003eHors Commerce c\u0026rsquo;est aussi du commerce\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eUn entretien avec Isidore Brochette\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e(extrait de Elle Style Magazine,\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eavec l\u0026rsquo;aimable autorisation de l\u0026rsquo;\u0026eacute;diteur)\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eIsidore Brochette est incontestablement le galeriste fran\u0026ccedil;ais dont l\u0026rsquo;immense succ\u0026egrave;s frappe le plus l\u0026rsquo;imagination. Son empire s\u0026rsquo;\u0026eacute;tend sur tous les continents. Gr\u0026acirc;ce \u0026agrave; ses multiples collaborateurs qui cherchent des objets sur les march\u0026eacute;s et dans les ventes aux ench\u0026egrave;res \u0026agrave; Paris, Berlin, New York et Beijing, et qui sont aussi omnipr\u0026eacute;sents sur le web pour suivre en permanence les ventes aux ench\u0026egrave;res mondiales, il a cr\u0026eacute;\u0026eacute; une des galeries fran\u0026ccedil;aises les plus actuelles, tout en restant fid\u0026egrave;le \u0026agrave; son amour de l\u0026rsquo;art du dix-neuvi\u0026egrave;me et du vingti\u0026egrave;me-si\u0026egrave;cle, qu\u0026rsquo;il partage avec son \u0026eacute;pouse. Nous avons rendu visite \u0026agrave; ce grisonnant entrepreneur dans son ch\u0026acirc;teau de Meudon.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Quelle magnifique demeure !\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eIsidore Brochette : J\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;acheter ce bout de terrain pour trois fois rien dans les ann\u0026eacute;es 70. Le ch\u0026acirc;teau est de style fran\u0026ccedil;ais, typique du dix-huiti\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je l\u0026rsquo;ai fait venir d\u0026rsquo;Angleterre parce que le trouvais un peu perdu l\u0026agrave;-bas\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai fait reconstruire ici pierre par pierre pour mieux comprendre la beaut\u0026eacute; de sa construction.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Je pr\u0026eacute;f\u0026egrave;re entrer directement dans le vif du sujet et vous poser tout de suite la question \u0026agrave; laquelle nos jeunes lectrices aimeraient avoir une r\u0026eacute;ponse. Comment d\u0026eacute;bute-t-on une carri\u0026egrave;re de marchand d\u0026rsquo;art ? J\u0026rsquo;ai entendu que vous \u0026eacute;tiez docteur en droit. Cela vous a certainement aid\u0026eacute; ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je ne pense pas. Enfin\u0026hellip; Aujourd\u0026rsquo;hui je peux me permettre de vous dire que je n\u0026rsquo;ai jamais \u0026eacute;tudi\u0026eacute; le droit. Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;un malentendu, venant d\u0026rsquo;un journaliste distrait ou mal renseign\u0026eacute; qui a d\u0026ucirc; me confondre avec quelqu\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;autre et dont les affirmations ont par la suite commenc\u0026eacute; \u0026agrave; vivre leur existence propre. Vous savez comment \u0026ccedil;a marche, avec ces journalistes qui se recopient les uns les autres\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Pas tous les journalistes ! (rires). Qu\u0026rsquo;avez-vous donc \u0026eacute;tudi\u0026eacute; ? L\u0026rsquo;histoire de l\u0026rsquo;art ? L\u0026rsquo;\u0026eacute;conomie ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Mon grand-p\u0026egrave;re paternel \u0026eacute;tant le propri\u0026eacute;taire d\u0026rsquo;un garage, on m\u0026rsquo;a d\u0026rsquo;abord forc\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier la m\u0026eacute;canique automobile. Mais comme j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais le meilleur en art plastique, le prof de dessin m\u0026rsquo;a encourag\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier les arts d\u0026eacute;coratifs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Les arts d\u0026eacute;coratifs ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : \u0026Eacute;talagiste. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais dans la classe de Serge Gainsbourg qui a aussi \u0026eacute;tudi\u0026eacute; pour devenir \u0026eacute;talagiste mais qui a fini par aller peindre. Il n\u0026rsquo;a commenc\u0026eacute; sa carri\u0026egrave;re de chanteur qu\u0026rsquo;\u0026agrave; ses trente ans environ. Il pr\u0026eacute;tendait toujours qu\u0026rsquo;il avait d\u0026eacute;truit tous ses tableaux mais j\u0026rsquo;en ai encore un quelque part. Un portrait d\u0026rsquo;un chou vert avec le symbole du dollar.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ma m\u0026egrave;re r\u0026eacute;parait des v\u0026ecirc;tements en dentelle dans un petit magasin du Passage Choiseul. \u0026Agrave; la maison, nous ne mangions que des nouilles pour \u0026eacute;viter que les habits de ses riches clients attrapent une odeur. Chaque fois que je repense \u0026agrave; ma jeunesse, l\u0026rsquo;odeur de renferm\u0026eacute; du passage et le go\u0026ucirc;t pr\u0026eacute;gnant des nouilles sans sauce me reviennent en t\u0026ecirc;te. Nous \u0026eacute;tions tr\u0026egrave;s pauvres. Je dormais sur un canap\u0026eacute; dans une chambre qui faisait office de cuisine et de buanderie. Nous n\u0026rsquo;avions ni salon ni salle-\u0026agrave;-manger.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Mon p\u0026egrave;re travaillait pour une compagnie d\u0026rsquo;assurance. Il avait peur de perdre sa place parce qu\u0026rsquo;il ne savait pas taper \u0026agrave; la machine. Il passait ses nuits \u0026agrave; marteler sur la machine \u0026agrave; \u0026eacute;crire, pour s\u0026rsquo;entra\u0026icirc;ner. Mais il \u0026eacute;tait en r\u0026eacute;alit\u0026eacute; trop paresseux pour apprendre encore quelque chose. Mon p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un zazou. Une sorte de hippie avant la lettre. Il portait toujours une veste de pilote et un pantalon avec un large ourlet. \u0026Ccedil;a me plairait de faire refaire un de ces pantalons\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait employ\u0026eacute; ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Eh bien, comme je vous le disais, il n\u0026rsquo;avait pas beaucoup de c\u0026oelig;ur \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Il a un jour mis sa main dans une machine pour ne plus avoir \u0026agrave; travailler. Les mois suivants, il tapait dessus au marteau pour \u0026eacute;viter qu\u0026rsquo;elle gu\u0026eacute;risse. Le docteur n\u0026rsquo;y comprenait rien. Mon p\u0026egrave;re badigeonnait sa main d\u0026rsquo;une pommade noire. J\u0026rsquo;en ai encore l\u0026rsquo;odeur dans le nez\u0026hellip; Et lorsqu\u0026rsquo;il a \u0026eacute;t\u0026eacute; appel\u0026eacute; pour son service militaire, il a enfonc\u0026eacute; une paire de ciseaux dans la jambe du psychologue pour \u0026ecirc;tre d\u0026eacute;mobilis\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un rebelle ! Est-ce cela qui vous a amen\u0026eacute; vers le monde de l\u0026rsquo;art ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Ce qu\u0026rsquo;il pr\u0026eacute;f\u0026eacute;rait, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait voyager en autostop vers une autre ville, Berlin ou Londres, pour y acheter des livres ou d\u0026rsquo;autres raret\u0026eacute;s qu\u0026rsquo;il refourguait \u0026agrave; Paris avec b\u0026eacute;n\u0026eacute;fice. Mais de l\u0026agrave; \u0026agrave; l\u0026rsquo;appeler un amateur d\u0026rsquo;art, non. Je ne pense pas qu\u0026rsquo;il ait jamais lu un livre. Peut-\u0026ecirc;tre un peu de Courths-Mahler en prison. J\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert un jour dans le journal qu\u0026rsquo;il avait \u0026eacute;t\u0026eacute; arr\u0026ecirc;t\u0026eacute;. Il avait attaqu\u0026eacute; une banque, mais sa carte d\u0026rsquo;identit\u0026eacute; avait \u0026eacute;t\u0026eacute; retrouv\u0026eacute;e dans la voiture qu\u0026rsquo;il avait abandonn\u0026eacute;e lors de sa cavale.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;aimais bien mon p\u0026egrave;re. Il nous arrivait de faire de l\u0026rsquo;auto\u0026shy;stop. Lorsque j\u0026rsquo;avais onze ans, nous sommes all\u0026eacute;s de cette mani\u0026egrave;re \u0026agrave; Amsterdam. Je collectionnais les timbres-poste. Nous sommes rentr\u0026eacute;s dans un magasin de timbres et mon p\u0026egrave;re a demand\u0026eacute; s\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait possible d\u0026rsquo;en regarder quelques-uns. \u0026Agrave; un moment, alors que le vendeur venait de se retourner, mon p\u0026egrave;re en a fait glisser un dans la poche de son pantalon. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais foudroy\u0026eacute;. \u0026Agrave; mes yeux, il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;un seul coup devenu un voleur. Une sensation d\u0026eacute;sagr\u0026eacute;able. Lorsque nous sommes sortis, je lui ai demand\u0026eacute; pourquoi il avait vol\u0026eacute; ce timbre.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu voulais quand m\u0026ecirc;me l\u0026rsquo;avoir pour ta collection ? \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu. Il m\u0026rsquo;a alors vendu le timbre. Il m\u0026rsquo;a dit que je devais demander \u0026agrave; ses parents de l\u0026rsquo;argent pour acheter le timbre et que je devais lui donner cette somme\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai revu encore une fois. J\u0026rsquo;avais dix-sept ans et mon amie \u0026eacute;tait tomb\u0026eacute;e enceinte. Nous \u0026eacute;tions assis dans le resto chinois le moins cher de Paris. Tu pouvais y avoir un bol de soupe \u0026agrave; la tomate et un demi-poulet avec du riz pour dix francs. Nous habitions alors dans un studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment j\u0026rsquo;entends : \u0026laquo; Heei Chino, give me the bill \u0026raquo;. Je me retourne et je reconnais mon p\u0026egrave;re. Mon amie me dit : \u0026laquo; Nous avons besoin de sa signature pour pouvoir nous marier et tu dois \u0026ecirc;tre mari\u0026eacute; pour pouvoir reconna\u0026icirc;tre ton enfant, va lui dire bonjour \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je m\u0026rsquo;approche de lui et je demande : \u0026laquo; \u0026Ecirc;tes-vous Balthasar Brochette ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Qui veut savoir ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Je suis ton fils \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026laquo; Impossible \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu, \u0026laquo; car mon fils \u0026agrave; les cheveux coup\u0026eacute;s en brosse et toi, tu as les cheveux longs \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il a fini par nous inviter \u0026agrave; venir manger chez lui. Il venait de sortir de prison et habitait rue de la Pipe. Il avait pr\u0026eacute;par\u0026eacute; un repas froid. Il \u0026eacute;tait en train de se vanter. Il disait que tout allait pour le mieux pour lui, qu\u0026rsquo;il vendait des livres anciens, qu\u0026rsquo;il gagnait bien sa vie, qu\u0026rsquo;il avait une premi\u0026egrave;re \u0026eacute;dition de ceci, une deuxi\u0026egrave;me \u0026eacute;dition de cela.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment, je lui ai dit : \u0026laquo; Nous allons avoir un b\u0026eacute;b\u0026eacute; et j\u0026rsquo;aimerais bien pr\u0026eacute;parer sa chambre. Tu pourrais nous donner 200 francs pour nous aider ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute; pour aller vers une armoire. Il a ouvert un tiroir et en a tir\u0026eacute; une grosse liasse de billets. Il a alors port\u0026eacute; la liasse \u0026agrave; ses l\u0026egrave;vres pour l\u0026rsquo;embrasser et a dit : \u0026laquo; Tu n\u0026rsquo;en auras rien \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y avait toujours quelque chose avec lui. Un dimanche midi, nous \u0026eacute;tions partis pique-niquer au Bois de Boulogne. Tout \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s romantique : le p\u0026egrave;re, la m\u0026egrave;re et leur enfant qui vont pique-niquer ensemble au parc. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour s\u0026rsquo;ennuyer mortellement et d\u0026eacute;cider de faire un feu. Mais lorsque la brise s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute;e, le feu s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; se propager \u0026agrave; toute allure. Ma m\u0026egrave;re avait rev\u0026ecirc;tu sa belle veste du dimanche. Il l\u0026rsquo;a utilis\u0026eacute;e pour essayer d\u0026rsquo;\u0026eacute;teindre l\u0026rsquo;incendie. Mais \u0026ccedil;a ne marchait pas. La veste de ma m\u0026egrave;re \u0026eacute;tait compl\u0026egrave;tement noircie. Nous sommes partis aussi vite que possible. Nous nous sommes retrouv\u0026eacute;s en train de marcher au milieu d\u0026rsquo;une aire de jeux, tous les trois noirs de fum\u0026eacute;e, entour\u0026eacute;s par des enfants et des m\u0026egrave;res inquiets. Nous n\u0026rsquo;avions pas de radio \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque mais la radiodistribution. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une petite bo\u0026icirc;te avec trois postes. Ce soir-l\u0026agrave;, nous avons entendu au journal qu\u0026rsquo;un incendie avait ravag\u0026eacute; le bois de Boulogne.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Ce sont alors peut-\u0026ecirc;tre d\u0026rsquo;autres membres de votre famille qui vous ont introduit dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai beaucoup de bons souvenirs de mon grand-p\u0026egrave;re maternel. Il \u0026eacute;tait menuisier et avait construit de ses propres mains trois maisons \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de briques achet\u0026eacute;es dans la rue pour 20 centimes pi\u0026egrave;ce.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, des carrosses passaient encore devant sa maison. Lorsqu\u0026rsquo;un cheval chiait devant la porte, je devais aller ramasser le crottin et le r\u0026eacute;pandre sur le potager. On ne laissait pas tra\u0026icirc;ner la merde.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque je me suis mis \u0026agrave; gagner plus d\u0026rsquo;argent que lui, il est devenu un peu jaloux.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Comment fais-tu, en fait ? \u0026raquo; m\u0026rsquo;a-t-il demand\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Je vends des tableaux, \u0026raquo; lui ai-je r\u0026eacute;pondu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Ccedil;a d\u0026eacute;passait son entendement. Il y avait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque un artiste de la Camargue qui peignait des chevaux, du nom d\u0026rsquo;Alfred Ost. Extr\u0026ecirc;mement populaire. Un dessin de sa main valait au moins 5000 francs. Mes grands-parents en poss\u0026eacute;daient un. Un beau jour, je vois dans une galerie un Andy Warhol de 50 x 50 cm. Je demande le prix. Je pouvais acheter le tableau pour 5000 francs. Une impression d\u0026rsquo;une bo\u0026icirc;te de soupe Campbell co\u0026ucirc;tait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque 2000 francs. Je cours \u0026agrave; la maison et essaie d\u0026rsquo;expliquer \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re que ce serait une bonne id\u0026eacute;e de vendre le Ost pour acheter un Warhol. Mais mon grand-p\u0026egrave;re refusait. J\u0026rsquo;ai encore propos\u0026eacute; \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re de faire une copie du Ost, il n\u0026rsquo;aurait pas vu la diff\u0026eacute;rence. Mais je ne pouvais pas. En vieillissant, il a pu voir la c\u0026ocirc;te du tableau de Warhol atteindre la somme de trois millions de francs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu peux raconter ce que tu veux, mon Ost reste plus beau \u0026raquo; me disait-il. Par la suite, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un Ost \u0026agrave; chaque fois que j\u0026rsquo;en voyais un, pour le charrier. Il a fini par en avoir dix. Ils \u0026eacute;taient tous accroch\u0026eacute;s dans la chambre de sa maison de retraite.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment \u0026ecirc;tes-vous alors entr\u0026eacute; en contact avec le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai rencontr\u0026eacute; quelques artistes \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;cole des arts d\u0026eacute;co, comme je vous le disais. J\u0026rsquo;ai m\u0026ecirc;me fait un \u0026eacute;talage avec Gainsbourg, mais tout cela demandait trop de temps et beaucoup trop de mat\u0026eacute;riel si bien qu\u0026rsquo;il ne restait rien pour nous. Certains de mes condisciples ont fini par trouver du travail comme facteur et l\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;eux m\u0026rsquo;a un jour laiss\u0026eacute; savoir que la poste \u0026eacute;tait \u0026agrave; la recherche de t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphistes. C\u0026rsquo;est ce que je suis devenu : t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphiste. Je devais rester la journ\u0026eacute;e enti\u0026egrave;re sur une chaise au bureau de poste \u0026agrave; attendre qu\u0026rsquo;un t\u0026eacute;l\u0026eacute;gramme soit command\u0026eacute;. Cela m\u0026rsquo;a permis de d\u0026eacute;velopper une bonne connaissance des gens. Aucun pourboire dans les arrondissements riches. Tout le contraire \u0026agrave; Pigalle.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Que s\u0026rsquo;est-il pass\u0026eacute; ensuite ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je m\u0026rsquo;ennuyais ferme dans ce bureau de poste. Je voyais passer chaque semaine un petit monsieur avec un caddie plein de livres. Il g\u0026eacute;rait une biblioth\u0026egrave;que ambulante. On pouvait louer un livre pour 1 franc par semaine. C\u0026rsquo;est comme \u0026ccedil;a que j\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;id\u0026eacute;e de commencer ma propre biblioth\u0026egrave;que ambulante. Mais il me fallait des livres. Je me suis dit que cela ne devrait pas poser trop de probl\u0026egrave;mes mais j\u0026rsquo;ai \u0026laquo; quand m\u0026ecirc;me eu plus de difficult\u0026eacute;s que pr\u0026eacute;vu. C\u0026rsquo;est comme cela que je suis arriv\u0026eacute; chez un antiquaire qui m\u0026rsquo;a initi\u0026eacute; au m\u0026eacute;tier. \u0026laquo; Assieds-toi \u0026agrave; mes c\u0026ocirc;t\u0026eacute;s \u0026raquo;, me disait-il. Et il se mettait \u0026agrave; tout m\u0026rsquo;expliquer. Il avait eu la polio en \u0026eacute;tant gosse et l\u0026rsquo;un de ses bras \u0026eacute;tait rest\u0026eacute; paralys\u0026eacute;. Son p\u0026egrave;re avait \u0026eacute;t\u0026eacute; le r\u0026eacute;alisateur du Troisi\u0026egrave;me Homme. Il touchait tous les ans les royalties.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Vous avez commenc\u0026eacute; comme marchand de livres ? Alors tout de m\u0026ecirc;me sur les traces de votre p\u0026egrave;re ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : (Court.) Je ne l\u0026rsquo;ai jamais vu comme \u0026ccedil;a.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment avez-vous donc atterri dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais ami avec un artiste qui \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle n\u0026rsquo;est plus tellement c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre : Walter Dupeigne. Il a jou\u0026eacute; un r\u0026ocirc;le important pour l\u0026rsquo;art fran\u0026ccedil;ais parce qu\u0026rsquo;il fut l\u0026rsquo;un des premiers \u0026agrave; conna\u0026icirc;tre l\u0026rsquo;Arte Povera. Il \u0026eacute;tait ami avec Fontana et Manzoni, mais aussi avec Fran\u0026ccedil;ois Morellet et le jeune Daniel Buren. Il n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas marchand. Il ne vendait rien. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas un Duchamp. Mais il \u0026eacute;tait compagnon de caf\u0026eacute; de Giacometti.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le premier tableau dont j\u0026rsquo;ai fait l\u0026rsquo;achat \u0026eacute;tait de Dupeigne. Je le suivais un peu. Il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;une compagnie tr\u0026egrave;s agr\u0026eacute;able lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas bu. Il savait \u0026eacute;norm\u0026eacute;ment de choses et avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; roul\u0026eacute; sa bosse. Ses parents avaient \u0026eacute;t\u0026eacute; dans la r\u0026eacute;sistance et avaient d\u0026ucirc; un jour se cacher pendant plus d\u0026rsquo;une semaine durant la guerre. Cette semaine-l\u0026agrave;, il est rest\u0026eacute; seul dans l\u0026rsquo;appartement familial, \u0026acirc;g\u0026eacute; de cinq ou six ans. Il n\u0026rsquo;a ensuite plus jamais r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; s\u0026rsquo;attacher \u0026agrave; quelqu\u0026rsquo;un, n\u0026rsquo;a jamais eu d\u0026rsquo;amis et s\u0026rsquo;est toujours rebell\u0026eacute; contre tout le monde. Je l\u0026rsquo;ai vu une fois engueuler un journaliste qui venait d\u0026rsquo;\u0026eacute;crire un livre sur lui, parce qu\u0026rsquo;il avait os\u0026eacute; pr\u0026eacute;tendre qu\u0026rsquo;il avait toujours \u0026eacute;t\u0026eacute; un enfant g\u0026acirc;t\u0026eacute;. Mais c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la v\u0026eacute;rit\u0026eacute;. Sa m\u0026egrave;re l\u0026rsquo;avait terriblement g\u0026acirc;t\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne fut un beau jour invit\u0026eacute; par Claude Renard de la Galerie Lentille pour une exposition solo. Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;une galerie c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre. Ils vendaient des \u0026oelig;uvres de Bram van Velde et de Matisse. Nous sommes all\u0026eacute;s acheter de la toile et de la peinture et avons ramen\u0026eacute; le tout dans la maison de sa m\u0026egrave;re. Il s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; travailler. Le vernissage \u0026eacute;tait pr\u0026eacute;vu pour un vendredi. Je suis venu chercher les tableaux le lundi pr\u0026eacute;c\u0026eacute;dant le vernissage mais il lui fallait encore r\u0026eacute;aliser une \u0026oelig;uvre, une grande toile de deux m\u0026egrave;tres sur deux. Je suis all\u0026eacute; le chercher le jour du vernissage \u0026agrave; 11 heures car il fallait que je le ram\u0026egrave;ne l\u0026agrave;-bas alors qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait encore sobre. Il \u0026eacute;tait habill\u0026eacute; impeccablement mais il n\u0026rsquo;avait pas encore touch\u0026eacute; \u0026agrave; la toile du tableau.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; On va r\u0026eacute;gler \u0026ccedil;a imm\u0026eacute;diatement \u0026raquo;, lui ai-je dit. Nous avons alors d\u0026eacute;pos\u0026eacute; une toile sur le sol et nous nous sommes mis \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Une \u0026oelig;uvre \u0026agrave; quatre mains, en fait. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, il \u0026eacute;tait question de gardiens du Louvre qui s\u0026rsquo;empoisonnaient les uns les autres \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de gouttes vers\u0026eacute;es dans le caf\u0026eacute;. Ce fut notre point de d\u0026eacute;part. Lorsque le travail fut fini, nous avons redress\u0026eacute; le tableau. Nous l\u0026rsquo;avons regard\u0026eacute; et j\u0026rsquo;ai dit : \u0026laquo; \u0026Ccedil;a n\u0026rsquo;a vraiment aucun style \u0026raquo;. Il a alors tartin\u0026eacute; l\u0026rsquo;inscription \u0026lsquo;NO STYLE\u0026rsquo; par-dessus la composition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; La galerie \u0026eacute;tait situ\u0026eacute;e un kilom\u0026egrave;tre plus loin. Nous avons port\u0026eacute; le tableau jusque-l\u0026agrave; et, lorsque nous sommes arriv\u0026eacute;s, Madame Lentille lui a demand\u0026eacute; : \u0026laquo; Combien en\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003edemandes-tu ? \u0026raquo; \u0026laquo; 25.000 francs \u0026raquo; a r\u0026eacute;pondu Dupeigne. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une fortune \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, pour nous en tout cas. Mais elle l\u0026rsquo;a achet\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait trois heures de l\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s-midi.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, il a aussi jet\u0026eacute; tous mes meubles par la fen\u0026ecirc;tre. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais parti avec ma m\u0026egrave;re \u0026agrave; Rotterdam pour aller voir une exposition de Jim Dine. Elle voulait ensuite aller acheter un geni\u0026egrave;vre typiquement hollandais chez Vroom et Dreesman. C\u0026rsquo;est l\u0026agrave; que j\u0026rsquo;ai vu un set complet de mobilier gonflable pour 100 florins. On pouvait choisir entre vert, rose, blanc ou anthracite. J\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; la version anthracite. La table \u0026eacute;tait une sorte de pneu d\u0026rsquo;auto haut de cinquante centim\u0026egrave;tres et de deux m\u0026egrave;tres de diam\u0026egrave;tre. Avec des bulles. Rien de tr\u0026egrave;s pratique en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait impossible de poser quoi que ce soit dessus. J\u0026rsquo;habitais encore dans ce studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, Dupeigne arrive chez moi parce qu\u0026rsquo;il m\u0026rsquo;avait propos\u0026eacute; d\u0026rsquo;exposer dans une galerie r\u0026eacute;cemment ouverte. Il venait regarder mes \u0026oelig;uvres. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, je st\u0026eacute;rilisais des l\u0026eacute;gumes en plastique. J\u0026rsquo;avais appris cela de ma grand-m\u0026egrave;re qui st\u0026eacute;rilisait fruits et l\u0026eacute;gumes. Je faisais \u0026eacute;galement de fausses fleurs. Je les aspergeais de parfums de fleurs et les pla\u0026ccedil;ais dans un attach\u0026eacute;-case de mani\u0026egrave;re \u0026agrave; ce que les hommes d\u0026rsquo;affaires n\u0026rsquo;aient pas besoin de quitter leur bureau pour profiter de la nature.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il est devenu tr\u0026egrave;s enthousiaste \u0026agrave; la vue de mes meubles gonflables. Il avait lui-m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; r\u0026eacute;alis\u0026eacute; des sculptures gonflables en 1963. \u0026ldquo;Formidable !\u0026rdquo; m\u0026rsquo;a-t-il dit. \u0026ldquo;Je peux voir si \u0026ccedil;a plane ?\u0026rdquo; Il a alors jet\u0026eacute; ma table dehors par la fen\u0026ecirc;tre. Elle a en effet plan\u0026eacute; relativement longtemps au-dessus de la place du march\u0026eacute; avant d\u0026rsquo;atterrir sur le pav\u0026eacute; et d\u0026rsquo;\u0026ecirc;tre \u0026eacute;cras\u0026eacute;e par un bus de touristes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; C\u0026rsquo;est ainsi que je me suis mis \u0026agrave; exposer mon travail. Je parvenais \u0026agrave; me procurer des pochoirs en aluminium \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide desquels des inscriptions \u0026eacute;taient appos\u0026eacute;es sur les caisses dans les maisons de vente. C\u0026rsquo;est comme cela que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une dizaine ou une quinzaine d\u0026rsquo;affiches, lettre par lettre : \u0026laquo; Objets de Jardin \u0026raquo;. Cette nuit-l\u0026agrave;, des souris ont commenc\u0026eacute; \u0026agrave; grignoter les affiches mais pas suffisamment pour les rendre inutilisables. Henri Langlois, le directeur de la Cin\u0026eacute;math\u0026egrave;que fran\u0026ccedil;aise, a achet\u0026eacute; l\u0026rsquo;un des bocaux de st\u0026eacute;rilisation avec des tomates ratatin\u0026eacute;es, pour 100 francs. Il s\u0026rsquo;agissait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque d\u0026rsquo;une somme consid\u0026eacute;rable pour moi. J\u0026rsquo;ai aussi r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; vendre le jardin portatif pour homme d\u0026rsquo;affaires.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;allais aussi au supermarch\u0026eacute; placer des \u0026oelig;ufs en plastique au milieu d\u0026rsquo;\u0026oelig;ufs v\u0026eacute;ritables avant d\u0026rsquo;en prendre des photos. Mais lorsque j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert les travaux de Buren, Beuys et Broodthaers, j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;cid\u0026eacute; de ne plus jamais faire de l\u0026rsquo;art.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne \u0026eacute;tait ravi avec le gros livre que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; sur lui. C\u0026rsquo;est plus ou moins la derni\u0026egrave;re chose que j\u0026rsquo;ai pu faire pour lui. Lorsque je lui ai demand\u0026eacute; combien d\u0026rsquo;exemplaires il voulait, il m\u0026rsquo;a r\u0026eacute;pondu : \u0026laquo; J\u0026rsquo;en ai quand m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; re\u0026ccedil;u un, non ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s \u0026eacute;conome. Mais toujours tir\u0026eacute; \u0026agrave; quatre \u0026eacute;pingles, m\u0026ecirc;me lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas un sou. Il ne demandait jamais d\u0026rsquo;argent. Il \u0026eacute;tait satisfait s\u0026rsquo;il avait 30 francs sur lui. Lorsque je lui achetais quelque chose, il lui arrivait de me dire que je voulais lui donner trop d\u0026rsquo;argent et que je ferais mieux de le garder pour un moment o\u0026ugrave; il en aurait vraiment besoin.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Et vous avez ainsi progressivement accumul\u0026eacute; un tr\u0026eacute;sor de savoirs sur le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : C\u0026rsquo;est quelque chose d\u0026rsquo;\u0026eacute;trange, la valeur d\u0026rsquo;une \u0026oelig;uvre d\u0026rsquo;art. Je n\u0026rsquo;y ai jamais rien compris, en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais un jour chez la derni\u0026egrave;re \u0026eacute;pouse de Duchamp. Les murs \u0026eacute;taient couverts d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvres de Matisse parce qu\u0026rsquo;elle avait d\u0026rsquo;abord \u0026eacute;t\u0026eacute; mari\u0026eacute;e avec le fils de Matisse. Elle \u0026eacute;teignait sa cigarette dans une sculpture en c\u0026eacute;ramique de Mir\u0026oacute; qui faisait office de cendrier.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsqu\u0026rsquo;elle demanda si je voulais allumer le feu dans la chemin\u0026eacute;e, je lui fis remarquer que la roue de bicyclette de Duchamp se trouvait peut-\u0026ecirc;tre trop pr\u0026egrave;s du feu. Elle se trouvait \u0026agrave; cet endroit car le bruit de la roue en rotation \u0026eacute;tait similaire \u0026agrave; la cr\u0026eacute;pitation du feu. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une mani\u0026egrave;re d\u0026rsquo;\u0026eacute;voquer la convivialit\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026acirc;tre en l\u0026rsquo;absence de feu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026nbsp;\u0026laquo; Vous ne pensez tout de m\u0026ecirc;me pas que je vais placer une \u0026oelig;uvre originale \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un feu ouvert \u0026raquo;, dit-elle. \u0026laquo; Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;une copie que j\u0026rsquo;ai fait faire ici au village \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;ai alors demand\u0026eacute; \u0026agrave; la m\u0026ecirc;me personne de r\u0026eacute;aliser un certain nombre de r\u0026eacute;pliques pour les donner \u0026agrave; des amis. L\u0026rsquo;une de mes filles en poss\u0026egrave;de encore une. Mais sans la signature, elles ne valent absolument rien, naturellement.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Connaissez-vous l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Broodthaers pour laquelle il a utilis\u0026eacute; une de ces ardoises sur lesquelles les enfants peuvent effacer leur dessin pour en faire d\u0026rsquo;autres ? Il y avait inscrit ses initiales. Si l\u0026rsquo;on souhaite activer l\u0026rsquo;ardoise, l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre perd toute sa valeur\u0026hellip; Il a reproduit une de ces ardoises dans le livret \u003cem\u003eMagie\u003c/em\u003e dont je poss\u0026egrave;de le manuscrit.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment occupez-vous vos journ\u0026eacute;es \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle ? Jouez-vous au golf ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Cinquante dessins d\u0026rsquo;Orson Welles vont bient\u0026ocirc;t passer en salle de ventes, des sc\u0026egrave;nes pour son interpr\u0026eacute;tation filmique du \u003cem\u003eProc\u0026egrave;s\u003c/em\u003e de Kafka. J\u0026rsquo;aimerais les acheter pour en faire une exposition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je pense que je finirai entour\u0026eacute; de milliers d\u0026rsquo;objets d\u0026rsquo;art, comme Charles Foster Kane. La diff\u0026eacute;rence, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils trouveront ma luge entre les caisses, s\u0026rsquo;ils cherchent bien.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y a deux semaines, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un tableau de Wiertz, la partie centrale d\u0026rsquo;un triptyque, pour 100 \u0026euro;. Et une \u0026eacute;tude de Gallait, \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;capitation du Comte de Hornes\u003c/em\u003e, deux t\u0026ecirc;tes d\u0026eacute;capit\u0026eacute;es, pour 700 \u0026euro;. Et un tableau de Leys, un portrait de sa femme et de sa fille, peint de mani\u0026egrave;re extr\u0026ecirc;mement sauvage, pour quelques centaines d\u0026rsquo;euros. \u0026Agrave; lui seul, le cadre vaut bien 5000 \u0026euro;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Et alors il m\u0026rsquo;arrive d\u0026rsquo;entendre quels prix les jeunes marchands d\u0026rsquo;art demandent pour toutes leurs nouveaut\u0026eacute;s. Personne ne veut plus des peintures du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je pense parfois \u0026agrave; Henri de Braekeleer, \u0026agrave; propos duquel l\u0026rsquo;\u0026eacute;crivain flamand Maurice Gilliams a pr\u0026eacute;tendu qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait jamais prononc\u0026eacute; qu\u0026rsquo;une centaine de phrases au cours de toute sa vie. L\u0026rsquo;une d\u0026rsquo;elles fut adress\u0026eacute;e \u0026agrave; un collectionneur, Van Cutsem, pour le conseiller d\u0026rsquo;acheter deux tableaux de Manet. Aujourd\u0026rsquo;hui, ce sont les seuls tableaux de Manet en Belgique, au mus\u0026eacute;e de Tournai.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je regarde toutes ces \u0026oelig;uvres contemporaines et je ne peux m\u0026rsquo;emp\u0026ecirc;cher d\u0026rsquo;avoir le sentiment de d\u0026eacute;j\u0026agrave;-vu\u0026hellip; Pas seulement dans les ann\u0026eacute;es 60, voici un demi-si\u0026egrave;cle, mais aussi bien plus t\u0026ocirc;t. Connaissez-vous \u0026lsquo;Les Incoh\u0026eacute;rents\u0026rsquo; ? Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;un groupe d\u0026rsquo;artistes du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle qui d\u0026eacute;truisaient leurs \u0026oelig;uvres apr\u0026egrave;s les avoir expos\u0026eacute;es. Il ne reste plus que quelques catalogues et des affiches les concernant. En 1890, ils faisaient fumer la pipe \u0026agrave; la Joconde. Et en 1868, le richissime photographe, artiste et zwanzer Louis Gh\u0026eacute;mar avait construit son propre mus\u0026eacute;e en bois, le Mus\u0026eacute;e fantastique, dont il avait recouvert les murs avec une s\u0026eacute;rie de pastiches qu\u0026rsquo;il avait peints. Un million de visiteurs ! Chaque visiteur recevait une pi\u0026egrave;ce sur l\u0026rsquo;avers de laquelle figurait une t\u0026ecirc;te d\u0026rsquo;homme coiff\u0026eacute; d\u0026rsquo;un vase intime renvers\u0026eacute;. Paul Bilhaud a peint en 1882 un tableau monochrome noir qu\u0026rsquo;il fallait faire briller \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de cirage et qui portait le titre de \u003cem\u003eCombat de n\u0026egrave;gres dans une cave, pendant la nuit\u003c/em\u003e. Il a aussi r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une peinture monochrome blanche, \u003cem\u003ePremi\u0026egrave;re communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige\u003c/em\u003e, et un monochrome vert : \u003cem\u003eDes souteneurs, encore dans la force de l\u0026rsquo;\u0026acirc;ge et le ventre dans l\u0026rsquo;herbe, boivent de l\u0026rsquo;absinthe\u003c/em\u003e. Alphonse Allais a fait un monochrome bleu, un autre rouge. Et les Agathop\u0026egrave;des r\u0026eacute;alisaient des livres qui ne parlaient de rien, ainsi qu\u0026rsquo;une d\u0026eacute;coration avec l\u0026rsquo;effigie d\u0026rsquo;une pomme de terre. Je poss\u0026egrave;de aussi un morceau de pain encadr\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque de la commune. Je pense que tous ces gens ont influenc\u0026eacute; Jarry.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003e(Monsieur Brochette a l\u0026rsquo;air extr\u0026ecirc;mement fatigu\u0026eacute;. Je le remercie pour son temps et reprends mes affaires. Il profite de ce moment pour me donner une \u0026eacute;dition d\u0026rsquo;un peintre contemporain : \u0026lsquo;Toeternitoe/\u0026Eacute;ternit\u0026eacute;\u0026rsquo; de l\u0026rsquo;artiste belge Walter Swennen. Nous faisons nos adieux. Il neige. Mon Uber arrive tout de suite.)\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eCarla Dubois\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"ru","short_description":"","description":""},{"locale":"de","short_description":"","description":"\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e__________\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eHans Theys\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cstrong\u003eHors Commerce c\u0026rsquo;est aussi du commerce\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eUn entretien avec Isidore Brochette\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e(extrait de Elle Style Magazine,\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eavec l\u0026rsquo;aimable autorisation de l\u0026rsquo;\u0026eacute;diteur)\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eIsidore Brochette est incontestablement le galeriste fran\u0026ccedil;ais dont l\u0026rsquo;immense succ\u0026egrave;s frappe le plus l\u0026rsquo;imagination. Son empire s\u0026rsquo;\u0026eacute;tend sur tous les continents. Gr\u0026acirc;ce \u0026agrave; ses multiples collaborateurs qui cherchent des objets sur les march\u0026eacute;s et dans les ventes aux ench\u0026egrave;res \u0026agrave; Paris, Berlin, New York et Beijing, et qui sont aussi omnipr\u0026eacute;sents sur le web pour suivre en permanence les ventes aux ench\u0026egrave;res mondiales, il a cr\u0026eacute;\u0026eacute; une des galeries fran\u0026ccedil;aises les plus actuelles, tout en restant fid\u0026egrave;le \u0026agrave; son amour de l\u0026rsquo;art du dix-neuvi\u0026egrave;me et du vingti\u0026egrave;me-si\u0026egrave;cle, qu\u0026rsquo;il partage avec son \u0026eacute;pouse. Nous avons rendu visite \u0026agrave; ce grisonnant entrepreneur dans son ch\u0026acirc;teau de Meudon.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Quelle magnifique demeure !\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eIsidore Brochette : J\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;acheter ce bout de terrain pour trois fois rien dans les ann\u0026eacute;es 70. Le ch\u0026acirc;teau est de style fran\u0026ccedil;ais, typique du dix-huiti\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je l\u0026rsquo;ai fait venir d\u0026rsquo;Angleterre parce que le trouvais un peu perdu l\u0026agrave;-bas\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai fait reconstruire ici pierre par pierre pour mieux comprendre la beaut\u0026eacute; de sa construction.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Je pr\u0026eacute;f\u0026egrave;re entrer directement dans le vif du sujet et vous poser tout de suite la question \u0026agrave; laquelle nos jeunes lectrices aimeraient avoir une r\u0026eacute;ponse. Comment d\u0026eacute;bute-t-on une carri\u0026egrave;re de marchand d\u0026rsquo;art ? J\u0026rsquo;ai entendu que vous \u0026eacute;tiez docteur en droit. Cela vous a certainement aid\u0026eacute; ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je ne pense pas. Enfin\u0026hellip; Aujourd\u0026rsquo;hui je peux me permettre de vous dire que je n\u0026rsquo;ai jamais \u0026eacute;tudi\u0026eacute; le droit. Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;un malentendu, venant d\u0026rsquo;un journaliste distrait ou mal renseign\u0026eacute; qui a d\u0026ucirc; me confondre avec quelqu\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;autre et dont les affirmations ont par la suite commenc\u0026eacute; \u0026agrave; vivre leur existence propre. Vous savez comment \u0026ccedil;a marche, avec ces journalistes qui se recopient les uns les autres\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Pas tous les journalistes ! (rires). Qu\u0026rsquo;avez-vous donc \u0026eacute;tudi\u0026eacute; ? L\u0026rsquo;histoire de l\u0026rsquo;art ? L\u0026rsquo;\u0026eacute;conomie ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Mon grand-p\u0026egrave;re paternel \u0026eacute;tant le propri\u0026eacute;taire d\u0026rsquo;un garage, on m\u0026rsquo;a d\u0026rsquo;abord forc\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier la m\u0026eacute;canique automobile. Mais comme j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais le meilleur en art plastique, le prof de dessin m\u0026rsquo;a encourag\u0026eacute; \u0026agrave; \u0026eacute;tudier les arts d\u0026eacute;coratifs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Les arts d\u0026eacute;coratifs ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : \u0026Eacute;talagiste. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais dans la classe de Serge Gainsbourg qui a aussi \u0026eacute;tudi\u0026eacute; pour devenir \u0026eacute;talagiste mais qui a fini par aller peindre. Il n\u0026rsquo;a commenc\u0026eacute; sa carri\u0026egrave;re de chanteur qu\u0026rsquo;\u0026agrave; ses trente ans environ. Il pr\u0026eacute;tendait toujours qu\u0026rsquo;il avait d\u0026eacute;truit tous ses tableaux mais j\u0026rsquo;en ai encore un quelque part. Un portrait d\u0026rsquo;un chou vert avec le symbole du dollar.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Ma m\u0026egrave;re r\u0026eacute;parait des v\u0026ecirc;tements en dentelle dans un petit magasin du Passage Choiseul. \u0026Agrave; la maison, nous ne mangions que des nouilles pour \u0026eacute;viter que les habits de ses riches clients attrapent une odeur. Chaque fois que je repense \u0026agrave; ma jeunesse, l\u0026rsquo;odeur de renferm\u0026eacute; du passage et le go\u0026ucirc;t pr\u0026eacute;gnant des nouilles sans sauce me reviennent en t\u0026ecirc;te. Nous \u0026eacute;tions tr\u0026egrave;s pauvres. Je dormais sur un canap\u0026eacute; dans une chambre qui faisait office de cuisine et de buanderie. Nous n\u0026rsquo;avions ni salon ni salle-\u0026agrave;-manger.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Mon p\u0026egrave;re travaillait pour une compagnie d\u0026rsquo;assurance. Il avait peur de perdre sa place parce qu\u0026rsquo;il ne savait pas taper \u0026agrave; la machine. Il passait ses nuits \u0026agrave; marteler sur la machine \u0026agrave; \u0026eacute;crire, pour s\u0026rsquo;entra\u0026icirc;ner. Mais il \u0026eacute;tait en r\u0026eacute;alit\u0026eacute; trop paresseux pour apprendre encore quelque chose. Mon p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un zazou. Une sorte de hippie avant la lettre. Il portait toujours une veste de pilote et un pantalon avec un large ourlet. \u0026Ccedil;a me plairait de faire refaire un de ces pantalons\u0026hellip;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait employ\u0026eacute; ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Eh bien, comme je vous le disais, il n\u0026rsquo;avait pas beaucoup de c\u0026oelig;ur \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Il a un jour mis sa main dans une machine pour ne plus avoir \u0026agrave; travailler. Les mois suivants, il tapait dessus au marteau pour \u0026eacute;viter qu\u0026rsquo;elle gu\u0026eacute;risse. Le docteur n\u0026rsquo;y comprenait rien. Mon p\u0026egrave;re badigeonnait sa main d\u0026rsquo;une pommade noire. J\u0026rsquo;en ai encore l\u0026rsquo;odeur dans le nez\u0026hellip; Et lorsqu\u0026rsquo;il a \u0026eacute;t\u0026eacute; appel\u0026eacute; pour son service militaire, il a enfonc\u0026eacute; une paire de ciseaux dans la jambe du psychologue pour \u0026ecirc;tre d\u0026eacute;mobilis\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Votre p\u0026egrave;re \u0026eacute;tait un rebelle ! Est-ce cela qui vous a amen\u0026eacute; vers le monde de l\u0026rsquo;art ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Ce qu\u0026rsquo;il pr\u0026eacute;f\u0026eacute;rait, c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait voyager en autostop vers une autre ville, Berlin ou Londres, pour y acheter des livres ou d\u0026rsquo;autres raret\u0026eacute;s qu\u0026rsquo;il refourguait \u0026agrave; Paris avec b\u0026eacute;n\u0026eacute;fice. Mais de l\u0026agrave; \u0026agrave; l\u0026rsquo;appeler un amateur d\u0026rsquo;art, non. Je ne pense pas qu\u0026rsquo;il ait jamais lu un livre. Peut-\u0026ecirc;tre un peu de Courths-Mahler en prison. J\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert un jour dans le journal qu\u0026rsquo;il avait \u0026eacute;t\u0026eacute; arr\u0026ecirc;t\u0026eacute;. Il avait attaqu\u0026eacute; une banque, mais sa carte d\u0026rsquo;identit\u0026eacute; avait \u0026eacute;t\u0026eacute; retrouv\u0026eacute;e dans la voiture qu\u0026rsquo;il avait abandonn\u0026eacute;e lors de sa cavale.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;aimais bien mon p\u0026egrave;re. Il nous arrivait de faire de l\u0026rsquo;auto\u0026shy;stop. Lorsque j\u0026rsquo;avais onze ans, nous sommes all\u0026eacute;s de cette mani\u0026egrave;re \u0026agrave; Amsterdam. Je collectionnais les timbres-poste. Nous sommes rentr\u0026eacute;s dans un magasin de timbres et mon p\u0026egrave;re a demand\u0026eacute; s\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait possible d\u0026rsquo;en regarder quelques-uns. \u0026Agrave; un moment, alors que le vendeur venait de se retourner, mon p\u0026egrave;re en a fait glisser un dans la poche de son pantalon. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais foudroy\u0026eacute;. \u0026Agrave; mes yeux, il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;un seul coup devenu un voleur. Une sensation d\u0026eacute;sagr\u0026eacute;able. Lorsque nous sommes sortis, je lui ai demand\u0026eacute; pourquoi il avait vol\u0026eacute; ce timbre.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu voulais quand m\u0026ecirc;me l\u0026rsquo;avoir pour ta collection ? \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu. Il m\u0026rsquo;a alors vendu le timbre. Il m\u0026rsquo;a dit que je devais demander \u0026agrave; ses parents de l\u0026rsquo;argent pour acheter le timbre et que je devais lui donner cette somme\u0026hellip; Je l\u0026rsquo;ai revu encore une fois. J\u0026rsquo;avais dix-sept ans et mon amie \u0026eacute;tait tomb\u0026eacute;e enceinte. Nous \u0026eacute;tions assis dans le resto chinois le moins cher de Paris. Tu pouvais y avoir un bol de soupe \u0026agrave; la tomate et un demi-poulet avec du riz pour dix francs. Nous habitions alors dans un studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment j\u0026rsquo;entends : \u0026laquo; Heei Chino, give me the bill \u0026raquo;. Je me retourne et je reconnais mon p\u0026egrave;re. Mon amie me dit : \u0026laquo; Nous avons besoin de sa signature pour pouvoir nous marier et tu dois \u0026ecirc;tre mari\u0026eacute; pour pouvoir reconna\u0026icirc;tre ton enfant, va lui dire bonjour \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je m\u0026rsquo;approche de lui et je demande : \u0026laquo; \u0026Ecirc;tes-vous Balthasar Brochette ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Qui veut savoir ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026laquo; Je suis ton fils \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026laquo; Impossible \u0026raquo; a-t-il r\u0026eacute;pondu, \u0026laquo; car mon fils \u0026agrave; les cheveux coup\u0026eacute;s en brosse et toi, tu as les cheveux longs \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il a fini par nous inviter \u0026agrave; venir manger chez lui. Il venait de sortir de prison et habitait rue de la Pipe. Il avait pr\u0026eacute;par\u0026eacute; un repas froid. Il \u0026eacute;tait en train de se vanter. Il disait que tout allait pour le mieux pour lui, qu\u0026rsquo;il vendait des livres anciens, qu\u0026rsquo;il gagnait bien sa vie, qu\u0026rsquo;il avait une premi\u0026egrave;re \u0026eacute;dition de ceci, une deuxi\u0026egrave;me \u0026eacute;dition de cela.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Agrave; un moment, je lui ai dit : \u0026laquo; Nous allons avoir un b\u0026eacute;b\u0026eacute; et j\u0026rsquo;aimerais bien pr\u0026eacute;parer sa chambre. Tu pourrais nous donner 200 francs pour nous aider ? \u0026raquo;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute; pour aller vers une armoire. Il a ouvert un tiroir et en a tir\u0026eacute; une grosse liasse de billets. Il a alors port\u0026eacute; la liasse \u0026agrave; ses l\u0026egrave;vres pour l\u0026rsquo;embrasser et a dit : \u0026laquo; Tu n\u0026rsquo;en auras rien \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y avait toujours quelque chose avec lui. Un dimanche midi, nous \u0026eacute;tions partis pique-niquer au Bois de Boulogne. Tout \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s romantique : le p\u0026egrave;re, la m\u0026egrave;re et leur enfant qui vont pique-niquer ensemble au parc. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour s\u0026rsquo;ennuyer mortellement et d\u0026eacute;cider de faire un feu. Mais lorsque la brise s\u0026rsquo;est lev\u0026eacute;e, le feu s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; se propager \u0026agrave; toute allure. Ma m\u0026egrave;re avait rev\u0026ecirc;tu sa belle veste du dimanche. Il l\u0026rsquo;a utilis\u0026eacute;e pour essayer d\u0026rsquo;\u0026eacute;teindre l\u0026rsquo;incendie. Mais \u0026ccedil;a ne marchait pas. La veste de ma m\u0026egrave;re \u0026eacute;tait compl\u0026egrave;tement noircie. Nous sommes partis aussi vite que possible. Nous nous sommes retrouv\u0026eacute;s en train de marcher au milieu d\u0026rsquo;une aire de jeux, tous les trois noirs de fum\u0026eacute;e, entour\u0026eacute;s par des enfants et des m\u0026egrave;res inquiets. Nous n\u0026rsquo;avions pas de radio \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque mais la radiodistribution. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une petite bo\u0026icirc;te avec trois postes. Ce soir-l\u0026agrave;, nous avons entendu au journal qu\u0026rsquo;un incendie avait ravag\u0026eacute; le bois de Boulogne.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Ce sont alors peut-\u0026ecirc;tre d\u0026rsquo;autres membres de votre famille qui vous ont introduit dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai beaucoup de bons souvenirs de mon grand-p\u0026egrave;re maternel. Il \u0026eacute;tait menuisier et avait construit de ses propres mains trois maisons \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de briques achet\u0026eacute;es dans la rue pour 20 centimes pi\u0026egrave;ce.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque j\u0026rsquo;\u0026eacute;tais petit, des carrosses passaient encore devant sa maison. Lorsqu\u0026rsquo;un cheval chiait devant la porte, je devais aller ramasser le crottin et le r\u0026eacute;pandre sur le potager. On ne laissait pas tra\u0026icirc;ner la merde.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsque je me suis mis \u0026agrave; gagner plus d\u0026rsquo;argent que lui, il est devenu un peu jaloux.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Comment fais-tu, en fait ? \u0026raquo; m\u0026rsquo;a-t-il demand\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Je vends des tableaux, \u0026raquo; lui ai-je r\u0026eacute;pondu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026Ccedil;a d\u0026eacute;passait son entendement. Il y avait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque un artiste de la Camargue qui peignait des chevaux, du nom d\u0026rsquo;Alfred Ost. Extr\u0026ecirc;mement populaire. Un dessin de sa main valait au moins 5000 francs. Mes grands-parents en poss\u0026eacute;daient un. Un beau jour, je vois dans une galerie un Andy Warhol de 50 x 50 cm. Je demande le prix. Je pouvais acheter le tableau pour 5000 francs. Une impression d\u0026rsquo;une bo\u0026icirc;te de soupe Campbell co\u0026ucirc;tait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque 2000 francs. Je cours \u0026agrave; la maison et essaie d\u0026rsquo;expliquer \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re que ce serait une bonne id\u0026eacute;e de vendre le Ost pour acheter un Warhol. Mais mon grand-p\u0026egrave;re refusait. J\u0026rsquo;ai encore propos\u0026eacute; \u0026agrave; ma grand-m\u0026egrave;re de faire une copie du Ost, il n\u0026rsquo;aurait pas vu la diff\u0026eacute;rence. Mais je ne pouvais pas. En vieillissant, il a pu voir la c\u0026ocirc;te du tableau de Warhol atteindre la somme de trois millions de francs.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; Tu peux raconter ce que tu veux, mon Ost reste plus beau \u0026raquo; me disait-il. Par la suite, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un Ost \u0026agrave; chaque fois que j\u0026rsquo;en voyais un, pour le charrier. Il a fini par en avoir dix. Ils \u0026eacute;taient tous accroch\u0026eacute;s dans la chambre de sa maison de retraite.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment \u0026ecirc;tes-vous alors entr\u0026eacute; en contact avec le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;ai rencontr\u0026eacute; quelques artistes \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;cole des arts d\u0026eacute;co, comme je vous le disais. J\u0026rsquo;ai m\u0026ecirc;me fait un \u0026eacute;talage avec Gainsbourg, mais tout cela demandait trop de temps et beaucoup trop de mat\u0026eacute;riel si bien qu\u0026rsquo;il ne restait rien pour nous. Certains de mes condisciples ont fini par trouver du travail comme facteur et l\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;eux m\u0026rsquo;a un jour laiss\u0026eacute; savoir que la poste \u0026eacute;tait \u0026agrave; la recherche de t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphistes. C\u0026rsquo;est ce que je suis devenu : t\u0026eacute;l\u0026eacute;graphiste. Je devais rester la journ\u0026eacute;e enti\u0026egrave;re sur une chaise au bureau de poste \u0026agrave; attendre qu\u0026rsquo;un t\u0026eacute;l\u0026eacute;gramme soit command\u0026eacute;. Cela m\u0026rsquo;a permis de d\u0026eacute;velopper une bonne connaissance des gens. Aucun pourboire dans les arrondissements riches. Tout le contraire \u0026agrave; Pigalle.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Que s\u0026rsquo;est-il pass\u0026eacute; ensuite ? \u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Je m\u0026rsquo;ennuyais ferme dans ce bureau de poste. Je voyais passer chaque semaine un petit monsieur avec un caddie plein de livres. Il g\u0026eacute;rait une biblioth\u0026egrave;que ambulante. On pouvait louer un livre pour 1 franc par semaine. C\u0026rsquo;est comme \u0026ccedil;a que j\u0026rsquo;ai eu l\u0026rsquo;id\u0026eacute;e de commencer ma propre biblioth\u0026egrave;que ambulante. Mais il me fallait des livres. Je me suis dit que cela ne devrait pas poser trop de probl\u0026egrave;mes mais j\u0026rsquo;ai \u0026laquo; quand m\u0026ecirc;me eu plus de difficult\u0026eacute;s que pr\u0026eacute;vu. C\u0026rsquo;est comme cela que je suis arriv\u0026eacute; chez un antiquaire qui m\u0026rsquo;a initi\u0026eacute; au m\u0026eacute;tier. \u0026laquo; Assieds-toi \u0026agrave; mes c\u0026ocirc;t\u0026eacute;s \u0026raquo;, me disait-il. Et il se mettait \u0026agrave; tout m\u0026rsquo;expliquer. Il avait eu la polio en \u0026eacute;tant gosse et l\u0026rsquo;un de ses bras \u0026eacute;tait rest\u0026eacute; paralys\u0026eacute;. Son p\u0026egrave;re avait \u0026eacute;t\u0026eacute; le r\u0026eacute;alisateur du Troisi\u0026egrave;me Homme. Il touchait tous les ans les royalties.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Vous avez commenc\u0026eacute; comme marchand de livres ? Alors tout de m\u0026ecirc;me sur les traces de votre p\u0026egrave;re ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : (Court.) Je ne l\u0026rsquo;ai jamais vu comme \u0026ccedil;a.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment avez-vous donc atterri dans le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais ami avec un artiste qui \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle n\u0026rsquo;est plus tellement c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre : Walter Dupeigne. Il a jou\u0026eacute; un r\u0026ocirc;le important pour l\u0026rsquo;art fran\u0026ccedil;ais parce qu\u0026rsquo;il fut l\u0026rsquo;un des premiers \u0026agrave; conna\u0026icirc;tre l\u0026rsquo;Arte Povera. Il \u0026eacute;tait ami avec Fontana et Manzoni, mais aussi avec Fran\u0026ccedil;ois Morellet et le jeune Daniel Buren. Il n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas marchand. Il ne vendait rien. Ce n\u0026rsquo;\u0026eacute;tait pas un Duchamp. Mais il \u0026eacute;tait compagnon de caf\u0026eacute; de Giacometti.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Le premier tableau dont j\u0026rsquo;ai fait l\u0026rsquo;achat \u0026eacute;tait de Dupeigne. Je le suivais un peu. Il \u0026eacute;tait d\u0026rsquo;une compagnie tr\u0026egrave;s agr\u0026eacute;able lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas bu. Il savait \u0026eacute;norm\u0026eacute;ment de choses et avait d\u0026eacute;j\u0026agrave; roul\u0026eacute; sa bosse. Ses parents avaient \u0026eacute;t\u0026eacute; dans la r\u0026eacute;sistance et avaient d\u0026ucirc; un jour se cacher pendant plus d\u0026rsquo;une semaine durant la guerre. Cette semaine-l\u0026agrave;, il est rest\u0026eacute; seul dans l\u0026rsquo;appartement familial, \u0026acirc;g\u0026eacute; de cinq ou six ans. Il n\u0026rsquo;a ensuite plus jamais r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; s\u0026rsquo;attacher \u0026agrave; quelqu\u0026rsquo;un, n\u0026rsquo;a jamais eu d\u0026rsquo;amis et s\u0026rsquo;est toujours rebell\u0026eacute; contre tout le monde. Je l\u0026rsquo;ai vu une fois engueuler un journaliste qui venait d\u0026rsquo;\u0026eacute;crire un livre sur lui, parce qu\u0026rsquo;il avait os\u0026eacute; pr\u0026eacute;tendre qu\u0026rsquo;il avait toujours \u0026eacute;t\u0026eacute; un enfant g\u0026acirc;t\u0026eacute;. Mais c\u0026rsquo;\u0026eacute;tait la v\u0026eacute;rit\u0026eacute;. Sa m\u0026egrave;re l\u0026rsquo;avait terriblement g\u0026acirc;t\u0026eacute;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne fut un beau jour invit\u0026eacute; par Claude Renard de la Galerie Lentille pour une exposition solo. Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;une galerie c\u0026eacute;l\u0026egrave;bre. Ils vendaient des \u0026oelig;uvres de Bram van Velde et de Matisse. Nous sommes all\u0026eacute;s acheter de la toile et de la peinture et avons ramen\u0026eacute; le tout dans la maison de sa m\u0026egrave;re. Il s\u0026rsquo;est mis \u0026agrave; travailler. Le vernissage \u0026eacute;tait pr\u0026eacute;vu pour un vendredi. Je suis venu chercher les tableaux le lundi pr\u0026eacute;c\u0026eacute;dant le vernissage mais il lui fallait encore r\u0026eacute;aliser une \u0026oelig;uvre, une grande toile de deux m\u0026egrave;tres sur deux. Je suis all\u0026eacute; le chercher le jour du vernissage \u0026agrave; 11 heures car il fallait que je le ram\u0026egrave;ne l\u0026agrave;-bas alors qu\u0026rsquo;il \u0026eacute;tait encore sobre. Il \u0026eacute;tait habill\u0026eacute; impeccablement mais il n\u0026rsquo;avait pas encore touch\u0026eacute; \u0026agrave; la toile du tableau.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026laquo; On va r\u0026eacute;gler \u0026ccedil;a imm\u0026eacute;diatement \u0026raquo;, lui ai-je dit. Nous avons alors d\u0026eacute;pos\u0026eacute; une toile sur le sol et nous nous sommes mis \u0026agrave; l\u0026rsquo;ouvrage. Une \u0026oelig;uvre \u0026agrave; quatre mains, en fait. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, il \u0026eacute;tait question de gardiens du Louvre qui s\u0026rsquo;empoisonnaient les uns les autres \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de gouttes vers\u0026eacute;es dans le caf\u0026eacute;. Ce fut notre point de d\u0026eacute;part. Lorsque le travail fut fini, nous avons redress\u0026eacute; le tableau. Nous l\u0026rsquo;avons regard\u0026eacute; et j\u0026rsquo;ai dit : \u0026laquo; \u0026Ccedil;a n\u0026rsquo;a vraiment aucun style \u0026raquo;. Il a alors tartin\u0026eacute; l\u0026rsquo;inscription \u0026lsquo;NO STYLE\u0026rsquo; par-dessus la composition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; La galerie \u0026eacute;tait situ\u0026eacute;e un kilom\u0026egrave;tre plus loin. Nous avons port\u0026eacute; le tableau jusque-l\u0026agrave; et, lorsque nous sommes arriv\u0026eacute;s, Madame Lentille lui a demand\u0026eacute; : \u0026laquo; Combien en\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003edemandes-tu ? \u0026raquo; \u0026laquo; 25.000 francs \u0026raquo; a r\u0026eacute;pondu Dupeigne. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une fortune \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, pour nous en tout cas. Mais elle l\u0026rsquo;a achet\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait trois heures de l\u0026rsquo;apr\u0026egrave;s-midi.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, il a aussi jet\u0026eacute; tous mes meubles par la fen\u0026ecirc;tre. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais parti avec ma m\u0026egrave;re \u0026agrave; Rotterdam pour aller voir une exposition de Jim Dine. Elle voulait ensuite aller acheter un geni\u0026egrave;vre typiquement hollandais chez Vroom et Dreesman. C\u0026rsquo;est l\u0026agrave; que j\u0026rsquo;ai vu un set complet de mobilier gonflable pour 100 florins. On pouvait choisir entre vert, rose, blanc ou anthracite. J\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; la version anthracite. La table \u0026eacute;tait une sorte de pneu d\u0026rsquo;auto haut de cinquante centim\u0026egrave;tres et de deux m\u0026egrave;tres de diam\u0026egrave;tre. Avec des bulles. Rien de tr\u0026egrave;s pratique en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. Il \u0026eacute;tait impossible de poser quoi que ce soit dessus. J\u0026rsquo;habitais encore dans ce studio aux fen\u0026ecirc;tres fluorescentes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Un jour, Dupeigne arrive chez moi parce qu\u0026rsquo;il m\u0026rsquo;avait propos\u0026eacute; d\u0026rsquo;exposer dans une galerie r\u0026eacute;cemment ouverte. Il venait regarder mes \u0026oelig;uvres. \u0026Agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque, je st\u0026eacute;rilisais des l\u0026eacute;gumes en plastique. J\u0026rsquo;avais appris cela de ma grand-m\u0026egrave;re qui st\u0026eacute;rilisait fruits et l\u0026eacute;gumes. Je faisais \u0026eacute;galement de fausses fleurs. Je les aspergeais de parfums de fleurs et les pla\u0026ccedil;ais dans un attach\u0026eacute;-case de mani\u0026egrave;re \u0026agrave; ce que les hommes d\u0026rsquo;affaires n\u0026rsquo;aient pas besoin de quitter leur bureau pour profiter de la nature.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il est devenu tr\u0026egrave;s enthousiaste \u0026agrave; la vue de mes meubles gonflables. Il avait lui-m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; r\u0026eacute;alis\u0026eacute; des sculptures gonflables en 1963. \u0026ldquo;Formidable !\u0026rdquo; m\u0026rsquo;a-t-il dit. \u0026ldquo;Je peux voir si \u0026ccedil;a plane ?\u0026rdquo; Il a alors jet\u0026eacute; ma table dehors par la fen\u0026ecirc;tre. Elle a en effet plan\u0026eacute; relativement longtemps au-dessus de la place du march\u0026eacute; avant d\u0026rsquo;atterrir sur le pav\u0026eacute; et d\u0026rsquo;\u0026ecirc;tre \u0026eacute;cras\u0026eacute;e par un bus de touristes.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; C\u0026rsquo;est ainsi que je me suis mis \u0026agrave; exposer mon travail. Je parvenais \u0026agrave; me procurer des pochoirs en aluminium \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide desquels des inscriptions \u0026eacute;taient appos\u0026eacute;es sur les caisses dans les maisons de vente. C\u0026rsquo;est comme cela que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une dizaine ou une quinzaine d\u0026rsquo;affiches, lettre par lettre : \u0026laquo; Objets de Jardin \u0026raquo;. Cette nuit-l\u0026agrave;, des souris ont commenc\u0026eacute; \u0026agrave; grignoter les affiches mais pas suffisamment pour les rendre inutilisables. Henri Langlois, le directeur de la Cin\u0026eacute;math\u0026egrave;que fran\u0026ccedil;aise, a achet\u0026eacute; l\u0026rsquo;un des bocaux de st\u0026eacute;rilisation avec des tomates ratatin\u0026eacute;es, pour 100 francs. Il s\u0026rsquo;agissait \u0026agrave; l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque d\u0026rsquo;une somme consid\u0026eacute;rable pour moi. J\u0026rsquo;ai aussi r\u0026eacute;ussi \u0026agrave; vendre le jardin portatif pour homme d\u0026rsquo;affaires.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;allais aussi au supermarch\u0026eacute; placer des \u0026oelig;ufs en plastique au milieu d\u0026rsquo;\u0026oelig;ufs v\u0026eacute;ritables avant d\u0026rsquo;en prendre des photos. Mais lorsque j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;couvert les travaux de Buren, Beuys et Broodthaers, j\u0026rsquo;ai d\u0026eacute;cid\u0026eacute; de ne plus jamais faire de l\u0026rsquo;art.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Dupeigne \u0026eacute;tait ravi avec le gros livre que j\u0026rsquo;ai r\u0026eacute;alis\u0026eacute; sur lui. C\u0026rsquo;est plus ou moins la derni\u0026egrave;re chose que j\u0026rsquo;ai pu faire pour lui. Lorsque je lui ai demand\u0026eacute; combien d\u0026rsquo;exemplaires il voulait, il m\u0026rsquo;a r\u0026eacute;pondu : \u0026laquo; J\u0026rsquo;en ai quand m\u0026ecirc;me d\u0026eacute;j\u0026agrave; re\u0026ccedil;u un, non ? \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il \u0026eacute;tait tr\u0026egrave;s \u0026eacute;conome. Mais toujours tir\u0026eacute; \u0026agrave; quatre \u0026eacute;pingles, m\u0026ecirc;me lorsqu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait pas un sou. Il ne demandait jamais d\u0026rsquo;argent. Il \u0026eacute;tait satisfait s\u0026rsquo;il avait 30 francs sur lui. Lorsque je lui achetais quelque chose, il lui arrivait de me dire que je voulais lui donner trop d\u0026rsquo;argent et que je ferais mieux de le garder pour un moment o\u0026ugrave; il en aurait vraiment besoin.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Et vous avez ainsi progressivement accumul\u0026eacute; un tr\u0026eacute;sor de savoirs sur le monde de l\u0026rsquo;art ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : C\u0026rsquo;est quelque chose d\u0026rsquo;\u0026eacute;trange, la valeur d\u0026rsquo;une \u0026oelig;uvre d\u0026rsquo;art. Je n\u0026rsquo;y ai jamais rien compris, en r\u0026eacute;alit\u0026eacute;. J\u0026rsquo;\u0026eacute;tais un jour chez la derni\u0026egrave;re \u0026eacute;pouse de Duchamp. Les murs \u0026eacute;taient couverts d\u0026rsquo;\u0026oelig;uvres de Matisse parce qu\u0026rsquo;elle avait d\u0026rsquo;abord \u0026eacute;t\u0026eacute; mari\u0026eacute;e avec le fils de Matisse. Elle \u0026eacute;teignait sa cigarette dans une sculpture en c\u0026eacute;ramique de Mir\u0026oacute; qui faisait office de cendrier.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Lorsqu\u0026rsquo;elle demanda si je voulais allumer le feu dans la chemin\u0026eacute;e, je lui fis remarquer que la roue de bicyclette de Duchamp se trouvait peut-\u0026ecirc;tre trop pr\u0026egrave;s du feu. Elle se trouvait \u0026agrave; cet endroit car le bruit de la roue en rotation \u0026eacute;tait similaire \u0026agrave; la cr\u0026eacute;pitation du feu. C\u0026rsquo;\u0026eacute;tait une mani\u0026egrave;re d\u0026rsquo;\u0026eacute;voquer la convivialit\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026acirc;tre en l\u0026rsquo;absence de feu.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; \u0026nbsp;\u0026laquo; Vous ne pensez tout de m\u0026ecirc;me pas que je vais placer une \u0026oelig;uvre originale \u0026agrave; c\u0026ocirc;t\u0026eacute; d\u0026rsquo;un feu ouvert \u0026raquo;, dit-elle. \u0026laquo; Il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;une copie que j\u0026rsquo;ai fait faire ici au village \u0026raquo;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; J\u0026rsquo;ai alors demand\u0026eacute; \u0026agrave; la m\u0026ecirc;me personne de r\u0026eacute;aliser un certain nombre de r\u0026eacute;pliques pour les donner \u0026agrave; des amis. L\u0026rsquo;une de mes filles en poss\u0026egrave;de encore une. Mais sans la signature, elles ne valent absolument rien, naturellement.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Connaissez-vous l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre de Broodthaers pour laquelle il a utilis\u0026eacute; une de ces ardoises sur lesquelles les enfants peuvent effacer leur dessin pour en faire d\u0026rsquo;autres ? Il y avait inscrit ses initiales. Si l\u0026rsquo;on souhaite activer l\u0026rsquo;ardoise, l\u0026rsquo;\u0026oelig;uvre perd toute sa valeur\u0026hellip; Il a reproduit une de ces ardoises dans le livret \u003cem\u003eMagie\u003c/em\u003e dont je poss\u0026egrave;de le manuscrit.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003eElle : Comment occupez-vous vos journ\u0026eacute;es \u0026agrave; l\u0026rsquo;heure actuelle ? Jouez-vous au golf ?\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eBrochette : Cinquante dessins d\u0026rsquo;Orson Welles vont bient\u0026ocirc;t passer en salle de ventes, des sc\u0026egrave;nes pour son interpr\u0026eacute;tation filmique du \u003cem\u003eProc\u0026egrave;s\u003c/em\u003e de Kafka. J\u0026rsquo;aimerais les acheter pour en faire une exposition.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je pense que je finirai entour\u0026eacute; de milliers d\u0026rsquo;objets d\u0026rsquo;art, comme Charles Foster Kane. La diff\u0026eacute;rence, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils trouveront ma luge entre les caisses, s\u0026rsquo;ils cherchent bien.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Il y a deux semaines, j\u0026rsquo;ai achet\u0026eacute; un tableau de Wiertz, la partie centrale d\u0026rsquo;un triptyque, pour 100 \u0026euro;. Et une \u0026eacute;tude de Gallait, \u003cem\u003eLa d\u0026eacute;capitation du Comte de Hornes\u003c/em\u003e, deux t\u0026ecirc;tes d\u0026eacute;capit\u0026eacute;es, pour 700 \u0026euro;. Et un tableau de Leys, un portrait de sa femme et de sa fille, peint de mani\u0026egrave;re extr\u0026ecirc;mement sauvage, pour quelques centaines d\u0026rsquo;euros. \u0026Agrave; lui seul, le cadre vaut bien 5000 \u0026euro;.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Et alors il m\u0026rsquo;arrive d\u0026rsquo;entendre quels prix les jeunes marchands d\u0026rsquo;art demandent pour toutes leurs nouveaut\u0026eacute;s. Personne ne veut plus des peintures du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle. Je pense parfois \u0026agrave; Henri de Braekeleer, \u0026agrave; propos duquel l\u0026rsquo;\u0026eacute;crivain flamand Maurice Gilliams a pr\u0026eacute;tendu qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait jamais prononc\u0026eacute; qu\u0026rsquo;une centaine de phrases au cours de toute sa vie. L\u0026rsquo;une d\u0026rsquo;elles fut adress\u0026eacute;e \u0026agrave; un collectionneur, Van Cutsem, pour le conseiller d\u0026rsquo;acheter deux tableaux de Manet. Aujourd\u0026rsquo;hui, ce sont les seuls tableaux de Manet en Belgique, au mus\u0026eacute;e de Tournai.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp;\u0026nbsp; Je regarde toutes ces \u0026oelig;uvres contemporaines et je ne peux m\u0026rsquo;emp\u0026ecirc;cher d\u0026rsquo;avoir le sentiment de d\u0026eacute;j\u0026agrave;-vu\u0026hellip; Pas seulement dans les ann\u0026eacute;es 60, voici un demi-si\u0026egrave;cle, mais aussi bien plus t\u0026ocirc;t. Connaissez-vous \u0026lsquo;Les Incoh\u0026eacute;rents\u0026rsquo; ? Il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;un groupe d\u0026rsquo;artistes du dix-neuvi\u0026egrave;me si\u0026egrave;cle qui d\u0026eacute;truisaient leurs \u0026oelig;uvres apr\u0026egrave;s les avoir expos\u0026eacute;es. Il ne reste plus que quelques catalogues et des affiches les concernant. En 1890, ils faisaient fumer la pipe \u0026agrave; la Joconde. Et en 1868, le richissime photographe, artiste et zwanzer Louis Gh\u0026eacute;mar avait construit son propre mus\u0026eacute;e en bois, le Mus\u0026eacute;e fantastique, dont il avait recouvert les murs avec une s\u0026eacute;rie de pastiches qu\u0026rsquo;il avait peints. Un million de visiteurs ! Chaque visiteur recevait une pi\u0026egrave;ce sur l\u0026rsquo;avers de laquelle figurait une t\u0026ecirc;te d\u0026rsquo;homme coiff\u0026eacute; d\u0026rsquo;un vase intime renvers\u0026eacute;. Paul Bilhaud a peint en 1882 un tableau monochrome noir qu\u0026rsquo;il fallait faire briller \u0026agrave; l\u0026rsquo;aide de cirage et qui portait le titre de \u003cem\u003eCombat de n\u0026egrave;gres dans une cave, pendant la nuit\u003c/em\u003e. Il a aussi r\u0026eacute;alis\u0026eacute; une peinture monochrome blanche, \u003cem\u003ePremi\u0026egrave;re communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige\u003c/em\u003e, et un monochrome vert : \u003cem\u003eDes souteneurs, encore dans la force de l\u0026rsquo;\u0026acirc;ge et le ventre dans l\u0026rsquo;herbe, boivent de l\u0026rsquo;absinthe\u003c/em\u003e. Alphonse Allais a fait un monochrome bleu, un autre rouge. Et les Agathop\u0026egrave;des r\u0026eacute;alisaient des livres qui ne parlaient de rien, ainsi qu\u0026rsquo;une d\u0026eacute;coration avec l\u0026rsquo;effigie d\u0026rsquo;une pomme de terre. Je poss\u0026egrave;de aussi un morceau de pain encadr\u0026eacute; de l\u0026rsquo;\u0026eacute;poque de la commune. Je pense que tous ces gens ont influenc\u0026eacute; Jarry.\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u003cem\u003e(Monsieur Brochette a l\u0026rsquo;air extr\u0026ecirc;mement fatigu\u0026eacute;. Je le remercie pour son temps et reprends mes affaires. Il profite de ce moment pour me donner une \u0026eacute;dition d\u0026rsquo;un peintre contemporain : \u0026lsquo;Toeternitoe/\u0026Eacute;ternit\u0026eacute;\u0026rsquo; de l\u0026rsquo;artiste belge Walter Swennen. Nous faisons nos adieux. Il neige. Mon Uber arrive tout de suite.)\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003e\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\r\n\r\n\u003cp style=\"text-align: justify;\"\u003eCarla Dubois\u003c/p\u003e\r\n"},{"locale":"es","short_description":"","description":""},{"locale":"el","short_description":"","description":""}],"actors":[]}